Dans Le Capitalisme patriarcal (La Fabrique, 192 p.), la militante féministe américaine Silvia Federici revisite les liens entre capitalisme et féminisme par le biais de l'analyse critique des théories de Karl Marx, pour lequel " l'émancipation des femmes n'avait, dans son travail politique, qu'une importance ...

Dans Le Capitalisme patriarcal (La Fabrique, 192 p.), la militante féministe américaine Silvia Federici revisite les liens entre capitalisme et féminisme par le biais de l'analyse critique des théories de Karl Marx, pour lequel " l'émancipation des femmes n'avait, dans son travail politique, qu'une importance secondaire ". Dans la première phase de l'industrialisation, le capitalisme prône l'exploitation absolue des ouvriers, hommes, femmes et enfants, sur la base du modèle " travail maximum, salaire minimum ". A partir de la deuxième moitié du xixe siècle, le passage de l'industrie légère à l'industrie lourde fait craindre aux patrons la montée du mouvement ouvrier. Les femmes sont progressivement écartées du travail productif pour les forcer à se consacrer à un " travail reproductif ", le renouvellement par la procréation de la main-d'oeuvre utile à la croissance. Le capitalisme défend alors un modèle où le salaire, au premier chef des hommes, est revalorisé et le temps de travail réduit. Silvia Federici parle de " patriarcat du salaire " : " A travers le salaire se crée une nouvelle hiérarchie, une nouvelle organisation de l'inégalité : l'homme a le pouvoir du salaire et il devient le contremaître du travail non rémunéré de la femme. " Il faudra attendre les années 1950-1960 et les revendications féministes pour voir cette organisation remise en cause. Silvia Federici en tire comme enseignement que " le travail de reproduction de la femme est le pilier de toutes les formes d'organisation du travail dans la société capitaliste ".