C'est l'un de nos rendez-vous prisés de l'été. Chaque année, le Middelheim organise une expo-événement, totalement ou partiellement en plein air, qui illumine les beaux jours. Mention pour l'édition 2021 particulièrement significative. Pour cette occasion, il a été fait appel à la curatrice Sandrine Colard, professeure-assistante d'histoire de l'art africain à la Rutgers University à Newark dans le New Jersey. Autant dire...

C'est l'un de nos rendez-vous prisés de l'été. Chaque année, le Middelheim organise une expo-événement, totalement ou partiellement en plein air, qui illumine les beaux jours. Mention pour l'édition 2021 particulièrement significative. Pour cette occasion, il a été fait appel à la curatrice Sandrine Colard, professeure-assistante d'histoire de l'art africain à la Rutgers University à Newark dans le New Jersey. Autant dire une pointure au regard acéré. Celui-ci tombe à pic au moment où les questions de décolonisation de l'espace public secouent la société et la déchirent. Partant du fait que le musée anversois se trouve sur le site d'une école qui formait autrefois les hauts fonctionnaires de l'administration coloniale, l'experte signe Congoville, une proposition dont l'ambition est de montrer ce à quoi pourrait ressembler un espace public décolonisé, où le regard de "l'autre" aurait droit de cité. L'initiative est bienvenue car, on le sait, on l'ignore ou parfois on feint de l'ignorer, l'impérialisme sur lequel s'est construit une partie de notre pays n'infuse pas que les mentalités et les structures sociales, il irrigue également l'architecture et notre environnement le plus immédiat. En guise de contre-récit, Sandrine Colard a invité quinze artistes d'origine africaine proposant des perspectives différentes. Le générique en impose. On y retrouve une artiste passionnante dont le travail a déjà été commenté en ces colonnes: la Béninoise Pélagie Gbaguidi qui s'attache à travailler sur des documents historiques, à l'exemple du tristement célèbre Code noir de Louis XIV, qui nous mettent face à l'horreur de la domination. Il est aussi question de Sammy Baloji, plasticien particulièrement pertinent pour soulever ces questions. Il reste que le temps le plus fort, le plus interpellant, naît d'un rapprochement entre Princesse Mathilde la Kinoise (2018) et Mademoiselle amputée (2019), deux oeuvres de Maurice Mbikayi. Soit une juxtaposition qui rappelle l'éléphant dans la pièce: une partie de la richesse du pays nous arrive en droite ligne du Congo.