Comme souvent - non, comme toujours - dans les romans noirs d'Elsa Marpeau, le personnage principal de Son autre mort est une femme, une femme double, d'abord victime, mais qui se révélera aussi bourreau. Ainsi Alex, femme au foyer transparente dans un coin reculé de France, pas vraiment malheureuse, auteure frustrée mais mère et épouse aimante, dont la vie bascule le jour ou l'écrivain Charles Berrier vient passer quelques jours, incognito, dans leur gîte rural. Une nuit, l'écrivain lui saute dessus. La viole. " La peur était si intense qu'Alex se logea dans un coin reculé d'elle-même. " La victime réussit quand même à agripper une pierre. Et à frapper. " Elle sut aussitôt qu'il était mort. " Sa vie ne serait plus jamais la même. Du tout. " Son cerveau se mit à inventer des possibles. Et si... ".
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Comme souvent - non, comme toujours - dans les romans noirs d'Elsa Marpeau, le personnage principal de Son autre mort est une femme, une femme double, d'abord victime, mais qui se révélera aussi bourreau. Ainsi Alex, femme au foyer transparente dans un coin reculé de France, pas vraiment malheureuse, auteure frustrée mais mère et épouse aimante, dont la vie bascule le jour ou l'écrivain Charles Berrier vient passer quelques jours, incognito, dans leur gîte rural. Une nuit, l'écrivain lui saute dessus. La viole. " La peur était si intense qu'Alex se logea dans un coin reculé d'elle-même. " La victime réussit quand même à agripper une pierre. Et à frapper. " Elle sut aussitôt qu'il était mort. " Sa vie ne serait plus jamais la même. Du tout. " Son cerveau se mit à inventer des possibles. Et si... ". Et si personne ne savait que Charles Berrier était mort ? Mieux : et si tout le monde pouvait le croire encore vivant, quelque part, derrière son ordinateur ? Et si elle fouillait également dans son entourage pour trouver qui, parmi les proches de l'écrivain, aurait pu l'assassiner ? Alex va alors non seulement devenir Eléonore, l'assistance sexy et vénéneuse d'un écrivain qui ne se montre pas, mais aussi, peu à peu, l'écrivain lui-même : son bourreau, devenu sa victime... Une femme violentée qui ne peut pas se contenter de l'être, une femme forte au caractère très " masculin " ou vu comme tel (et un rare personnage masculin, son mari, à la douceur parfois très féminine), une vie qui bascule dans le crime, un jeu de mise en abyme et de doubles multiples derrière lesquels on reconnaît parfois, souvent, Marpeau elle-même, par ailleurs scénariste ciné et télé à (gros) succès. En témoigne le bandeau commercial qui ceint ce sixième roman à La Série Noire : " Par la créatrice de Capitaine Marleau ". " L'écriture de ce roman a démarré avec l'affaire Mehdi Meklat (NDLR : ce fameux blogueur et chroniqueur français dont il s'est avéré qu'il tenait, sous une autre identité, des comptes Twitter particulièrement provocants et orduriers ), nous a confié Elsa Marpeau lors de son passage au festival Quais du Polar de Lyon. Pour s'expliquer et s'excuser, il avait dit : " Ce n'est pas moi, c'était mon double maléfique ! " J'ai trouvé ça sublime. Abominable, mais sublime, car il se justifiait en passant par une référence littéraire très forte, ce double maléfique qui traverse toute la littérature et que j'ai déjà exploré dans mes précédents romans. Or, ce roman-ci est, plus qu'un autre, aussi un livre sur l'écriture : l'histoire d'une auteure ratée qui n'arrive pas à écrire, puis qui finit par écrire et réécrire non seulement le livre de Charles Berrier, mais aussi toute sa vie. Une victime qui se réapproprie le vocabulaire de son bourreau, je trouvais ça intéressant... " Intéressant, et surtout parfaitement dans la veine de ces précédents et vénéneux romans depuis Les Yeux des morts, son premier opus à la Série Noire en 2010. Suivront Black Blocs, L'Expatriée, Et ils oublieront la colère, Les Corps brisés. L'actuelle intrigue se rapproche en particulier de L'Expatriée, son récit le plus autobiographique à ce jour, narrant la bascule de... Elsa, à nouveau écrivaine en mal d'inspiration, dans le milieu moite des expatriés de Singapour (et dont elle écrit actuellement l'adaptation ciné). " Son autre mort est peut-être plus intime encore, confesse-t-elle. Dans sa phobie sociale, dans sa volonté d'écriture, dans sa catharsis aussi, il y a beaucoup de moi en Alex, comme il y en a dans Charles Berrier et sa manière d'être un voleur de vies - ce que je suis aussi. La seule différence peut-être, c'est que je ne tue pas des gens ! Pas encore... (rires). Mais j'aime agréger de l'autobiographie au polar, un genre très codé, très traditionnel par certains côtés. Dans le polar, les personnages féminins ne sont généralement que victimes ou allumeuses. Chez moi, elles ne sont jamais meilleures que les autres, je les veux même " non genrées ". Je ne crois pas personnellement aux genres, c'est une grande fumisterie. Une femme peut être très masculine dans sa manière de penser ou de réagir, et un homme très féminin dans l'idée que l'on se fait de la douceur par exemple. S'il y a du féminisme dans ma démarche, il se situe là, dans ce "transgenre" qui habite mes personnages. " Elsa Marpeau n'en a d'ailleurs pas fini avec le personnage d'Alex, telle Patricia Highsmith avec son fameux personnage récurrent Thomas " Tom " Ripley : " Ce personnage, je voudrais le garder, pour une fois. J'ai entamé l'écriture de mon prochain roman, et ce sera la suite de celui-ci. Je suis restée dans le personnage, mais avec une tout autre histoire, avec son vécu, qui n'est désormais plus le même. Elle est tellement trouble qu'elle peut vivre beaucoup de choses. Elle a changé, et on peut s'attendre à tout de quelqu'un comme ça. Je m'y attache. " On ne la verra donc pas, comme on le lui a encore proposé moins de deux semaines avant notre rencontre, écrire le roman du Capitaine Marleau qu'elle a créé pour la télévision et qui a fait un rare carton. " J'ai aussitôt dit non. Quelqu'un d'autre va le faire. Le roman, c'est vraiment ma chasse gardée, un espace sans contraintes, sans pression commerciale, le seul lieu où je peux faire tout ce que je ne peux pas faire, vivre ou penser ailleurs. Le lieu de tous les débordements. C'est vraiment ce dont j'ai besoin. Sinon, je deviendrais folle. "