"C'est une phase où nous avons l'obligation de produire un comportement collectif. " On dirait l'épigraphe d'une dystopie. Mais c'est la réalité d'aujourd'hui, résumée dans notre dossier par Cynthia Fleury, philosophe et psychanalyste française. Parce que la propagation du coronavirus a bel et bien fait entrer la planète entière dans une nouvelle phase, à durée indéterminable, où les contraintes l'emportent sur les libertés pour raisons évidentes d'intérêt général. Réuni le mardi 17 mars, le Conseil national de sécurité a ordonné, jusqu'au 5 avril, un confinement presque complet de la population. Consciente du caractère historique du moment, la Première ministre Sophie Wilmès, dotée de pouvoirs spéciaux par le Parlement, a évoqué d...

"C'est une phase où nous avons l'obligation de produire un comportement collectif. " On dirait l'épigraphe d'une dystopie. Mais c'est la réalité d'aujourd'hui, résumée dans notre dossier par Cynthia Fleury, philosophe et psychanalyste française. Parce que la propagation du coronavirus a bel et bien fait entrer la planète entière dans une nouvelle phase, à durée indéterminable, où les contraintes l'emportent sur les libertés pour raisons évidentes d'intérêt général. Réuni le mardi 17 mars, le Conseil national de sécurité a ordonné, jusqu'au 5 avril, un confinement presque complet de la population. Consciente du caractère historique du moment, la Première ministre Sophie Wilmès, dotée de pouvoirs spéciaux par le Parlement, a évoqué des " mesures sévères " et des " décisions très difficiles " justifiées par l'impératif de solidarité. Quelques situations seulement autorisent de déroger au confinement : se rendre sur son lieu de travail si le télétravail n'est pas possible (les entreprises sont tenues de le mettre en oeuvre, ou, à défaut, de respecter les règles de distanciation sociale, sous peine d'amende ou de fermeture), faire ses courses dans les magasins d'alimentation (selon des modalités strictes dans les supermarchés), à la poste, à la banque, à la station-service, à la librairie, se rendre chez son médecin ou son pharmacien, venir en aide à des personnes dans le besoin ; exercer une activité sportive avec un membre de la famille ou ami(e). Cette activité est même recommandée... Après la crise financière de 2008, après les crises migratoires des années 2010, après la crise sécuritaire de 2015, 2016 et 2017, le xxie siècle dégaine une autre crise mondiale, sanitaire cette fois. Et, au vu de son ampleur, c'est celle-ci qui révolutionne le plus profondément et brutalement notre mode de vie. Par le cortège d'interrogations qu'elle crée, d'autant plus légitimes que la situation est totalement inédite, la dernière épidémie plus ou moins comparable - celle de la grippe espagnole, 40 millions de morts - remontant à quelque cent ans. Interrogations donc, parmi d'autres : - notre système hospitalier, en Wallonie, à Bruxelles et en Flandre, est-il capable de faire front ? Peut-il accueillir et traiter sur un laps de temps de long à très long un afflux massif de malades contaminés ? - où en sont précisément les recherches scientifiques, en matière de médicaments et de vaccin anti Covid-19, tant en Belgique qu'ailleurs ? - la démocratie, l'Etat de droit, sont-ils plus forts ou plus faibles qu'un régime autoritaire, une dictature, face à un tel fléau et aux décisions contraignantes qu'il exige ? - la solidarité et le civisme vont-ils l'emporter sur l'égoïsme et l'individualisme ? - est-il raisonnablement possible d'éviter une catastrophe économique, nationale comme planétaire ? Et si oui quelles sont les parades concrètes ? - après la pandémie, quel que soit le moment où elle sera vaincue, reviendrons-nous au " monde d'avant ", voué corps et âme à la technologie et au consumérisme, tel que nous le cultivons depuis des décennies ? - parmi les effectifs politiques, qui s'est montré à la hauteur des enjeux ? Et qui en sort déjà discrédité ? Et qui décide quoi ? A ces questionnements, et bien d'autres, Le Vif/L'Express apporte les réponses. Avec leur part inévitable d'incertitudes, d'apaisement et d'inquiétudes (chaque fois à intensité variable). En croisant les avis et les expertises de médecins, de philosophes et d'économistes. Sans louvoyer. Sans singer les Cavaliers de l'Apocalypse. Mais sans minimiser non plus cette nouvelle réalité qui est la nôtre. Et qui nous impose, donc, à nous tous, un seul et même comportement. Celui de la responsabilité.