La canonisation la plus rapide de l'histoire est celle du dominicain Pierre de Vérone. La procédure n'a duré qu'un an. En 1232, Pierre avait été nommé inquisiteur de Lombardie par le pape. Bien que la croisade sanglante contre les cathares du midi de la France (les Albigeois) fût terminée, il restait dans le nord de l'Italie plusieurs communautés cathares. Pierre fut chargé par Innocent IV de ramener ces communautés à la vraie foi. La plupart des témoins considèrent néanmoins que Pierre fut un inquisiteur relativement clément.
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La canonisation la plus rapide de l'histoire est celle du dominicain Pierre de Vérone. La procédure n'a duré qu'un an. En 1232, Pierre avait été nommé inquisiteur de Lombardie par le pape. Bien que la croisade sanglante contre les cathares du midi de la France (les Albigeois) fût terminée, il restait dans le nord de l'Italie plusieurs communautés cathares. Pierre fut chargé par Innocent IV de ramener ces communautés à la vraie foi. La plupart des témoins considèrent néanmoins que Pierre fut un inquisiteur relativement clément.Au cours de son retour à Milan, après un prêche sur les bords du lac de Côme, Pierre et quelques compagnons furent agressés par un groupe de cathares armés, et le religieux fut gravement blessé à la tête d'un coup de hache. La tradition veut qu'il ait ensuite trempé un doigt dans le flot de sang et fourni un dernier effort pour écrire dans la terre les mots " Credo in unum Deum " (Je crois en un Dieu unique). Il mourut le 6 avril 1252 et fut canonisé un peu plus d'un an plus tard.A l'époque du passage du premier au deuxième millénaire, on ne traînait pas non plus lorsqu'il s'agissait de canoniser les rois. En moins de vingt ans, deux rois anglo-saxons furent élevés aux honneurs des autels bien que ni l'un ni l'autre n'eût fait preuve de qualités extraordinaires.Le premier était Edouard le Martyr (vers 962-978), fils du roi Edgar et de sa première épouse. La succession d'Edgar en 975 ne se déroula pas sans heurts. Ælfthryth, la bellemère d'Edouard, mit tout en mesure pour faire couronner son propre fils sous le nom d'Ethelred II, et ce n'est qu'à la faveur de l'intervention de l'archevêque de Canterbury qu'Edouard accéda au trône. Mais la veuve royale ne se laissa pas abattre et chercha le moyen d'évincer Edouard.Le 18 mars 978, le jeune roi était parti chasser dans les environs du château de Corfe, dans le comté du Dorset, dans le sud-ouest de l'Angleterre. C'est là que résidaient sa belle-mère et son fils Ethelred. Après une partie de chasse éprouvante, Edouard et ses compagnons cherchèrent un gîte dans le village au pied du château. Mais le jeune Edouard éprouvait une telle soif qu'il rentra seul à bride abattue, sans réaliser qu'il se jetait ainsi dans la gueule du loup. Lorsqu'il frappa à la porte, Ælfthryth saisit sa chance. Elle accueillit le roi et lui offrit à boire. Tandis qu'Edouard étanchait sa soif, elle donna à un serviteur l'ordre de le tuer. Le coup de couteau qu'il reçut le blessa gravement, mais il arriva néanmoins à sauter en selle. Malheureusement, son cheval trébucha et le désarçonna. En tombant, il resta suspendu par un pied dans son étrier et perdit la vie.Ælfthryth fit enterrer en terre non consacrée le corps de son souverain de 15 ans. Le chroniqueur Guillaume de Malmesbury explique que, par la grâce de la providence, de nombreux miracles se produisirent sur la tombe de l'infortuné roi. Ces miracles valurent à Edouard d'être canonisé un petit quart de siècle après sa mort.Le deuxième Edouard canonisé est Edouard le Confesseur (1004 - 1066), fils d'Ethelred II, le roi qui avait 10 ans quand il fut couronné après le meurtre d'Edouard le Martyr. Le Confesseur réussit à grand-peine à se défendre contre les nobles anglo-saxons et contre les Danois et les Norvégiens qui détenaient depuis toujours un pouvoir considérable sur les îles britanniques. Quelques mois après sa mort, le royaume anglo-saxon fut annexé par les Normands de Guillaume le Conquérant. La canonisation d'Edouard n'est due qu'à sa grande piété.Becket a été victime de la lutte de pouvoir latente qui, au début du Moyen-Age, opposait les représentants des autorités séculières et religieuses. Né vers 1120, ce fils de marchand d'origine normande n'était pas un théologien remarquable. Mais, excellent orateur, il conquérait par son charisme les faveurs des puissants que comptait l'Angleterre de l'époque.Thibaut du Bec, l'archevêque de Canterbury, fut le premier à déceler les qualités exceptionnelles de Becket et veilla à ce que le jeune homme soit nommé archidiacre de Canterbury. Quand la fonction clé de chancelier du royaume (un chef du gouvernement en quelque sorte) fut vacante, c'est une fois encore grâce à l'intervention de Thibaut que le jeune roi Henri II choisit Becket en 1155. Henri, monté sur le trône depuis un an seulement, au terme d'une guerre civile de plusieurs années, avait grand besoin de collaborateurs compétents. Les qualités d'administrateur, de diplomate et de chef de guerre du nouveau chancelier étaient incontestables. Le seul reproche que l'on pouvait émettre à l'encontre de Becket était son intégrité fluctuante. Bien qu'il ne soit plus archidiacre, il en percevait encore la rémunération. Et il ne rendit pas visite à son bienfaiteur Thibaut sur son lit de mort. En sa qualité de chancelier, Becket n'avait pas de scrupules à aider le roi dans ses efforts pour restreindre le pouvoir de l'Eglise.Aux yeux d'Henri, faire nommer en 1162 son habile chancelier au poste vacant d'archevêque de Canterbury semblait une idée brillante. Avec le primat d'Angleterre à ses côtés, le roi pensait qu'il lui serait plus facile encore de contrôler le clergé. Il fut donc extrêmement surpris quand Becket accepta le poste d'archevêque pour démissionner aussitôt de sa fonction de chancelier. Le roi découvrait ainsi que l'homme qu'il considérait comme son ami et son collaborateur le plus fidèle avait choisi sans aucune équivoque le parti de l'Eglise.Vexé, Henri fit promulguer en 1163 des lois visant à restreindre la puissance de l'Eglise et clairement dirigées contre l'opiniâtreté de Becket. Comme l'archevêque craignait pour sa vie, il se réfugia quelques mois plus tard en France où il jouit de la protection de Louis VII, l'ennemi héréditaire d'Henri II.Le Vatican essaya à plusieurs reprises de réconcilier les adversaires et, au printemps 1170, le pape Alexandre III crut y parvenir. Becket répondit favorablement à la demande papale de rentrer à Canterbury, mais cela ne changea en rien son attitude à l'égard de l'autorité laïque. Il ne tarda pas à provoquer une fois encore la colère du roi en excommuniant trois évêques sous prétexte qu'ils avaient imposé la nomination d'un nouvel archevêque d'York, un privilège qui revenait traditionnellement à l'archevêque de Canterbury.C'est à cette époque que le roi déclara, en présence d'un groupe de courtisans, que la situation ne pouvait perdurer. Il fit une de ses plus violentes déclarations contre l'archevêque au moment où il célébrait la Noël de 1170 avec sa cour dans la petite ville normande de Bures-en-Bray. Quatre nobles - Reginald Fitzurse, Hugues de Morville, Guillaume de Tracy et Richard le Breton - prirent le souhait du roi pour un ordre. Ils se pressèrent à Canterbury afin d'en découdre avec le récalcitrant Becket en empruntant des itinéraires différents pour éviter d'être rappelés.Le 29 décembre, ils se présentèrent au palais où l'archevêque se préparait à célébrer les vêpres. Face à l'agressivité des quatre chevaliers, les prêtres et les membres de la domesticité hésitèrent à accompagner Becket à la cathédrale. Au départ, il semble que les quatre hommes ne savaient pas clairement ce qu'ils devaient faire. Maîtriser l'archevêque, l'envoyer de nouveau en exil en France ou le tuer ? Ils tentèrent de traîner l'archevêque à l'extérieur de la cathédrale, mais il résista. Quand un des quatre chevaliers frappa sur l'épaule de Becket avec le plat de son épée - peut-être pour une dernière mise en garde - son sort était scellé. Ce fut le début d'un combat en règle et Becket ne tarda pas à tomber, blessé à mort. Aussitôt informé, le roi Henri se rendit compte que, considéré comme un martyr, Becket serait un opposant mort plus redoutable encore qu'un archevêque vivant. Bien que niant haut et fort sa responsabilité, il ne put que demander l'absolution du pape et lui promettre, en guise de pénitence, de mener une croisade en Terre sainte. Comme le pape Alexandre souhaitait éviter tout conflit avec l'Angleterre, il se contenta de cette promesse. Mais Henri manqua à sa parole et préféra tirer parti de la dévotion populaire insufflée par la mort de Becket, dévotion que le roi encouragea finalement à tout crin.Quant aux assassins, ils se réfugièrent tous les quatre en Ecosse où ils furent informés que de leur excommunication par le pape. Pour expiation, ils durent, tout comme le roi, se rendre en Terre sainte et y rester pendant quatorze ans au moins. Tout indique qu'ils ne sont jamais rentrés...A la fin du XIe siècle, des liens étroits s'étaient noués entre la Flandre et le Danemark. Adèle, fille du comte Robert 1er le Frison, était mariée au roi Knut IV de Danemark. L'entente entre Knut et son beau-père était telle qu'ils forgeaient ensemble des plans audacieux pour envahir l'Angleterre de Guillaume le Conquérant. Mais avant même de mettre ces projets à exécution, Knut fut assassiné par des gentilshommes mécontents. Quinze ans plus tard, sa canonisation en fit le saint patron du Danemark.Adèle, la veuve de Knut, alla quémander, avec son fils Charles, protection auprès de son père. Charles grandit ainsi à la cour de Flandre. Il y fut extrêmement apprécié par son oncle Robert II et, après sa mort, il devint le principal conseiller du nouveau comte, son neveu Baudouin VII, de dix ans son cadet. Quand Baudouin mourut sans descendance en 1119, Charles lui succéda logiquement. Or, la mère du comte décédé s'opposa à cette décision. Bien qu'elle eût reçu le support de quelques-uns des nobles les plus importants, Charles gagna sans peine la reconnaissance par la majorité.Il est malaisé de juger du mode de gouvernement de Charles mais il était connu pour sa dévotion et avait l'habitude de protéger ses sujets contre les excès de la féodalité. C'est peutêtre pour cette raison que les premiers récits de la vie du comte semblent exagérément hagiographiques. De toute évidence, le petit peuple lui avait accordé son support. Quand, en 1124 et 1125, la famine frappa la Flandre, et le reste de l'Europe occidentale, il organisa un rationnement des vivres, un partage équitable des produits disponibles. On raconte qu'il fit un jour distribuer 7 800 pains à ses sujets, ainsi que de l'argent et des vêtements.Il y avait cependant une face plus sombre au comportement du comte Charles. Il attribua aux Juifs la responsabilité de la famine et les chassa hors de Flandre. Ce faisant, Charles se conforma sans doute aux idées de son temps.Par ailleurs, la noblesse n'appréciait pas que le petit peuple bénéficiât d'un traitement de faveur, et à Bruges, partisans et adversaires du comte s'opposaient régulièrement avec virulence. Les Erembald, membres d'un puissant clan de la région de Furnes récemment anoblis, qui avaient fourni les vicomtes de Bruges du temps de Charles - en avaient assez de la politique du comte et entendaient se venger. Charles eut l'imprudence d'insinuer qu'il voulait priver les Erembald de leurs droits nobiliaires et les ramener ainsi au rang de bourgeois dépendants, une perspective qui leur était intolérable. Le 2 mars 1127, ils passèrent à l'action.Galbert de Bruges, secrétaire du comte et auteur d'un rapport détaillé sur son meurtre, écrit que Bruges était plongé ce jour-là dans un brouillard tel que lorsque le comte s'apprêta à se rendre en l'église Saint-Donatien pour son habituelle messe matinale, on ne pouvait pas voir plus loin que le bout de sa lance. Dans de telles circonstances, Les deux groupes de conspirateurs purent suivre le comte et sa suite sans se faire remarquer, des épées cachées sous leurs grands manteaux. Quand, une fois dans l'église, Charles se prépara à distribuer les aumônes, les Erembald frappèrent. Un seul coup d'épée suffit.Toutefois, les Erembald ne réussirent pas leur coup d'Etat, ayant sous-estimé la popularité du comte. En effet, avec l'aide des troupes françaises que le roi, suzerain du comte, envoya en Flandre, les Erembald furent chassés de leurs terres.