Mars 2009. Le fa-bricant américain d'équipements médical Baxter confirme au gouvernement wallon un investissement de 29 millions d'euros dans son site de production de Lessines. Cent septante nouveaux emplois devraient être créés dans les quatre ans.
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Mars 2009. Le fa-bricant américain d'équipements médical Baxter confirme au gouvernement wallon un investissement de 29 millions d'euros dans son site de production de Lessines. Cent septante nouveaux emplois devraient être créés dans les quatre ans. En 2007, le moteur de recherche Google décidait d'implanter à Saint-Ghislain, près de Mons, un de ses centres de données géants. Investissement : 250 millions d'euros. Quelques mois plus tard, Steve Ballmer, patron du n°1 mondial des logiciels Microsoft, en personne, faisait le déplacement en Wallonie pour annoncer l'ouverture d'un incubateur d'innovation à Mons. Il ne s'agit pas d'un traitement de faveur. Microsoft soutient la mise sur pied d'un incubateur similaire à Lille, à quelques dizaines de kilomètres. Mais l'opération permet désormais d'inscrire le nom de Bill Gates dans la liste des amis du Hainaut. Dans le monde hyperconcurrentiel moderne, où les régions du monde se vendent aux investisseurs de la planète comme des barquettes de fromage dans des hypermarchés, des références mondiales de ce type sont un atout maître. Microsoft, Google, Baxter sont des ambassadeurs. Plus important, encore, ces firmes planétaires sont des relais importants pour les entreprises innovantes implantées en Wallonie. En nouant des relations étroites avec ces entreprises, les technologies développées par les universités, les centres de recherche ou les PME wallonnes peuvent espérer une meilleure visibilité internationale. Elles augmentent aussi les chances d'intégrer des projets de développement transcontinentaux. Cela coûte ce que cela doit coûter, donc. Mais le fait d'attirer des opérateurs de cette dimension en Hainaut est d'une éminente pertinence. D'où des retombées économiques potentielles supérieures. En 2007, les centres de recherche mis en place avec les fonds européens de l'Objectif 1 ont été rappelés à l'ordre. Voici deux ans, certains se prélassaient dans les subsides sans chercher à développer leurs activités. Ils sont à présents tenus d'étendre les collaborations avec les entreprises et trouver des financements alternatifs. La dynamique des pôles de compétitivité (groupements d'entreprises et d'universités, mis en place dans le cadre du plan Marshall) met désormais autour de la table les acteurs. Si la collaboration n'est pas encore symphonique, la mise en réseau semble se concrétiser pour de bon. Quant à l'aéroport de Charleroi, le nouveau terminal offre à présent aux voyageurs un accueil digne de ce nom. L'avenir de Charleroi Brussels South Airport reste à la merci d'une colère de son principal client, Ryanair. Pour l'heure, le modèle tient. Au mois de mars, la compagnie irlandaise a annoncé l'ouverture de quatre nouvelles destinations à partir de Charleroi. Voilà pour les bonnes nouvelles. Hélas, pour le solde, le Hainaut reste en piteux état économique. Grâce à la vigueur économique, le chômage a reculé d'une dizaine de pour cent entre 2006 et 2008. La province enregistre cependant toujours le nombre de sans-emploi et le taux de pauvreté les plus élevés du royaume. L'espérance de vie y est la plus basse... On discerne encore mal le signe d'un redécollage économique significatif dans le Borinage, le Centre ou, surtout, la région de Charleroi. Depuis le séisme des scandales, la sérénité n'est pas encore revenue dans la ville la plus peuplée de Wallonie. Charleroi désespère de retrouver un quelconque leadership. On continue de gérer les décisions passées, comme l'extension du métro, avec du matériel roulant préhistorique. La mobilité autour de l'aéroport demeure tortueuse. Le plateau de Gosselies, architecturalement et foncièrement bien doté, tarde un peu à déployer tout son potentiel économique. Les retombées sur l'emploi local sont décevantes. Peu de salariés habitent Charleroi. Le Hainaut ne s'en sortira pas sans une réforme profonde du système éducatif. Des dispositions ont été prises au cours des dernières années pour remettre à niveau les équipements dans l'enseignement technique et professionnel. Mais ce n'est qu'une étape. Les autorités du Hainaut ont (miraculeusement) obtenu une rallonge du Feder jusqu'en 2013. Certaines leçons du passé semblent avoir été tirées. Mais il est trop tôt pour dire si les fonds européens seront, cette fois, dépensés judicieusement, sur des projets économiquement utiles et durables. JEAN-YVES HUWART