Après le rapport rendu par Elia, dans le cadre de la sortie du nucléaire, existe-t-il encore des raisons de craindre des problèmes en matière de sécurité d'approvisionnement?
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Après le rapport rendu par Elia, dans le cadre de la sortie du nucléaire, existe-t-il encore des raisons de craindre des problèmes en matière de sécurité d'approvisionnement? Par le passé, il y a déjà eu des critiques sur le fait qu'Elia pouvait, dans certains cas, être juge et partie. Ici, cela ne nous inquiète pas, dans la mesure où ce qui ressort de son rapport ne va pas dans le sens qui lui est plutôt favorable, à savoir le développement d'interconnexions. A priori, le modèle du CRM (NDLR: le mécanisme temporaire visant à pallier la sortie du nucléaire) a bien été développé par Elia, vérifié par la Creg (NDLR: la commission de régulation de l'électricité et du gaz) et le SPF Economie. On fait confiance à cette démarche, même si nous n'avons pas la capacité de la challenger. Les résultats de la seconde enchère du CRM ne seront connus qu'en 2024, soit un an avant la sortie du nucléaire, critiquée dans sa dernière ligne droite. Est-il surprenant que la Belgique paraisse à ce point au pied du mur? La plus grosse erreur politique que l'on a pu faire est la prolongation de deux petits réacteurs, Doel 1 et 2, en 2015. Une erreur majeure car, à l'époque, Elia précisait déjà que l'on n'aurait pas eu de difficultés d'approvisionnement sans ceux-ci. C'est cette décision-là, selon moi, qui nous met au pied du mur aujourd'hui. Pourquoi? Parce qu'en enlevant un gigawatt de nucléaire à cette époque, on aurait de facto créé un appel d'air un peu plus important sur le marché de l'électricité, permettant à plus de projets renouvelables ou éventuellement de flexibilité et de stockage de se déployer. En 2020 et 2021, des éoliennes ont encore dû être mises à l'arrêt parce que les prix de l'électricité étaient négatifs, comme cela arrive régulièrement. Aujourd'hui, on se retrouve dans une situation où l'on doit enlever d'un coup le sparadrap du nucléaire, d'autant qu'Engie a déjà signifié qu'elle ne misait plus dessus en Belgique. Pour se passer des énergies fossiles, il faudra compter sur des interconnexions de sources renouvelables d'électricité. Mais ce pari n'est-il pas prématuré vu l'état des connaissances sur le sujet? Comme de tels projets durent une dizaine d'années, et dépassent au moins une législature, cela permet à Elia de se reposer sur des éléments moins politiques que techniques. Par ailleurs, toutes les réflexions menées en la matière depuis 2003 ont toujours tenu compte de la sortie du nucléaire: depuis, aucun gouvernement n'est revenu sur cette décision. Dans le plan fédéral stratégique de 2018 en matière d'interconnexions, proposé par Elia, il y a l'idée de les doubler vers l'Angleterre, la France et les Pays-Bas. Il y a aussi ce récent accord de principe pour une nouvelle connexion avec le Danemark. S'ils ne sont pas tous validés, ces projets constituent un ensemble assez crédible composé d'interconnexions ouest-est et nord-sud, permettant d'avoir des systèmes complémentaires dans le temps et dans l'espace. Il est toutefois vrai qu'une méta-étude sur le sujet serait intéressante à l'échelon européen. L'indépendance énergétique monopolise régulièrement l'attention. A tort, puisque le renouvelable va précisément de pair avec des interconnexions? Il est politiquement tabou de parler d'importation d'électricité. Ce qui est assez étrange, puisque toutes les énergies fossiles que l'on utilise viennent d'ailleurs. C'est vrai également pour l'uranium. Quand on regarde les scénarios pour la Belgique à l'horizon 2050, on voit qu'on sera importateur d'électricité si on veut tendre vers le 100% renouvelable à cette échéance. En quoi est-ce un problème? Ne compter que sur soi n'existe pas non plus pour l'alimentaire ou le militaire. Il est vrai que si vous importez, vous êtes demandeur et avez moins de prise sur certaines décisions. Mais l'autoconsommation et l'essor des communautés d'énergie renouvelable ont un rôle à jouer pour minimiser le poids de la sécurité d'approvisionnement dans la transition énergétique. Tant qu'on ne maîtrise pas sa consommation, on ne maîtrise rien.