Plutôt que " photographe de guerre ", Cédric Gerbehaye préfère le titre de " photographe engagé ". Ses photos sont des histoires vécues dont il veut témoigner. Comme celle de Ngarambe, un réfugié congolais portant dans ses bras son petit enfant blessé devant l'hôpital de Masisi, au Kivu. La mère est morte sous les balles, alors qu'elle portait le bébé sur son dos. Ou encore celle de ce vieillard, prostré, le regard livide. Le photographe s'agenouille. Les jeunes du camp ricanent. Un Congolais explique :...

Plutôt que " photographe de guerre ", Cédric Gerbehaye préfère le titre de " photographe engagé ". Ses photos sont des histoires vécues dont il veut témoigner. Comme celle de Ngarambe, un réfugié congolais portant dans ses bras son petit enfant blessé devant l'hôpital de Masisi, au Kivu. La mère est morte sous les balles, alors qu'elle portait le bébé sur son dos. Ou encore celle de ce vieillard, prostré, le regard livide. Le photographe s'agenouille. Les jeunes du camp ricanent. Un Congolais explique : " Ici, on a plus l'habitude de voir un homme mourir que de voir un Blanc qui s'abaisse devant lui. " Femmes violées, enfants soldats, victimes civiles du conflit en République démocratique du Congo, l'objectif de ce jeune Belge de 32 ans construit avant tout de la proximité avec son sujet. Ses reportages, il les conçoit dans des régions troublées : au Kurdistan turc et en Irak avec la guérilla du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), dans les territoires palestiniens occupés et plus récemment dans l'est de la RDC. Après avoir été montré à l'Iselp de Bruxelles, son dernier travail, Congo dans les limbes, est exposé jusqu'au 8 novembre à la galerie new-yorkaise Anastasia photo. Cette enquête de fond, fruit de voyages répétés et de plusieurs semaines passées en Ituri et au Kivu, en 2007 et 2008, vaut à Cédric Gerbehaye une belle reconnaissance en dehors de nos frontières. Le musée des Beaux-Arts de Houston, au Texas, a acquis son portrait du chef rebelle Laurent Nkunda entouré de deux gardes lourdement armés, pour une exposition sur la photographie et la guerre. L'année dernière, ce diplômé en journalisme de l'Ihecs (Institut des hautes études en communications sociales, Bruxelles) se voyait décerner en grande pompe, à New York, le prix Olivier Rebbot de l'Overseas Press Club of America. Il partageait ce soir-là le podium avec James Natchwey, un des plus grands photographes de guerre de notre époque. Au final, pas moins de sept récompenses ont été attribuées à Cédric Gerbehaye en 2008, dont le World Press Photo et le Picture of the Year International, faisant de lui un des photojournalistes les plus primés de l'année. Pour la petite histoire, quand les organisateurs du prestigieux prix Olivier Rebbot l'ont contacté, le Bruxellois avait cru à une blague. " Eux aussi, sourit-il, d'abord à cause de mon âge, et ensuite parce que je suis belge... "L'exposition Le Congo dans les limbes sera en France, au Prix Bayeux des correspondants de guerre, du 5 octobre au 1er novembre 2009. De notre correspondante ÉLODIE PERRODIL