Une commune belge sur cinq a développé un partenariat avec une commune d'un pays en développement. Une sur cinq, seulement ? C'est oublier une autre réalité : selon une étude réalisée par l'Union des villes et communes belges (UVCB) (1), le nombre d'entités, en Belgique, disposent d'un échevin en charge de la coopération au développement (86 % en Flandre, 15 % en Wallonie), et d'un budget alloué à la coopération internationale (78 % en Flandre, 14 % en Wallonie).
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Une commune belge sur cinq a développé un partenariat avec une commune d'un pays en développement. Une sur cinq, seulement ? C'est oublier une autre réalité : selon une étude réalisée par l'Union des villes et communes belges (UVCB) (1), le nombre d'entités, en Belgique, disposent d'un échevin en charge de la coopération au développement (86 % en Flandre, 15 % en Wallonie), et d'un budget alloué à la coopération internationale (78 % en Flandre, 14 % en Wallonie).La forme la plus connue de ces relations Nord-Sud est, bien sûr, le jumelage entre deux communes. Le Rwanda, longtemps le favori de la coopération belge, en a largement bénéficié, notamment de la part de quelques communes de la région bruxelloise. Ces jumelages "de la première génération" n'étaient pas toujours exempts d'un certain paternalisme. Les dons étaient généralement à sens unique. Mais les temps changent. L'échevin Serge de Patoul (PRL-FDF), en charge des jumelages à Woluwe-Saint-Pierre, fait à ce propos la différence entre un partenariat de sa commune avec une municipalité roumaine et un jumelage, plus ancien, avec un district rwandais. "Dans le cas roumain, explique-t-il, il y a échange. Mais, dans le second, la relation est plus difficile : un partenaire donne, l'autre reçoit..." Victor Silvestre, spécialiste de l'Afrique au sein de l'ONG Entraide et Fraternité, est plus radical : "Les jumelages classiques permettaient à des autorités locales du tiers-monde de se faire réélire : elles apparaissaient comme les personnes incontournables pour obtenir l'aide européenne. C'était surtout une affaire de notables attirés par l'argent." Il est vrai que, dans le passé, la politique communale de développement était conçue de manière très traditionnelle. Et même là où il était question de partenariat, il s'agissait surtout, relève l'étude de l'UVCB, de "relations caractérisées par un transfert de moyens financiers et matériels" vers des partenaires qui n'étaient "pas souvent des pouvoirs locaux, mais plutôt des associations locales ou des ONG belges". Cette vision, assez conventionnelle, n'a cependant pas empêché certaines communes d'emprunter une autre voie, en oeuvrant au développement et au renforcement de l'administration locale dans le pays partenaire. Le programme, lancé en 2000 par Eddy Boutmans (Agalev), secrétaire d'Etat à la Coopération et au Développement, s'est appuyé sur cette pratique encore minoritaire pour proposer un progrès qualitatif dans les anciennes relations de jumelage. Plutôt que des dons, place à "l'échange de compétences", si possible avec des villes.Justice tunisienne à HuyCette évolution se situe dans un contexte international qui met désormais l'accent sur la coopération dite décentralisée et axé autour de nombreuses associations internationales qui ont surgi pour favoriser les relations entre villes. La principale est l'Alliance mondiale des villes contre la pauvreté, qui se réunira en Belgique du 10 au 12 avril. Pourquoi la ville ? Parce que, constatent les fondateurs de l'Alliance, elle est le lieu du premier contact avec la pauvreté. Elle rend aussi possible la première action, la plus proche des gens. Les expériences de rencontres entre responsables municipaux se sont révélées positives : "On y parle d'électrification, de gestion d'ordures ménagères, de réhabilitation de quartiers défavorisés, précise Mohamed Cherifi, coordinateur de cette démarche. Et notre tâche consiste à mettre en relation ceux qui posent des questions et ceux qui peuvent les aider à y répondre." Les villes du Sud sont demandeuses, on s'en doute. Mais les communes du Nord peuvent-elles réellement en tirer profit ? "Qu'est-ce que cela peut vous apporter, d'entrer dans une relation d'échange avec une ville du tiers-monde?" Neuf fois sur dix, la réponse des personnes interrogées est culturelle: la découverte d'autres modes de vie, les rencontres, l'ouverture sur le monde. Ainsi, la commune de Braine-l'Alleud (Brabant wallon) est engagée dans une relation avec un village du Népal grâce à laquelle "les jeunes participants aux échanges ont appris à connaître d'autres cultures", explique André Desmet, cheville ouvrière du projet. Il est plus rare que de tels échanges modifient les situations ou comportements dans les pays du Nord, qui considèrent avoir peu à recevoir du Sud. Mais cela arrive: Huy, siège du troisième Forum de l'Alliance, a fait sienne une expérience d'administration de la justice venue du Maghreb. "C'est le projet Conciliat, explique le procureur du roi de Huy, une pratique que mon prédécesseur a découverte en Tunisie vers 1996. Elle consiste à faire appel, pour des litiges de proximité en milieu urbain, à des médiateurs vivant dans ces quartiers. Il ne s'agit pas de juristes, mais de personnes qui ont une expérience de la vie et une grande sérénité d'esprit." Des querelles de tapage nocturne, par exemple, ont ainsi pu être réglées sans qu'il y ait, comme au tribunal, un gagnant et un perdant. Le Sud, aussi, peut offrir quelque chose au Nord...(1) Global Village - Les communes, partenaires du développement, 2000. André Linard