Il est né en 1982 au Burundi d'un père français et d'une mère rwandaise avant d'émigrer en France à douze ans, de s'y faire un nom dans le rap et d'y publier, en septembre dernier, un premier roman. Histoire sensible d'un enfant aux prises avec le génocide rwandais, Petit Pays a été aussitôt plébiscité par les lecteurs et la critique, avant d'être littéralement arrosé de prix. Dans le paysage hypercodifié de la rentrée littéraire, Gaël Faye est un peu le héros qu'on n'attendait pas, porte-voix d'une nouvelle gén...

Il est né en 1982 au Burundi d'un père français et d'une mère rwandaise avant d'émigrer en France à douze ans, de s'y faire un nom dans le rap et d'y publier, en septembre dernier, un premier roman. Histoire sensible d'un enfant aux prises avec le génocide rwandais, Petit Pays a été aussitôt plébiscité par les lecteurs et la critique, avant d'être littéralement arrosé de prix. Dans le paysage hypercodifié de la rentrée littéraire, Gaël Faye est un peu le héros qu'on n'attendait pas, porte-voix d'une nouvelle génération venue inscrire les lettres françaises sous le signe explicite de la diversité. Bien sûr, le phénomène ne date pas exactement d'hier, il n'empêche : 2016 aura vu l'arrivée significative de jeunes romanciers pouvant se targuer d'une biographie à embranchements multiples, maniant souvent plusieurs langues mais choisissant le français comme véhicule. Ce background identitaire et créatif à la lisière de deux mondes, on le retrouvait par exemple cette année au menu des livres d'inspiration plus ou moins fortement autobiographique des débutants Négar Djavadi (Désorientale), Elisa Shua Dusapin (Hiver à Sokcho), Nina Yargekov (Double nationalité), Elitza Gueorguieva (Les cosmonautes ne font que passer), Line Papin (L'Eveil) ou encore de l'ex-leader de Zebda Magyd Cherfi (Ma part de Gaulois)... Autant de parcours, d'identités et de langues dans la langue qui reflètent la nature polymorphe de la société contemporaine, et viennent doucement pousser la littérature française vers un modèle naturellement présent dans la tradition anglo-saxonne par exemple - aux Etats-Unis, évidemment, mais aussi en Angleterre, qui se targue depuis quelques années déjà d'afficher une " nouvelle école " d'écrivains britanniques d'origine étrangère (rassemblant les Salman Rushdie, Zadie Smith, Monica Ali, Hanif Kureishi). Un profil d'" écrivain mondial " plus rare en France. Conséquences d'une tradition littéraire et intellectuelle patrimoniale plus écrasante ? Du modèle d'assimilation à la française ? Poursuivre la diversité ethnique, religieuse et culturelle de personnages et la combinaison de leurs histoires qui s'entremêlent : à l'heure des débats crispés sur l'identité nationale, la littérature pourrait bien venir assouplir les lignes. Et faire école. Le grand gagnant de l'année Gaël Faye ne disait pas autre chose à la réception du Goncourt que lui décernaient les lycéens français : " Quand je suis arrivé en France, à douze ans, personne ne comprenait d'où je venais. Demain, le gamin qui va débarquer du Burundi se sentira moins incompris. " YSALINE PARISIS