The world within

Hangar (textes en anglais), 312 p.
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Hangar (textes en anglais), 312 p. Mars 2020, Hangar, un lieu bruxellois dédié à la photographie, lance une initiative salutaire à l'attention des photographes sous la forme d'un concours européen. La mission? Rendre compte du "world within", ce "monde intérieur" qui risque de dépérir en pleine période de confinement. Le succès est immédiat. Aux quatre coins du continent, des photographes se proposent de créer des séries inédites d'images - drôles, poétiques, conceptuelles ou engagées - relatant leur quotidien verrouillé. 6 000 clichés plus loin, un jury a désigné 27 lauréats au regard inspiré. Un ouvrage vient aujourd'hui attester de cette odyssée visuelle. On y pointe le beau travail du Belge Simon Vansteenwinckel qui livre une série de vues de Wuhan, prises par écran interposé, dont le rendu texturé signe l'usage d'une pellicule utilisée pour détecter les maladies pulmonaires. Par Muriel Berthou Crestey, éd. Ides et Calendes, 204 p. A la fin des années 1960, de nombreux plasticiens se sont mis à explorer, de manière prémonitoire, le potentiel des éléments qui nous entourent: la terre, l'eau, le feu, le végétal, l'air... Il n'en fallait pas plus pour amorcer une réflexion sur l'écologie, discipline dont la nécessité n'a cessé de croître. Peut-être qu'en la matière, la démarche de Christo et Jeanne-Claude s'est imposée comme une référence absolue en raison de sa capacité à échapper au marché de l'art et à la tyrannie des lieux d'exposition. Docteure en esthétique, Muriel Berthou Crestey déroule les transformations du land art en soulignant l'apport des différentes signatures du mouvement, d'Andy Goldsworthy à Tania Mouraud. Le tout pour un ouvrage richement documenté - on découvre de nombreuses photos inédites - et enrichi de conversations exclusives avec ces créateurs naturophiles. Par Créons, CFC Editions, 224 p. Collectif anonyme intervenant depuis plus de dix ans aux quatre coins de l'espace urbain bruxellois, Créons a débuté comme une bonne blague. A savoir, des murs, des ponts et des portes faisant place à un emblématique personnage rouge en forme de... "crayon" - bravo pour le jeu de mots. Ce que l'on pensait n'avoir qu'un temps a duré. Mieux, le projet original n'a cessé de s'enrichir de variations aussi inattendues que jouissives - on pense en particulier à des expositions invasives et pluridisciplinaires imaginées dans des maisons abandonnées. Loin de s'arrêter en si bon chemin, Créons surprend à nouveau avec L'Autre part, un récit graphique muet qui emmène de l'autre côté du miroir ce petit bonhomme qui ne paie pas de mine. Destination? Une quête picturale haute en couleur et pleine de poésie. Par Raphaël Dallaporta, The Eyes Publishing, 376 p. Que science et art puissent cheminer côte à côte n'en finit pas de fasciner l'esprit en quête d'unité. Artiste français né en 1980, Raphaël Dallaporta apporte une nouvelle preuve de ce fécond compagnonnage à la faveur d'un ouvrage à la rigueur impressionnante mais à la forme ludique, celle d'un quasi-flipbook. Equation du temps repose sur un dispositif strict: pendant un an, l'intéressé a réalisé tous les jours, sur le coup de midi, une prise de vue de l'image du soleil entrant dans la salle Cassini de l'Observatoire de Paris. De cette collecte de clichés éclatants, Dallaporta a tiré un ouvrage permettant de visualiser les différences entre le temps solaire vrai, indiqué par les cadrans solaires, et le temps solaire moyen, matérialisé par les horloges. Alors que le méridien du temps solaire vrai est une ligne droite, le méridien du temps moyen a la forme d'un huit allongé. La lumineuse démonstration valait bien un ouvrage. Par Dotan Saguy, éd. Kehrer (textes en anglais), 68 p. Sur Instagram, le hashtag "vanlife" produit des likes à n'en plus finir. Le principe? Suivre la vie d'anticonformistes des temps modernes ayant décidé de larguer les amarres d'une vie métro-boulot-dodo. Si le pitch vous séduit mais que les mises en scène un peu trop "lifestyle" des différents comptes vous exaspèrent, on ne saurait trop vous conseiller le dernier opus de Dotan Saguy. Ce photographe israélien basé à Los Angeles s'est fait connaître pour ses images de grande spontanéité. Nowhere To Go But Everywhere suit les pérégrinations d'une famille de Brésiliens émigrés aux Etats-Unis. Cette attachante tribu - un couple et ses trois enfants - vit sur la route dans un bus aménagé. Une belle leçon de liberté doublée d'un voyage par procuration pour qui se sent à l'étroit entre les murs du confinement. Par An-My Lê, Aperture et Carnegie Museum of Art (textes en anglais), 204 p. Si la guerre est le sujet principal du travail de la photographe vietnamienne américaine An-My Lê (Saigon, 1960), celle-ci est toujours abordée de manière non frontale. Ce sont souvent des images de paysages qui exhibent en creux les stigmates de l'histoire, comme, par exemple, dans le cas de la guerre civile américaine dont les échos sur les contours du pays sont toujours palpables. On Contested Terrain, qui découle d'une rétrospective à Pittsburgh, se découvre comme une somme permettant d'embrasser du regard la cohérence esthétique à l'oeuvre, dimension que l'on n'avait pas forcément perçue au premier regard. A travers l'objectif de Lê, le regardeur est exposé à l'entraînement militaire, aux manoeuvres et aux reconstitutions. Autant d'événements complices qui l'invitent à s'interroger sur la nature de sa propre relation au conflit. Par Paolo Baldacci, coédition Hazan - Musée d'Orsay, 232 p. Inclassable, le coup de pinceau de Gorgio de Chirico a révolutionné la peinture. Le fondateur de la peinture métaphysique n'a jamais coïncidé avec son temps. Quand il expose à Paris pour la première fois, au Salon d'automne de 1912 et 1913, c'est l'incompréhension. Médusé, le grand public lui reproche une pratique hermétique et décousue. Catalogue de l'exposition éponyme du musée de l'Orangerie, Giorgio de Chirico et la peinture métaphysique retrace le parcours et les influences artistiques et philosophiques qui ont nourri cet artiste hors du commun dont les vastes places italiennes n'ont pas fini de hanter notre imaginaire. Par Jean Loup Pivin, Simon Njami, Pascal Martin Saint Leon et Bruno Tilliette, 400 p. Trimestriel culte imaginé en 1991 (et arrêté en 1999), Revue Noire a adhéré à un manifeste aussi éloquent qu'enthousiasmant en se rêvant tel "une vague d'émotions qui ramène des rivages de l'Afrique mais aussi des terres noires de New York, de Londres, de Kingston ou de Paris, des traces, des formes et des mouvements à la puissance évidente". Cet ouvrage richement illustré permet de revivre - ou de découvrir - cette géniale odyssée éditoriale qui a fait ouvrir les yeux sur un nombre inouï de créateurs africains qui se sont distingués à travers des champs d'expression variés, allant du cinéma aux arts plastiques, en passant par la danse.