" Une vie en peinture ", tel est le sous-titre qui s'impose de lui-même face aux méandres de l'oeuvre d'Yves Zurstrassen (Liège, 1956). Depuis que ce délicieux et affable autodidacte s'est penché, à 18 ans, sur les pinceaux et les couleurs, il n'a plus eu le coeur de sortir de ce face-à-face avec la toile, ne daignant plus lever les yeux sur le monde qu'au travers du filtre pictural. Tout s'est enchaîné très rapidement pour lui. Il a 23 ans lorsqu'il s'expose chez Charles Kriwin, galeriste bruxellois en vue qui représente à l'époque des pointures telles que Robert Ryman, Lucio Fontana ou Joseph Kosuth. " C'était un départ extraordinaire, inespéré ", commente l'intéressé au destin doré sur tranche. Une chance certes, mais aussi un fameux défi dans la mesure où Zurstrassen entre en peinture à un moment où celle-ci a mauvaise presse. Il n'hésite pourtant pas une seule seconde. " J'ai ressenti un appel, une vocation... C'est la peinture gestuelle qui m'a accroché, alors que ce type d'abstraction semblait ne plus rien avoir à dire pour beaucoup d'observateurs. J'avais un train de retard mais il m'était impossible de ne pas sauter dedans, c'était une nécessité. Si j'avais pensé mon parcours en termes de réussite, j'aurais dû clairement me diriger vers la vidéo ou l'installation. Mais je n'aurais pas pu. Ceux que je regardais, ceux qui me soulevaient s'appelaient Jackson Pollock,...