"Le vaccin Soberana 02 est encore en phase III, mais je me suis fait vacciner sans hésiter un seul instant", confie Oscar, 25 ans, habitant de l'un des huit arrondissements où 44 000 Havanais ont pu se faire vacciner en mars. "La prochaine dose aura lieu dans 28 jours", dit ce jeune serveur au chômage. Oscar exhibe fièrement une petite fiche attestant de sa vaccination avec le "candidat-vaccin anti-SARS-Cov-2 Soberana 02". Depuis, Soberana 02 a été approuvé en phase d'intervention par les autorités sanitaires cubaines, tout comme un autre candidat vaccin, Abdala. Deux autres, Mambisa et Sob...

"Le vaccin Soberana 02 est encore en phase III, mais je me suis fait vacciner sans hésiter un seul instant", confie Oscar, 25 ans, habitant de l'un des huit arrondissements où 44 000 Havanais ont pu se faire vacciner en mars. "La prochaine dose aura lieu dans 28 jours", dit ce jeune serveur au chômage. Oscar exhibe fièrement une petite fiche attestant de sa vaccination avec le "candidat-vaccin anti-SARS-Cov-2 Soberana 02". Depuis, Soberana 02 a été approuvé en phase d'intervention par les autorités sanitaires cubaines, tout comme un autre candidat vaccin, Abdala. Deux autres, Mambisa et Soberana 01, sont moins avancés. Les chercheurs cubains travaillent aussi sur Soberana Plus, destiné à renforcer les anticorps des personnes infectées par la Covid. Plus de 150 000 membres du personnel de santé sont en cours de vaccination dans la capitale et 120 000 autres dans l'est du pays. A l'échelle nationale, 490 000 personnes devraient être vaccinées en avril. Le vaccin est une source de fierté nationale, tant chez les Cubains que pour le régime. Pas un jour sans que les médias officiels ne vantent Soberana ou Abdala, qui utilisent une protéine recombinante, à l'instar du vaccin américain Novavax. La vaccination est entre les mains de BioCubaFarma, un groupe pharmaceutique étatique composé de 32 entreprises de biotechnologie et surtout, dans le cas présent, du célèbre Institut Finlay de vaccination, du nom de Carlos Finlay, le découvreur cubain du moustique vecteur de la fièvre jaune. BioCubaFarma emploie environ 20 000 personnes et dispose de plus de 80 lignes de production. Fidel Castro a voulu créer une industrie pharmaceutique cubaine en 1981. Si, quarante ans plus tard, le bilan est une réussite pour la production de vaccins, la situation est plus compliquée sur le front pharmaceutique. Les pharmacies sont vides. Tout part à l'exportation. "On m'a demandé de venir avec du paracétamol pour atténuer d'éventuels effets indésirables du vaccin. Nous en avons cherché partout sans succès", explique Mabel, la cinquantaine, vaccinée le même jour qu'Oscar. Les autorités cubaines assurent avoir les capacités de produire 100 millions de doses en 2021. Dans un pays où la transparence n'est pas le maître mot, l'île aurait déjà exporté 100 000 doses de Soberana 02 vers l'Iran et 30 000 doses vers le Venezuela. Les noms des vaccins cubains sonnent comme une déclaration de souveraineté. Soberana signifie souveraine. Abdala est le nom d'un poème de Jose Marti, le héros de l'indépendance cubaine face aux Espagnols. Il reste une inconnue de taille et non des moindres: l'efficacité du vaccin. Si les spécialistes cubains assurent que Soberana 02 n'a connu que peu d'effets indésirables et a été efficace en phase III, aucune étude n'est accessible à ce jour. Il le faudra si l'île communiste veut accéder au marché d'exportation vaccinal, en dehors de ses alliés traditionnels.