Avec près d'un an de retard sur son programme initial, la Coopération belge a entamé la distribution de plus de 7 millions de livres de classe dans 30 000 écoles du Congo. Un gros marché de 12,5 millions d'euros, assorti d'un défi logistique dans ce pays immense, aux routes en piteux état. D'autant que le temps presse : tout doit être livré pour la rentrée des classes de septembre. En 2006, lors d'une opération similaire lancée par le ministre de la Coopération de l'époque, Armand De Decker (MR), des manuels de français et de mathématiques, accompagnés de guides pédagogiques, avaient été remis aux classes de 5e et 6e primaire. Cette fois, les livres sont destinés aux classes de 3e et 4e année. Charles Michel (MR), successeur de De Decker, ...

Avec près d'un an de retard sur son programme initial, la Coopération belge a entamé la distribution de plus de 7 millions de livres de classe dans 30 000 écoles du Congo. Un gros marché de 12,5 millions d'euros, assorti d'un défi logistique dans ce pays immense, aux routes en piteux état. D'autant que le temps presse : tout doit être livré pour la rentrée des classes de septembre. En 2006, lors d'une opération similaire lancée par le ministre de la Coopération de l'époque, Armand De Decker (MR), des manuels de français et de mathématiques, accompagnés de guides pédagogiques, avaient été remis aux classes de 5e et 6e primaire. Cette fois, les livres sont destinés aux classes de 3e et 4e année. Charles Michel (MR), successeur de De Decker, a donné le coup d'envoi du " parachutage " fin avril dernier dans une école de Kinshasa. Le cadeau de la Belgique, produit par les éditeurs Hachette (France) et Beauchemin (Canada), ne fait toutefois pas l'unanimité. Des enseignants congolais y relèvent des erreurs de fond, des mots inconnus ou peu utilisés en RDC et des situations inadaptées au contexte local. " La philosophie générale de ces manuels nous inquiète, confie l'abbé Georges Mutshipayi, coordinateur national des écoles conventionnées catholiques. Ce sont des adaptations de manuels français destinés à l'Afrique de l'Ouest, où le football est roi. Leur titre est évocateur : Champions ! Ils valorisent la compétition et le mode de vie occidental. L'idéal proposé aux enfants est d'aller en ville, de devenir une star du foot et d'acheter de la sauce en boîte ! " L'abbé prédit déjà que les manuels financés par le contribuable belge dormiront dans les armoires, car " ils seront rejetés par une grande partie du corps enseignant. Aucun instituteur éveillé et formé n'en voudra, estime-t-il, et nous ne les utiliserons pas dans le réseau des écoles conventionnées catholiques. Comment les filles peuvent-elles s'y retrouver si tout est centré sur le ballon ? De plus, un texte encourage l'usage du préservatif. Cela va à l'encontre de la morale et des traditions locales. C'est aussi un sujet tabou et déplacé chez les 8-9 ans, cible des manuels. "A l'ambassade de Belgique à Kinshasa, on rappelle que les livres ont obtenu l'aval du ministère congolais de l'Education. Nos interlocuteurs congolais constatent néanmoins que les ouvrages, imprimés en Chine, ne mentionnent ni noms d'auteur, ni arrêté d'agrément. Ils déplorent aussi la mise à l'écart des éditeurs et imprimeurs congolais lors de l'appel d'offres international lancé par la Belgique. " On a laissé une quinzaine de jours seulement aux candidats pour réagir, remarque Baudouin Ngombe, directeur des éditions Scolot. Il fallait, en outre, avoir un compte en Belgique. Hachette, groupe commercial déjà très présent dans les anciennes colonies françaises, s'implante en RDC grâce à la Belgique, qui empêche ainsi le développement d'une production locale. "En mai dernier, au Parlement belge, le député fédéral SP.A Dirk Van der Maelen avait interpellé le ministre Charles Michel, regrettant que " les livres ne soient pas imprimés au Congo. On aurait eu alors une garantie que le contenu corresponde au mode de vie de la jeunesse locale et que l'économie congolaise soit soutenue ". Le ministre de la Coopération n'a pas voulu commenter ces propos. " Aucune imprimerie locale n'aurait été capable de réaliser, en temps voulu, un tirage de 7 millions d'exemplaires ", assure un diplomate belge. Réplique de Pierre Lecuit, coordinateur des écoles jésuites au Congo : " Trois maisons d'édition congolaises associées, qui ont imprimé autrefois des manuels pour les six années de primaire, auraient sans doute pu accomplir ce travail. "De notre envoyé spécial OLIVIER ROGEAU