Il fallait s'y attendre : à peine la trêve des confiseurs passée, ça repart... La déferlante des " Journées mondiales " (JM) et autres " Semaines internationales " est annoncée. Au lendemain de la JM de la paix (1er janvier), il suffisait d'un coup d'£il au calendrier pour constater que d'autres rendez-vous, sérieux ou non, approchaient. Du plus douloureux, avec la " Journée de la mémoire de l'Holocauste et de la prévention des crimes contre l'humanité " (27 janvier) ou celle des lépreux (30 janvier), au plus utopique, avec la très improbable JM " sans téléphone mobile " (6 février). De toute façon, il y en aura pour tous les goûts, en cette année 2009 elle-même vouée à célébrer... l'astronomie.
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Il fallait s'y attendre : à peine la trêve des confiseurs passée, ça repart... La déferlante des " Journées mondiales " (JM) et autres " Semaines internationales " est annoncée. Au lendemain de la JM de la paix (1er janvier), il suffisait d'un coup d'£il au calendrier pour constater que d'autres rendez-vous, sérieux ou non, approchaient. Du plus douloureux, avec la " Journée de la mémoire de l'Holocauste et de la prévention des crimes contre l'humanité " (27 janvier) ou celle des lépreux (30 janvier), au plus utopique, avec la très improbable JM " sans téléphone mobile " (6 février). De toute façon, il y en aura pour tous les goûts, en cette année 2009 elle-même vouée à célébrer... l'astronomie. Stéphane Fouks, d'Euro RSCG France (agence spécialisée dans le marketing et la publicité) : " C'est un nouveau rituel lié à la mondialisation, assure-t-il. Toutes ces journées machin n'ont pas, heureusement, la même résonance, mais elles correspondent assez souvent au besoin des médias, pour qui une actualité chasse l'autre. " Conséquence : l'agenda planétaire risque le trop-plein. Les grandes causes le disputent aux manifestations plus exotiques. Les Journées nationales - du " fromage ", des " gauchers " - alternent avec d'autres, estampillées " internationales " et glorifiant les fans du tricot ou les adeptes du chant choral. Pour que chacun s'y retrouve, certains futés y vont de leur site Internet. Celui de Vincent Tondeux, Journee-mondiale.com, en recense plus de 140. " Bien moins que le nombre de jours dans l'année ", se dit-on, rassuré. Oui, sauf qu'il en manque si l'on tient compte de tous les rendez-vous nationaux. Où est donc passée la journée belge de l'" allergie " ou sa cousine décrétée " sans viande " ? Et puis, comme au Scrabble, certains jours comptent double, voire triple. A l'image de ce 20 mars, consacré à la fois à la " francophonie ", à la " courtoisie au volant " et au " conte ". A qui accorder la priorité ? L'" international " doit-il avoir préséance sur le " mondial " ou l'inverse ? On pourrait certes philosopher sur le sujet (18 novembre, Journée de la philo à l'Unesco), mais l'ONU, souvent sollicitée pour accorder son patronage, a sa réponse : botter en touche. Si l'organisation recommande que chacun fasse preuve de " discernement ", elle se refuse à toute directive quant à la dénomination d'une journée. Bref, il n'y a pas, dans ce domaine, d'appellation d'origine contrôlée ! Seule l'élaboration des " Années internationales " (2008, Année de la Terre, était aussi celle de la... pomme de terre !) est passée à la Moulinette onusienne. Leur proclamation doit avoir des " objectifs susceptibles d'engendrer des résultats identifiables et concrets " et n'être envisagée que " dans le seul cas où un événement de plus courte durée ne saurait être suffisant ". Autant dire que la formule tient du v£u pieux. Dernière illustration en date : la récente décision de l'Union européenne d'avoir " sa " Journée de la mer, le 20 mai. " Elle contribuera à une meilleure visibilité des secteurs maritimes ", fait valoir l'UE, en oubliant étrangement le 8 juin, " Journée mondiale des océans ", et le 30 septembre, " Journée mondiale de la mer ". Nombre d'opérations naissent quasi spontanément, s'autoproclament, quitte à bénéficier par la suite d'un parrainage officiel. Lorsque, au début des années 1970, Gaylord Nelson, obscur sénateur du Wisconsin, conseille à quelques étudiants de s'impliquer dans l'environnement, il ne se doute guère de l'ampleur que va prendre le " Earth Day ", la Journée de la Terre, un événement auquel participent aujourd'hui 500 millions d'individus dans 174 pays. Reste que la renommée s'entretient. Lancée il y a cinq ans par une coalition internationale regroupant 70 associations, la Journée mondiale contre la peine de mort (10 octobre) fait l'objet d'un suivi pointilleux quant à ses retombées. Depuis 2003, les initiatives menées ce jour-là sont passées de 180 à plus de 300. Pour qu'une date prenne de l'envergure, l'orchestration est essentielle. Mais le savoir-faire des groupes de pression et des bénévoles n'y suffit pas toujours. Ainsi a-t-il fallu plus de vingt ans pour que les " JM " végétariennes franchissent l'Atlantique et débarquent chez nous. Plutôt discrètement, d'ailleurs... Il faut dire qu'elles ont lieu en octobre, le mois le plus chargé. A lui seul, le 1er octobre cumule quatre manifestations : deux temps forts " internationaux " consacrés respectivement aux " personnes âgées " et à la " musique ", et deux événements estampillés " mondiaux ", l'" allaitement maternel " et la " sensibilisation aux hépatites ". Les semaines suivantes sont à l'avenant : on se les arrache pour des rendez-vous santé, de l'ostéoporose à la ménopause, de l'épilepsie au psoriasis, sans oublier la vue ou l'hépatite C. Du coup, le diabète et l'herpès doivent attendre novembre. Conclusion de Catherine Gros, attachée de presse spécialisée dans le domaine médical : " Je ne conseille pas à nos clients de se raccrocher systématiquement à l'une de ces dates pour monter une opération média. Il m'arrive même d'en dissuader certains. Ces journées ont leur utilité, mais il faut raison garder. "Richard de Vendeuil