Il y a deux façons de penser l'usage de la discrimination positive. La première - superficielle - consiste à prendre en compte une situation d'inégalité dans le traitement social et tenter d'y remédier par une démarche immédiate qui pénalise une fraction de la population non discriminée. La seconde tente d'aller au fond du problème, dont la discrimination n'est qu'un symptôme, plus ou moins fort, de manière à en éradiquer la cause. On se contente, trop souvent, de la première...

Il y a deux façons de penser l'usage de la discrimination positive. La première - superficielle - consiste à prendre en compte une situation d'inégalité dans le traitement social et tenter d'y remédier par une démarche immédiate qui pénalise une fraction de la population non discriminée. La seconde tente d'aller au fond du problème, dont la discrimination n'est qu'un symptôme, plus ou moins fort, de manière à en éradiquer la cause. On se contente, trop souvent, de la première approche. Or il n'est pas évident qu'elle soit la meilleure façon de mettre fin à une situation inacceptable. Celle-ci prend sa source dans un état d'arriération historique, avec les conséquences économiques, sociales et culturelles qu'il implique. Deux facteurs de discrimination ont toujours prévalu : le sexe et l'état socio culturel. D'où le sentiment d'une immobilité insurmontable, née de la durée historique. Pour y remédier, certains souhaitent renverser - mécaniquement - cette réalité. On fait barrage aux femmes en politique ? Prônons la parité. Telle population est inexistante dans telle profession ou telle filière ? Imposons un quota en sa faveur. Ce n'est peut-être pas la bonne manière pour que disparaisse ce chancre, parce que, fondamentalement, la réponse est historico-économique. Insensiblement, des catégories sociales ont acquis des avantages. Ceux-ci, au fil des générations, ont été acceptés comme un dû. Souvent même, les victimes de ces inégalités ont culturellement intégré l'injustice, qui n'est plus ressentie comme telle mais comme l'expression de l'ordre naturel. La grande victoire du féminisme et des organisations ouvrières est d'avoir fait comprendre à leurs adhérents que les discriminations résultaient de leur -propre - soumission à l'ordre socio-économique et aux pesanteurs culturelles qu'il génère. En modifiant politiquement cet état de choses, par des décisions fondamentalement économiques, on supprimera les bases de la discrimination. En revanche, les mesures de discrimination positive laisseront intactes les causes substantielles de l'inégalité. De plus, en causant à des individus un préjudice certain, elles renforceront le sentiment que des fractions de la population sont incapables de progresser par elles-mêmes. Au nom de la morale, d'une impatience compréhensible mais malvenue, on aura ainsi négligé l'action en profondeur, l'action politico-économique, et rien se sera vraiment abouti.JEAN NOUSSE