La victoire ou la mort ", a-t-il clamé avant le scrutin, persuadé en son for intérieur que la victoire ne pouvait lui échapper. Bart De Wever a encore eu raison.
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La victoire ou la mort ", a-t-il clamé avant le scrutin, persuadé en son for intérieur que la victoire ne pouvait lui échapper. Bart De Wever a encore eu raison. Anvers s'est massivement donnée à l'homme fort de la N-VA qui en deviendra le bourgmestre pour six ans. Triomphe personnel, gros succès de ses troupes : la Flandre, dimanche, a cédé au chant des sirènes nationalistes. La victoire, pas la mort. Pas même le début d'un déclin politique. De Wever forever ? La Belgique se remet à trembler devant l'homme qui lui veut tant de mal. A qui tout sourit. Rien ne lui aura manqué pour triompher : pas même cette récente charge patronale flamande sur la politique " marxiste " de Di Rupo Ier, qui a dû fouetter bien des consciences flamandes. De Wever n'a pas encore trouvé son maître. Le temps presse. Bourgmestre de la plus grande ville de Flandre, en principe pour six ans : sacré boulot et défi de taille. Surtout quand on a tant promis. " La force du changement ", n'a cessé de marteler la machine de guerre électorale de la N-VA. Slogan vague, discours facile, qui va se mettre à l'épreuve de la dure réalité anversoise. De Wever a promis une lutte à outrance contre les dealers de drogue : on en reparlera. Ne pas faire de déçus sera mission impossible. " De Wever a-t-il vraiment intérêt à gagner et à devenir maïeur ? " s'interrogeait même Vincent de Coorebyter, directeur général du Crisp, à l'entame de la soirée électorale.. L'homme sera suffisamment malin pour mouiller ses futurs partenaires de la coalition anversoise. Mais être maïeur, c'est décrocher la visibilité maximale. La stratégie du " c'est la faute aux autres " devrait atteindre ses limites. " Bart De Wever pourrait être interpellé sur son bilan personnel ", relevait encore Vincent de Coorebyter. D'autres N-VA vont quitter le balcon pour montrer ce dont ils sont capables à la tête de plusieurs communes de Flandre. Des novices parfois, peu au fait de la gestion publique. La N-VA n'évitera pas un premier bilan de son action locale, d'ici au prochain scrutin fédéral et régional de 2014. Cette victoire-ci pourrait donc être la plus délicate à gérer. De Wever lui-même pourrait en sortir épuisé : cumuler un maïorat d'Anvers et la présidence du premier parti de Flandre a quelque chose d'inhumain. Est-ce pour cela que le héraut du nationaliste flamand a surtout envie de parler d'autre chose ? Le vainqueur du scrutin n'a pas réservé ses premières pensées aux seuls Anversois qui l'ont plébiscité. De Wever a eu aussi une grosse marque d'attention pour les francophones : c'est avec eux qu'il veut négocier sans tarder ce confédéralisme qui le démange. Propos déplacés, pour un scrutin local. Mais volonté de battre le fer nationaliste tant qu'il est encore chaud. L'état de grâce n'a qu'un temps. De Wever le sait. De Wever a convoité l'hôtel de ville d'Anvers, le regard déjà ailleurs : " Le Flamand peut envoyer un signal clair à la Rue de la Loi ", lançait-il en guise d'ultime consigne à l'électeur. Elections locales, enjeu national. Confusion des genres. C'est le jeu favori de De Wever. Les francophones font mine de ne pas tomber dans le panneau. " Il faut cesser de tourner autour de Bart De Wever ", suggère le ministre wallon Jean-Marc Nollet (Ecolo). Arrêter d'en faire le nombril de la Belgique et la priorité de tous les jours. " Nollet a raison. Les politiques auraient intérêt à parler d'eux-mêmes plutôt que de De Wever. Mais c'est plus vite dit que fait, quand la dynamique médiatique ramène tout à lui ", explique Dave Sinardet, politologue à la VUB et à l'université d'Anvers. Sortir De Wever des têtes, et pour y mettre quoi à la place ? " Soit on laisse tomber les bras et on se replie. Soit on résiste, on travaille un an et demi pour faire mentir et faire refluer cette lame de fond nationaliste ", avance la vice-Première fédérale Laurette Onkelinx (PS). Travailler à donner tort à De Wever : bonne idée. Mais les partis francophones au sein de Di Rupo Ier s'y prendraient mal : " La réforme de l'Etat en cours n'a aucun sens pour arrêter la N-VA ni répondre aux frustrations des partis flamands. Les francophones devraient mieux écouter le discours N-VA : il faut aller plus loin dans la réforme des pensions, de la justice, du marché de l'emploi ", poursuit Sinardet. En attendant, les francophones seraient bien inspirés de ne plus donner à De Wever ce plaisir de le diaboliser. Comme cette manie de ressortir avec force effets de manches ce plan B, surtout quand il est aussi introuvable qu'inexistant. Même pas peur, dit De Wever. Il s'en délecte, peut alors prendre la Flandre à témoin : " Voyez, ce sont les francophones qui commencent, ce sont eux qui veulent se barrer... "Rejeter la faute sur les autres : il est imbattable sur ce point. Que lui trouvent-ils de si extraordinaire ? Les Flamands craquent pour Bart De Wever et la N-VA. Ils s'entichent pour un programme finalement plutôt banal, largement disponible ailleurs. Recettes socio-économiques ? L'Open VLD ne prône pas vraiment autre chose. Vision confédéraliste ? Le CD&V a aussi intégré le modèle. La N-VA n'a pas de contenu vraiment révolutionnaire à offrir. Son talent, celui de son chef surtout, c'est d'en donner l'impression. Et de faire de la Flandre une fixation. Comme le rappelait Nicolas Bouteca, politologue à l'université de Gand : " La plus grande force de la N-VA réside dans la communication. La clarté, c'est l'atout de la N-VA. Dans un paysage électoral moderne et extrêmement volatil, articuler clairement son opinion est indispensable. "Là, De Wever est champion. Seul contre tous. Face à lui, c'est la panne sèche. " Le CD&V Wouter Beke ou l'Open VLD Alexander De Croo ne sont pas assez à la hauteur sur le plan de la rhétorique ", constate Sinardet. " Leur problème, c'est leur défaitisme. Ils se laissent dominer par leur challenger : ils sont là et se laissent battre ", a pu observer Carl Devos, politologue influent à l'université de Gand. Ils en oublient l'élémentaire : la meilleure défense, c'est l'attaque. Ils en oublient même de faire rêver la Flandre, ce que De Wever sait si bien faire. L'homme taillé en bête de scène qui sera capable d'envoyer le leader de la N-VA dans les cordes ne s'est pas encore manifesté. Il n'est peut-être pas encore né. De Wever se permet beaucoup avec les journalistes quand ils ont le malheur de lui déplaire. L'intimidation vire au conditionnement. " La force rhétorique de De Wever le met aussi en position de force face aux journalistes. La plupart ne se montrent pas assez critiques à son égard ", avance Sinardet. Au Standaard, le politologue précisait : " Il y a un monde de différences dans la manière dont l'Open VLD et la N-VA sont traités par la presse. On sent parfois presque du mépris à l'égard d'Alexander De Croo, alors que De Wever est traité avec un total respect. " Par peur de se faire taxer par le maître du jeu de suppôt de l'establishment. De déplaire à la vague populaire. Remettre Bart De Wever à sa juste place, celle de leader d'un parti certes puissant mais qui n'a rien d'une fatalité en Flandre et ne détient pas le monopole de la vérité. Des amateurs ? Il reste moins de deux ans pour dénicher la perle rare qui relèvera le défi. PIERRE HAVAUX" La plupart des journalistes ne se montrent pas assez critiques envers Bart De Wever "