Le Vif L'Express : La situation de la Belgique est-elle plus grave que vous ne le pensiez ?

Jacques Myard : Le contenu du rapport ne m'a pas nullement surpris. Le constat est assez simple, on l'observe depuis des décennies : deux nations de langue et de culture différentes ne veulent plus vivre ensemble, sont au bord de la séparation. La Belgique tient encore par le rôle personnel qu'y joue son roi.
...

Jacques Myard : Le contenu du rapport ne m'a pas nullement surpris. Le constat est assez simple, on l'observe depuis des décennies : deux nations de langue et de culture différentes ne veulent plus vivre ensemble, sont au bord de la séparation. La Belgique tient encore par le rôle personnel qu'y joue son roi. Christian Bataille : Le rapport d'information a voulu ménager la chèvre et le chou. Il souligne l'ingouvernabilité apparente de la Belgique du fait de l'instabilité de son niveau fédéral. En revanche, et je le regrette, le rapport ne soulève pas le fait que cette ingouvernabilité est aggravée par les modalités du scrutin proportionnel, qui crée une situation politique atomisée. Ce qui soude encore la Belgique, c'est le statut de Bruxelles. J. M. : L'Etat belge, largement artificiel et voulu par les Anglais, est dans un processus de dislocation inéluctable. Ce qui s'y passe s'est déjà produit en ex-URSS. C. B. : La Belgique a tenu, et bien tenu, face à l'Histoire. Mais elle est aujourd'hui confrontée à une telle exacerbation nationaliste... J. M. : Il appartient aux Wallons et aux Flamands d'en décider. La situation a été explosive pendant la crise politique, d'une longueur qui m'a extrêmement frappé. Elle l'est peut-être moins aujourd'hui, mais elle pourrait le redevenir : il y a cette très grande agressivité de la Flandre à l'égard des francophones qui sont installés chez elle. C. B. : Elio Di Rupo fait beaucoup d'efforts comme Premier ministre, mais il est wallon et socialiste. Tôt ou tard, on voudra le déstabiliser. J. M. : C'est totalement évident, et cela a été souligné par tout le monde lors du débat. Ce qui se produit en Flandre est assez démentiel, en tout cas indéfendable. Quand on viole à ce point les règles européennes, lorsqu'on observe une telle remise en cause des possibilités de parler sa langue, je ne peux que dénoncer des méthodes fascistes. Cela fait frémir. En France, tout le monde crierait au scandale face à ce qui apparaît comme un quasi- processus d'épuration, sinon ethnique, au moins culturel. C. B. : On a peur des mots. En Grèce, une extrême droite affiche la croix gammée. Ce n'est pas le cas de Bart De Wever et de la N-VA, mais son discours comporte beaucoup d'éléments communs à l'extrême droite autrichienne ou italienne : intolérance, égoïsme, racisme, refus de l'étranger. Bart De Wever est sans doute un monsieur un peu charmeur mais il ne peut faire oublier les pulsions mises en £uvre. J. M. : Elle devra un moment prendre position, mais elle ne va plus faire marcher ses troupes comme en 14-18 ou en 40-45 ! Il appartient aux Wallons et aux Flamands de se déterminer. C'est à eux d'enclencher le processus d'autodétermination. Sans doute, à terme, une entente entre Wallons et Français sera à définir, sans qu'il y ait rattachement de la Wallonie à la France du jour au lendemain. Pour ma part, je n'ai aucune vision d'une grande France. C. B. : Cela me paraît naturel. Wallons et Français n'ont jamais été séparés que par des frontières artificielles. Cela étant, je ne rêve pas non plus à la grande nation de la Révolution française. Si la France se manifestait aujourd'hui sur ce terrain, ce serait très maladroit. J.M. : Pas du tout ! La commission des Affaires étrangères étudie des tas de crises dans le monde. Comme celle du Proche-Orient. Pourquoi pas la Belgique, un pays voisin dont le sort nous intéresse directement ? Sans doute les autres voisins de la Belgique se sentent-ils moins concernés pour des raisons de culture. Et pour ce qui est de l'Allemagne, je dirais : qu'elle se mêle de ses oignons ! C. B. : La commission des Affaires étrangères étudie régulièrement des zones politiquement sismiques. Et la Belgique en est une : pourquoi ferait-elle l'objet d'un traitement particulier ? Les autres pays ont sans doute une autre manière de travailler. ENTRETIENS : PIERRE HAVAUX