Au MR, ils n'étaient pas fâchés de le voir rentrer dans le rang. Qu'enfin les feux des projecteurs se détournent quelque peu de sa personne. La crise ne laissait aucun répit à Didier Reynders. Pas un jour sans que les déboires des institutions bancaires mettent le ministre des Finances sur le gril. Pas une semaine sans que les excès du capitalisme soient mis au passif du président du MR. En faire une cible de choix était un jeu d'enfant : en cumulant les casquettes, présidentielle et ministérielle, Reynders s'exposait à encaisser toutes les tares imputées à un modèle économique parti en vrille. L'ennemi juré socialiste, tout en se gardant de jouer l'homme, se réjouissait de le voir dans l'embarras. Empêtré dan...

Au MR, ils n'étaient pas fâchés de le voir rentrer dans le rang. Qu'enfin les feux des projecteurs se détournent quelque peu de sa personne. La crise ne laissait aucun répit à Didier Reynders. Pas un jour sans que les déboires des institutions bancaires mettent le ministre des Finances sur le gril. Pas une semaine sans que les excès du capitalisme soient mis au passif du président du MR. En faire une cible de choix était un jeu d'enfant : en cumulant les casquettes, présidentielle et ministérielle, Reynders s'exposait à encaisser toutes les tares imputées à un modèle économique parti en vrille. L'ennemi juré socialiste, tout en se gardant de jouer l'homme, se réjouissait de le voir dans l'embarras. Empêtré dans l'interminable saga Fortis, qui empoisonnait le quotidien du ministre des Finances. C'est dire si le dénouement de la vente de la banque belge à BNP Paribas, avant le scrutin, a été apprécié à sa juste valeur au MR. L'épine Fortis sortie du pied du gouvernement fédéral ouvrait enfin la perspective de mettre en veilleuse l'omniprésent Reynders. Plus d'un candidat libéral en était soulagé, à l'idée de mener campagne sans avoir à supporter cette fâcheuse publicité. " C'est sur ce genre de dossier concret comme l'affaire Fortis que les gens laissaient éclater leur frustration ", témoigne l'un d'eux. " Je crains moins qu'il y a quelques semaines l'image négative que véhiculait Didier ", abonde une tête de liste. L'effet d'aubaine était à saisir. Il devenait enfin possible de pousser en avant l'autre homme fort du Mouvement réformateur, à la pointe du combat au scrutin européen : Louis Michel, gratifié d'un profil moins imbuvable pour les partenaires potentiels de coalitions. La formule de rechange n'était pas à négliger, vu l'état exécrable des relations de Reynders avec ses alter ego PS et CDH. C'était compter sans les... socialistes. Par la faute d'un des leurs, ils ont involontairement remis en selle le président du MR. Cachant mal sa joie en découvrant l'affaire Donfut, Reynders a pu enfourcher son cheval de bataille favori : la lutte sans merci et sans trêve contre le système socialiste. Avec Louis Michel certes à ses côtés, qui s'est mis lui aussi à cogner dur. Mais que l'on perçoit plus temporisateur dans la dangereuse escalade verbale entre ténors PS et MR. Question de style. Et de choix stratégique surtout. Comme le rappelle le politologue de l'ULB, Pascal Delwit (1), " sous le leadership de Louis Michel, le retour en grâce des libéraux s'est réalisé via une politique d'alliances préalables. Dans l'optique de Didier Reynders, s'inscrivant par là dans les pas de Jean Gol, le résultat aux élections prédomine ". L'actuel chef de file du MR n'en fait pas mystère : " Les libéraux n'ont jamais été au pouvoir que sur la base de leurs résultats. On n'est jamais venu les chercher pour leurs beaux yeux, leur sympathie. Nous devons donc gagner les élections. " Un quitte ou double qui n'est pas sans risques. Il s'appelle " isolement ", conclut Delwit. Il se dit que Reynders et Michel ne seront pas trop de deux pour briser ce dangereux isolement, au stade crucial des négociations de coalitions. Pour l'heure, Reynders n'est pas encore un homme seul parmi ses troupes : " Tout le parti est derrière lui : sa stratégie offensive est la seule possible. Le MR n'a pas d'autre choix que de marteler que le PS est le problème ", relève un baron libéral bruxellois. Mais en cas de défaite le 7 juin, c'est le président du MR qui pourrait devenir " le problème ". (1) Pascal Delwit, La Vie politique en Belgique de 1830 à nos jours, éd. ULB. P. Hx