Parmi les mille formes de vandalisme qui touchent aujourd'hui la France, il en est une qui mérite qu'on s'y arrête particulièrement, parce qu'elle est toujours révélatrice de bien plus qu'elle-même : l'antisémitisme. Dans l'histoire, cette monstruosité a pris mille formes. Avant l'Empire romain, l'antisémitisme était fondé sur la méfiance à l'égard du seul peuple monothéiste, qui refusait d'intégrer les autres dieux dans son panthéon, et qui prétendait que son dieu était aussi le seul dieu de tous les autres peuples, sans pour autant vouloir le leur imposer par la force.
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Parmi les mille formes de vandalisme qui touchent aujourd'hui la France, il en est une qui mérite qu'on s'y arrête particulièrement, parce qu'elle est toujours révélatrice de bien plus qu'elle-même : l'antisémitisme. Dans l'histoire, cette monstruosité a pris mille formes. Avant l'Empire romain, l'antisémitisme était fondé sur la méfiance à l'égard du seul peuple monothéiste, qui refusait d'intégrer les autres dieux dans son panthéon, et qui prétendait que son dieu était aussi le seul dieu de tous les autres peuples, sans pour autant vouloir le leur imposer par la force.Avec l'Empire romain, les juifs ont été accusés de déicide et mis à l'écart de toute vie commune, à moins d'abjurer. Les accusations ont redoublé au Moyen-Orient, quand ils n'ont pas voulu rejoindre la nouvelle religion monothéiste, l'islam.Quand commença le 2e millénaire (et que l'économie, se réveillant, eut besoin de liquidités, en Islam d'abord, puis en Europe chrétienne), on leur a imposé la fonction de prêteur, puisque leur foi ne leur interdisait pas de faire crédit ; ils furent donc incités à venir s'installer chez les emprunteurs à condition d'être tous prêteurs, en plus de leur métier. Naturellement, on les a détestés de nouveau, cette fois-ci pour avoir un excellent prétexte pour ne pas les rembourser. Luther et Calvin sont venus ajouter leur fiel à ceux des prêcheurs antérieurs et des emprunteurs ingrats.Quand, au xixe siècle, enfin autorisés à entrer dans le monde laïque, et admis dans les universités, dans les écoles de musique et de peinture, dans les industries, les partis politiques, les laboratoires, les hôpitaux, ce sont leurs nouveaux talents dans ces domaines qu'on a commencé à jalouser et à détester. On y a ajouté alors la folle accusation de maîtriser en secret le monde, et de le manipuler dans leur seul intérêt.Toutes ces formes d'antisémitisme se sont alors mêlées, pour culminer dans l'affaire Dreyfus, grand moment de vérité, où la victoire du droit et de la justice fut à l'honneur de la France.On connaît la suite, et les horreurs du xxe siècle. Auxquelles se sont ajoutées ensuite, pour certains, la haine de l'Etat d'Israël, et pour d'autres, une hostilité à la politique de tel ou tel de ses gouvernements.Aujourd'hui, toutes ces perversions existent encore. Plus ou moins cachées, plus ou moins latentes. Plus ou moins mêlées. Et l'anonymat permet à des vandalismes physiques ou virtuels de les exprimer autrement qu'auparavant ; tout aussi violemment.L'histoire nous apprend que l'antisémitisme fleurit dans une société qui n'est pas à l'aise avec elle-même, où la réussite est ressentie comme illégitime, et où bien des gens ont intérêt à inventer des boucs émissaires pour faire oublier leur responsabilité dans leur propre échec, ou dans celui de leur collectivité. Tel est, à mon avis, le vrai sens de l'antisémitisme d'aujourd'hui : dans une démocratie de marché pervertie, où il n'y a plus, à l'échelle mondiale, ni vraie démocratie ni vrai marché, mais quelque chose comme une ploutocratie soumise à quelques firmes géantes et à des technologies aliénantes, la tentation est grande, pour des citoyens conscients de ne plus être maîtres de leur destin, de chercher des coupables là où on peut les désigner ; et pas là où ils sont ; et ils sont dans des mécanismes, pas dans des personnes.L'antisémitisme est plus que jamais le signe barbare d'une société à la dérive, qui doit refonder ses procédures, recréer sa légitimité, faire en sorte que les fortunes soient justifiées, que les positions publiques soient méritées, que les plafonds de verre soient détruits. Ce qui n'a aucun rapport avec le statut d'une communauté particulière, dont les membres ont des opinions et des statuts très divers.Combattre cette lèpre n'est donc pas seulement de l'intérêt des juifs, victimes collatérales d'une société malade, mais de l'intérêt de tous les autres citoyens ; pour que, en défendant les libertés et les droits de chacun, en se focalisant sur les vrais enjeux, chacun s'efforce de réussir sa vie, de devenir lui-même et fasse surgir une société démocratique, honnête et équitable, pour les vivants d'hier, d'aujourd'hui et de demain.