Quatre bourgmestres, plus de vingt échevins, cinq secrétaires communaux, des dizaines de fonctionnaires écartés : sur fond d'affaires politico-judiciaires, la législature 2006-2012 a fait du dégât à Charleroi. Les leaders de la tripartite communale PS-MR-CDH parlent de " mandature de transition " : six ans passés à recoller les morceaux, à tenter de remettre l'administration en état de marche, à payer l'addition de vingt ans de malgouvernance et à installer des garde-fous pour éviter les dérapages dans les marchés publics. Cette période aura aussi été celle de la relève au sein de la majorité tripartite : au PS, une génération d'échevins a passé la main, Paul Magnette s'est imposé à la présidence de la puissante Union socialiste communale ; au MR, Olivier Chastel a définitivement assis son leadership et, au CDH, Véronique Salvi et Antoine Tanzilli succèdent à Jean-Jacques Viseur, bourgmestre jusqu'il y a peu. " Pendant six ans, notre communauté a souffert de la détérioration de notre image dans le pays ", dit Véronique Salvi. C'est ainsi que la seule évocation du nom de Charleroi continue à faire sourire ou rigoler doucement. " On en sort ", objecte-t-elle. Les conditions du renouveau sont en place, des projets ont été amorcés comme la reconstruction du quartier Rive gauche (lire page 106), un nouveau mode de management public a été institué. " Notre travail de redressement nous a fait retrouver la confiance de la Région wallonne. " Salvi admet que l'ampleur de la besogne avait été sous-estimée par la coalition. Une législature de transition donc. Mais aussi de déchirements et d'échecs.
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Quatre bourgmestres, plus de vingt échevins, cinq secrétaires communaux, des dizaines de fonctionnaires écartés : sur fond d'affaires politico-judiciaires, la législature 2006-2012 a fait du dégât à Charleroi. Les leaders de la tripartite communale PS-MR-CDH parlent de " mandature de transition " : six ans passés à recoller les morceaux, à tenter de remettre l'administration en état de marche, à payer l'addition de vingt ans de malgouvernance et à installer des garde-fous pour éviter les dérapages dans les marchés publics. Cette période aura aussi été celle de la relève au sein de la majorité tripartite : au PS, une génération d'échevins a passé la main, Paul Magnette s'est imposé à la présidence de la puissante Union socialiste communale ; au MR, Olivier Chastel a définitivement assis son leadership et, au CDH, Véronique Salvi et Antoine Tanzilli succèdent à Jean-Jacques Viseur, bourgmestre jusqu'il y a peu. " Pendant six ans, notre communauté a souffert de la détérioration de notre image dans le pays ", dit Véronique Salvi. C'est ainsi que la seule évocation du nom de Charleroi continue à faire sourire ou rigoler doucement. " On en sort ", objecte-t-elle. Les conditions du renouveau sont en place, des projets ont été amorcés comme la reconstruction du quartier Rive gauche (lire page 106), un nouveau mode de management public a été institué. " Notre travail de redressement nous a fait retrouver la confiance de la Région wallonne. " Salvi admet que l'ampleur de la besogne avait été sous-estimée par la coalition. Une législature de transition donc. Mais aussi de déchirements et d'échecs. Quel bourgmestre pour Charleroi en décembre 2012 ? Paul Magnette a en main tous les éléments de la réponse. S'il confirme ses derniers résultats d'élection, le PS confortera à Charleroi sa position de leader, très probablement en majorité absolue. En 2009 aux régionales, la tête de liste Magnette avait fait 19 030 suffrages sur Charleroi, cinq fois plus que Massin, l'actuel bourgmestre. En 2010, il avait amélioré son score aux fédérales en passant à 25 000. Si une élection législative se différencie d'une communale, un tel score fait de Magnette l'homme à battre dans sa ville. Une ville où son ombre plane partout mais qui n'a toujours pas ressenti à son propre profit les effets d'une action politique efficace. Il n'empêche que beaucoup de Carolos l'attendent comme bourgmestre. " Quand ils me le demandent, je leur dis que je jouerai cartes sur table : mes intentions seront, quoi qu'il arrive, précisées avant le scrutin. Ce qui déterminera mon choix, c'est d'abord l'intérêt collectif de Charleroi. Je verrai à quelles fonctions servir le plus utilement ma région. Car, si Charleroi a besoin d'une majorité forte, que je proposerai d'étendre à des partenaires, elle a besoin de relais efficaces comme de pain. " Deux options s'offrent au leader socialiste : ou bien choisir de siéger comme bourgmestre, ce qu'il ne donne pas l'impression de vouloir, ou bien être bourgmestre empêché comme Di Rupo à Mons et désigner un suppléant. Dans les deux cas, Magnette doit garder la mainmise sur Charleroi au travers à la fois de mandataires loyaux et d'hyperfonctionnaires dévoués. Il a déjà commencé à installer ses hommes, comme son coreligionnaire Demotte le fait à Tournai. C'est ainsi que Massin a hérité de Christian Laurent comme chef de cabinet, tandis qu'Olivier Jusniaux prêtera serment en juin comme nouveau secrétaire communal. Ces nominations laissent penser que Magnette met déjà en place le dispositif de la prochaine législature. Si Eric Massin revendique la troisième position de la liste PS (derrière Françoise Daspremont), c'est qu'il entend déjà, au terme d'une expérience maïorale qui a bien commencé pour lui, faire considérablement évoluer son score, loin derrière celui de Ficheroulle en 2006 (1 000 voix contre 1 600). A cinq mois de l'échéance, améliorer un bilan de majorité encore très insuffisant est sa priorité. Il s'agit également de se donner les moyens de se mettre à l'abri des scores d'anciens PS placés en embuscade. Comme Magnette avait dû gagner une légitimité électorale, en 2009, pour continuer à siéger dans un gouvernement, Massin devra être bien élu pour s'imposer bourgmestre faisant fonction. Gagner l'autorité nécessaire pour opérer lui-même des arbitrages qui le sont aujourd'hui encore par les belles-mères de la coalition, cela semble indispensable. On ne conçoit pas que ce mode de gouvernance puisse se perpétuer. Avec qui le PS partagera-t-il le pouvoir ? Les regards se tournent d'abord vers le MR. " Aucun préaccord n'est conclu ", insiste Olivier Chastel, pour qui " la reconduction de la tripartite permettrait d'achever l'édifice dont on a jeté les fondations ". Pour Véronique Salvi, il n'est pas question d'intégrer une majorité dans laquelle le CDH n'aurait qu'un échevin. " Nous ne serons pas le marchepied du retour du PS au pouvoir. Si nous montons dans une coalition, ce sera pour avoir quelque chose à dire. " Et l'opposition Ecolo dans tout cela ? Chez les verts, Luc Parmentier conduira pour la première fois la liste poussée par les députés régionaux Xavier Desgain et Isabelle Meerhaeghe. La tête de liste déplore amèrement le temps perdu durant cette mandature. " A la lecture de la note du nouveau secrétaire communal, on a l'impression que rien n'a encore été fait pour reconstruire l'administration de 3 000 agents parmi lesquels 700 ne sont pas aux bons postes. Et l'on ne peut pas dire non plus que la majorité ait tenu ses promesses en termes de propreté, de sécurité et d'éthique. Pour nous, ce n'est donc pas une mandature de transition, mais bien une mandature perdue. Quant à l'esprit de la campagne qui s'ouvre, il manquera d'énergie et de mobilisation. D'abord parce qu'on a l'impression que les trois partenaires ne s'affronteront qu'à fleurets mouchetés, dans l'espoir de reprendre pied dans le collège, et ensuite parce que leurs têtes de liste ont d'autres projets professionnels. Magnette, comme Chastel et Salvi lorgnent déjà l'échéance suivante, en 2014, quand les élections régionales et fédérales seront couplées. Ce qui les intéresse, ce n'est pas ce qu'ils peuvent donner à Charleroi, mais ce qu'ils peuvent en retirer. "Au MR, Olivier Chastel (qui emmènera la liste devant l'échevine sortante Ornella Cencig et l'ex-échevin blanchi Philippe Sonnet) estime qu'un important travail de fond a été réalisé depuis 2006. Mais cette rénovation s'est effectuée dans des conditions difficiles. Tout au long de la mandature, le collège a été perturbé par des dossiers politico-judiciaires. Ce n'est pas la seule difficulté à laquelle il a fallu faire face : " Pendant quatre des six ans, on a manqué d'un véritable leadership au maïorat, les choses vont mieux maintenant. " Clairement, Chastel plaide pour la reconduction de la coalition. " Afin de terminer à trois ce que nous avons commencé ensemble, mais aussi pour ne pas se priver d'un partenaire susceptible de relayer les attentes de Charleroi dans les gouvernements d'après 2014. " A titre personnel, la tête de liste MR n'entend pas renouveler son score exceptionnel de 2006 où il avait fait autant que Jacques Van Gompel sur la liste PS (17 000 voix) et 46 % des suffrages de sa liste. " Plus que probablement, nous allons concéder du terrain. " Il est clair que les ennuis internes n'auront rien arrangé, dont la culpabilité de l'échevin Alain Eyenga écarté de la liste réformatrice. Pour Chastel, " il faut à présent s'attaquer au renouveau de la ville haute après s'être occupé de la ville basse. " Véronique Salvi plaide pour que cela se fasse au travers de projets innovants. " Copier ce qui se fait à Mons pour l'implanter à Charleroi, cela n'a pas de sens. Nous devons inventer ce qui n'existe pas ailleurs, voir plus loin que les autres. " Pour Véronique Salvi, la santé peut constituer un moyen de différenciation : " Saisissons l'opportunité que représente l'ouverture du nouvel hôpital Marie Curie de Lodelinsart, en 2013. Une autre richesse, c'est notre économie sociale : faisons-la prospérer. Et plutôt que de créer un énième pôle universitaire à Charleroi, concevons un nouveau mode de formation !" La meneuse humaniste ose même demander sous forme de boutade : " A quand une femme bourgmestre à Charleroi ? " En 2006, Salvi avait obtenu le cinquième meilleur score de Charleroi (4 230 voix), derrière trois socialistes et Chastel. L'échevin sortant Antoine Tanzilli qui se trouvera deuxième sur la liste CDH devrait bien faire progresser le sien. Quel sera l'impact de l'extrême droite et des nouvelles listes comme le FDF ? Les partis traditionnels n'ont pas trop d'inquiétude. " La déconfiture du FN sous la mandature écoulée annonce un net recul de l'extrême droite (le FN avait obtenu 9,5 % des voix et quatre sièges). Créé en 2011, le FDF a su se montrer présent dans les médias : séduira-t-il suffisamment d'électeurs pour être représenté au conseil communal ? C'est l'espoir de son chef de file Henri Horny. Principale victime de cette apparition : le MR qui dispose aujourd'hui de 10 des 51 sièges. Dernière donnée de l'équation électorale : l'impact des nouveaux venus. Le PS présente une liste renouvelée aux deux tiers avec des figures populaires comme Magnette bien sûr, mais également Anthony Dufrane qui avait battu aux législatives de 2010 Françoise Daspremont et Bernard Dallons (sèchement) dans leur propre fief. Si un bon score se confirme, Dufrane sera appelé à monter dans le collège. Gageons qu'il y servira fidèlement Paul Magnette auquel il doit sa première élection à la Chambre après avoir travaillé dans son cabinet. DIDIER ALBINLa législature 2006-2012 a inauguré la relève au sein de la majorité tripartite