Ce 21 février 2013, la Banque publique d'investissement, l'une des grandes promesses de campagne de François Hollande, tient son premier conseil d'administration, à Dijon. Dans les locaux du conseil régional de Bourgogne, sous la houlette de Pierre Moscovici, ministre de l'Economie et des Finances, et d'Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif. A l'issue de la réunion, le second dit au premier : " Attends-moi, je vais pisser. " On est entre hommes... Tandis que Moscovici patiente sagement au premier étage, Montebourg descend au rez-de-chaussée pour s'adresser, seul, aux journalistes.
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Ce 21 février 2013, la Banque publique d'investissement, l'une des grandes promesses de campagne de François Hollande, tient son premier conseil d'administration, à Dijon. Dans les locaux du conseil régional de Bourgogne, sous la houlette de Pierre Moscovici, ministre de l'Economie et des Finances, et d'Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif. A l'issue de la réunion, le second dit au premier : " Attends-moi, je vais pisser. " On est entre hommes... Tandis que Moscovici patiente sagement au premier étage, Montebourg descend au rez-de-chaussée pour s'adresser, seul, aux journalistes. C'est avec ce facétieux collègue que Michel Sapin cohabite désormais. Sur le papier, le couple a tout pour se déplaire. D'abord, le contrat qui le lie est inédit en France, donc explosif. Pour la première fois, l'Economie, rattachée à Montebourg, est séparée des Finances, le domaine de Sapin avec les Comptes publics. Un des résultats les plus cocasses est que Sapin et Montebourg devraient partager la tutelle du Trésor, cette administration que le ministre du Redressement productif fustige comme incarnation de l'orthodoxie financière et européenne qu'il combat. Ensuite, le tempérament, la feuille de route, le ton : tout sépare les deux hommes. Sapin affiche mesure et diplomatie, celles d'un ministre responsable, à l'écoute de la Commission européenne et des Allemands. Montebourg, lui, cultive une gouaille iconoclaste, pourfend l'Europe " austéritaire ", une Banque centrale européenne (BCE) sourde et aveugle, des règles de concurrence suicidaires, etc. Le premier, 62 ans, s'inscrit dans le sillage de François Hollande, son ami depuis l'ENA. Le second, 51 ans, se voit un avenir, au sommet. Il a passé un accord avec Manuel Valls pour éliminer les autres prétendants ; au finish, les deux s'affronteront. Dans ce scénario, tout est pesé : " Notez que Montebourg fait désormais partie du Conseil stratégique de la dépense publique : il n'est pas question pour Valls d'endosser la responsabilité politique de 50 milliards d'euros d'économies sans que son allié-concurrent se mouille dans l'opération ", souligne un proche du ministre de l'Economie. Alors, la guerre, les couacs, le désordre entre Michel-le-consensuel et Arnaud-le-rebelle ? La réalité pourrait bien gommer l'âpreté du tandem. Le ministre des Finances recherche la voie d'une émancipation en douceur des règles européennes. Quitte à emprunter une voie sinueuse, très hollandaise. Le 3 avril, il affirme que la France va demander un délai supplémentaire pour ramener ses déficits publics à moins de 3 % du PIB (normalement, c'est en 2015). Mais le 10, à Washington, il maintient l'objectif des 3 % pour 2015. Il est vrai que le Fonds monétaire international vient de dire que l'engagement français est crédible. Le calcul de Sapin ? Le pacte de responsabilité va permettre plus de croissance, donc plus de recettes fiscales, permettant de réduire les déficits dans les délais prévus. Si la promesse n'est pas tenue, Paris dira avoir vraiment fait tous les efforts. Michel Sapin a reçu une autre aide, très inattendue : celle de Mario Draghi, président de la BCE, qui s'inquiète désormais de la hausse de la monnaie unique. Jusqu'à présent, les harangues contre l'euro fort étaient réservées à Arnaud Montebourg, même si, sur ce point, l'Elysée partage la position du ministre de l'Economie et du Redressement productif. L'éléphant Montebourg a donc moins de raisons de piétiner la porcelaine de son colocataire de Bercy - mais refait-on sa nature ? Par Corinne Lhaïk