Le populisme, c'est prendre des engagements que l'on sait impossibles à appliquer, afin d'en tirer un bénéfice politique immédiat. Un exemple : faire croire au contribuable que l'on pourrait diminuer fortement les impôts, alors que les caisses de l'Etat crient famine. Le populisme, c'est aussi désigner des " coupables ", en appeler au " bon sens populaire ". Le populiste, lui, se présente en redresseur de torts, se montre partout, attire les caméras sur sa seule personne. Jean-Marie Dedecker, le président-fondateur de la Lijst Dedecker (LDD) en est le prototype. L'émission que lui consacrera Questions à la Une (RTBF), le mercredi 12 novembre, le prouvera aux distraits à qui cette réalité aurait échappé jusqu'ici (1).
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Le populisme, c'est prendre des engagements que l'on sait impossibles à appliquer, afin d'en tirer un bénéfice politique immédiat. Un exemple : faire croire au contribuable que l'on pourrait diminuer fortement les impôts, alors que les caisses de l'Etat crient famine. Le populisme, c'est aussi désigner des " coupables ", en appeler au " bon sens populaire ". Le populiste, lui, se présente en redresseur de torts, se montre partout, attire les caméras sur sa seule personne. Jean-Marie Dedecker, le président-fondateur de la Lijst Dedecker (LDD) en est le prototype. L'émission que lui consacrera Questions à la Une (RTBF), le mercredi 12 novembre, le prouvera aux distraits à qui cette réalité aurait échappé jusqu'ici (1). Morceaux choisis, recueillis par l'équipe de la RTBF durant trois semaines de tournage : " La Wallonie est un cimetière économique " ; " On a envie de pleurer quand on traverse cette Région : toutes ces maisonnettes, dans lesquelles ça ne vit plus ! "; " Le plaisir, c'est dans la réussite "; " Berlusconi, au moins, il prend des décisions "; " A Huy, 70 % des emplois sont publics "; " Gouverner avec l'extrême droite ? Rien n'est exclu en politique "; " On interdit de fumer aux gens. Bientôt, on leur dira qu'ils ne peuvent plus manger de frites ! "; " Je passe en moyenne trois mois par an dans ma voiture : faut bien que j'avance, non ? Il faut porter à 160 km/h la vitesse autorisée sur autoroute ", et on en passe. Venons-en à la question essentielle : Dedecker menace-t-il la Wallonie ? Le président de la LDD recevrait chaque semaine des dizaines d'e-mails d'encouragements en provenance du sud du pays : " Il y a des tas de gens, chez vous, qui veulent prendre leur sort en main ! " Dans les rangs politiques sudistes, évidemment, il ne compte pas beaucoup d'amis. Frédéric Deborsu, journaliste à la RTBF, s'est rendu avec lui au parlement wallon, début octobre, le jour de la rentrée politique (l'événement, créé pour les besoins de l'émission, a été critiqué au parlement de la Communauté française). Jean-Claude Van Cauwenberghe se précipite pour saluer le populiste. Il se fait vertement remettre à sa place : " Vous incarnez l'ancien régime socialiste. Le séparatisme qui monte en Flandre, c'est aussi à cause de vous ! " Et vlan : quand on vous disait que Dedecker sait parler " vrai " ! L'homme, élu en Flandre, ne peut se présenter aux élections en Wallonie, certes. Mais Rudy Aernoudt, ex-patron de l'administration flamande et ami de longue date du trublion, va s'en faire le porte-étendard. Flamand lui aussi, il possède une résidence secondaire à Lustin, dans la périphérie chic de Namur. Il vient d'annoncer la création d'un nouveau parti francophone, baptisé LiDé, pour " Libéral et Démocrate ". Toute consonance ressemblante avec la LDD n'est, évidemment, pas due au hasard. Cela dit, il y a un hic : Dedecker n'a pas peur de la scission du pays, tandis qu'Aernoudt est " belgiciste ". Nul doute que les deux compères se partageront efficacement les rôles : le propre du populisme, c'est aussi d'adapter son discours en fonction de sa cible. Alain Destexhe, sénateur MR, rejoindra-t-il cette nouvelle formation politique ? Il jure que non. La caméra de la RTBF nous offre un petit moment savoureux, dans la salle M du Sénat, où Destexhe et Aernoudt présentaient, tout récemment, un ouvrage sur l'Etat dispendieux, écrit à quatre mains. Dedecker entre dans la salle, parmi le public de journalistes. Destexhe devient gris. Aernoudt jubile : c'est lui, de toute évidence, qui a lancé l'invitation, et ce à l'insu de son camarade libéral. Inélégant, on en conviendra... (1) A 20 h 15, sur La Une. Le reportage sur " Jean-Marie Dedecker menace-t-il la Wallonie ? " sera suivi d'une incursion en périphérie bruxelloise, où les francophones sont parfois en butte à des autorités flamandes " tatillonnes ". Isabelle Philippon