Le blanc entre les mots, si logique à nos yeux, n'allait pas de soi. Longtemps, Grecs et Romains les accolèrent sans espacement. Le déchiffrement oral demandait au lettré un talent d'interprétation lié à la maîtrise des arts oratoires. Le besoin de transmission de l'écrit, qui se traduit par la création de la bibliothèque d'Alexandrie, pousse des grammairiens comme Aristophane de Byzance (iiie siècle av. J.-C.) à établir des règles d'édition des grands textes et à réfléchir à un système de ponctuation - avec, déjà, le point (stigmè) en vedette. Peu appliquée, cette ponctuation servait surtout à baliser les texte...

Le blanc entre les mots, si logique à nos yeux, n'allait pas de soi. Longtemps, Grecs et Romains les accolèrent sans espacement. Le déchiffrement oral demandait au lettré un talent d'interprétation lié à la maîtrise des arts oratoires. Le besoin de transmission de l'écrit, qui se traduit par la création de la bibliothèque d'Alexandrie, pousse des grammairiens comme Aristophane de Byzance (iiie siècle av. J.-C.) à établir des règles d'édition des grands textes et à réfléchir à un système de ponctuation - avec, déjà, le point (stigmè) en vedette. Peu appliquée, cette ponctuation servait surtout à baliser les textes pour un usage personnel. A l'orée du Moyen Age, les Ecritures saintes présentent un nouveau défi : dans un monde où le latin s'altère, quand il n'est pas, plus au nord, une langue étrangère, leur lisibilité exige plus d'efforts. Leur interprétation ne peut souffrir d'équivoque. Pour aider le lecteur, saint Jérôme, en traduisant la Bible en latin, systématise le passage à la ligne à chaque membre de phrase signifiant. Mise en page qui fera école. Blancs entre les paragraphes, entre les phrases, puis entre les mots, grandes initiales - un agencement visuel de l'écrit, complémentaire des premiers signes, se met en place. A la pointe de ces innovations, des pays de langue non latine, comme l'Irlande, où les scribes sont confrontés aux difficultés de déchiffrement. Puis vient Charlemagne. On recopie massivement les textes anciens, ce qui aboutit, sous l'impulsion d'Alcuin, à une rationalisation de la ponctuation allant de pair avec l'usage de la minuscule caroline, ancêtre de nos lettres en " bas de casse ". Ecriture claire, pages aérées de l'époque romane, qui inspireront la future " écriture humanistique ". Aux signes antiques appelés distinctiones, marquant les unités de sens, s'ajoutent des signes appelés positurae, notant les pauses et les inflexions vocales indispensables à la liturgie. Origine, entre autres, de notre point d'interrogation. La physionomie actuelle des signes procède d'une double évolution : intellectuelle, chez les humanistes, qui affinent la ponctuation dans leur travail d'interprétation des textes de l'Antiquité ; réflexion linguistique que pérennisera une autre mutation, technologique : l'imprimerie. Ses contraintes, comme le noir et blanc, simplifient les usages des copistes médiévaux, au profit des signes. Leurs forme et valeur se fixent. Le papier remplace le parchemin. L'espace devenu alors moins cher, la distribution des blancs et des signes change. En 1540, Etienne Dolet publie un influent manuel de ponctuation. Celle-ci devient la chasse gardée des imprimeurs, parfois au détriment des auteurs. Démocratisation du livre au xviiie siècle puis explosion de la presse au xixe : la ponctuation prolifère et se stabilise au rythme des révolutions industrielle et médiatique. Par réaction, le xxe siècle dépouille volontiers vers libres, phrases nominales ou monologues intérieurs de leurs " obstacles " typographiques. Internet nous donne maintenant les grimaces des smileysàPedro Uribe EcheverriaAux unités de sens s'ajoutent des signes Notant Les pauses