Disegno & couleur

Les musées royaux des Beaux-Arts de Bruxelles possèdent une collection très impressionnante de dessins gardés dans le secret des réserves. Parmi les 75 feuilles exposées en ce moment, la plupart n'ont jamais été montrées. Des premières esquisses aux études de compositions, des fragments d'anatomie aux portraits et aux paysages d'après nature ou imaginaires, l'art du tracé explore des voies bien diverses. Il peut servir de base à une composition picturale. Ce sont les modelli que l'on présente au commanditaire. Le dessin peut aussi être une oeuvre en soi adressée aux co...

Les musées royaux des Beaux-Arts de Bruxelles possèdent une collection très impressionnante de dessins gardés dans le secret des réserves. Parmi les 75 feuilles exposées en ce moment, la plupart n'ont jamais été montrées. Des premières esquisses aux études de compositions, des fragments d'anatomie aux portraits et aux paysages d'après nature ou imaginaires, l'art du tracé explore des voies bien diverses. Il peut servir de base à une composition picturale. Ce sont les modelli que l'on présente au commanditaire. Le dessin peut aussi être une oeuvre en soi adressée aux collectionneurs assez tôt fascinés par ces " premiers jets ". Le parcours balise une production qui va du XVIe au XVIIe siècle en Italie et en France. En introduction, deux Naïades aux contours appuyés à la plume sont confrontées à un paysage italien exécuté un siècle plus tard aux pinceau, lavis et pierre noire travaillée à l'estompe. Le premier opus, signé Paulo Farinati, représente l'idéal du designo, l'autre de Giovanni Francesco Grimaldi révèle une tendance plus picturale née à Venise. Sur fond rouge, les oeuvres se succèdent les unes aux autres. Le papier est blanc ou de couleur sombre, la manière use des seuls contrastes du clair et du sombre ou des trois couleurs (sanguine, craie, pierre noire). On passe du maniérisme au baroque puis au pittoresque de la fin du XVIIIe siècle et au passage, l'un ou l'autre nom aura retenu l'attention : Le Bernin, Tiepolo ou encore Charles Lebrun, Simon Vouet et Watteau. Le point de départ est un tableau de Frits Van den Berghe. On y voit un personnage traversant une suite de nuages disposés en anneaux les uns au-dessus des autres. Dans le bas, l'artiste a peint des fruits, un peu plus haut, le buste raidi d'une femme nue. Aux étages supérieurs, on découvre une rose et enfin, la tête d'un homme qui, d'un mouvement de la main, gagne enfin le ciel dégagé. L'idée est d'y percevoir différents niveaux du désir allant du besoin fondamental (ou gourmand) à celui du corps de l'autre (entre fantasme et regret). A la fleur répondrait l'amour (le couple, l'enfant). Enfin, le désir supérieur, spirituel, celui de l'Idéal ou de l'harmonie correspondrait à la position de la figure. Divers ensembles ont été imaginés en mêlant les oeuvres du XIXe et du XX e siècle sorties des réserves du musée. On passe de La tentation de saint Antoine de Dali à une esquisse de 1848 signée Louis Gallait et de là vers un tableau intitulé Regrets dans lequel un jeune novice ne peut s'empêcher de regarder au loin une silhouette féminine. Accompagné par des textes courts, le visiteur découvre ainsi dans cette petite exposition l'un ou l'autre Delvaux, Wouters, Brusselmans, Cluysenaar mais encore Stevens, Verheyden, Frédéric... Disegno & couleur (jusqu'au 18 mai) et Désir (jusqu'au 6 juillet), aux musées royaux des Beaux-Arts, à Bruxelles. www.fine-arts-museum.beGuy Gilsoul