Olivier Fabes
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Olivier FabesUne large enquête réalisée par l'Association royale des gaziers belges, en collaboration avec Le Vif/L'Express, s'est penchée sur les choix et les intentions énergétiques des consommateurs. Si les quelque 2 300 personnes sondées lors de cette enquête confirment leurs intentions par des actes, les énergies renouvelables devraient réaliser une percée remarquable pour combler les besoins des ménages en matière de chauffage et d'eau chaude. 21 % des sondés souhaitent en effet investir dans une énergie renouvelable complémentaire à leur énergie actuelle et 66,6 % des répondants affirment même qu'ils privilégieraient une source d'énergie renouvelable s'ils devaient aujourd'hui opter pour un nouveau chauffage. Avec pour motivation principale, l'écologie, mais aussi largement les économies, les primes et incitants favorisant indéniablement cet engouement. L'énergie solaire (un peu plus en Wallonie) et l'énergie éolienne (un peu plus en Flandre) sont citées de loin comme les principales énergies d'avenir. " Qu'une majorité de Belges se disent prêts à investir dans les énergies renouvelables est certainement une bonne chose pour la société. Il faut toutefois apporter un bémol en précisant qu'un citoyen sur deux est surtout intéressé par les primes et que 52 % évoquent toujours le coût d'installation comme principal frein à l'investissement ", fait remarquer An Debacker, porte-parole de l'Association royale des gaziers Belges (ARGB). L'énergie solaire (panneaux thermiques ou photovoltaïques) ne représente actuellement qu'à peine 2,7 % des systèmes de chauffage. " Ce pourcentage va sans doute augmenter rapidement, certainement pour les nouvelles constructions, mais ça ne veut pas dire que les énergies renouvelables vont prendre globalement du terrain au gaz naturel ", poursuit An Debacker. Actuellement, le gaz naturel est la source d'énergie la plus utilisée pour le chauffage des Belges (58,8 % des sondés) et pour l'alimentation en eau chaude (55,4 %). Il est davantage prisé encore par les néerlandophones (63 %) que par les francophones (50 %). De fait, le réseau est plus étendu dans le nord du pays (où 98 % des zones urbanisées devront être connectées au réseau gazier d'ici à 2020) qu'en Wallonie (autour de 60 % de couverture selon la fédération gazière), Bruxelles étant elle couverte à 100 %. Le gaz naturel creuse en fait l'écart avec le mazout qui, d'après le sondage, pèse à peine 30 %, dans les choix de consommation, contre encore 43 % il y a dix ans (source INS). Sur la base d'extrapolations, l'industrie du mazout, par la voix d'Informazout, affirme avoir maintenu sa part de marché à 39 % en 2009. Le mazout occupe ainsi la deuxième place à concurrence de 39 % pour les francophones et de 24 % pour les néerlandophones. L'électricité (15 %) et le bois suivent loin derrière (13,2 %). A en croire l'enquête, le gaz naturel devrait encore accroître sa prédominance dans le futur. 52,2 % des sondés envisagent d'y recourir après rénovation alors que 31,9 % opteraient pour l'énergie solaire. Sans parler des 10 % à peine de Belges insatisfaits de leur énergie actuelle et qui passeraient volontiers au gaz. Enfin, le gaz est l'énergie la plus souvent citée comme l'énergie complémentaire en cas d'investissements dans le renouvelable. Les Belges apprécient le gaz essentiellement pour des raisons de confort, pour son côté écologique et pour son coût. Le gaz naturel est d'ailleurs, juste derrière le bois, la source d'énergie traditionnelle considérée comme " verte " par le plus grand nombre de répondants (38 % d'entre eux). A titre de comparaison, le choix du mazout s'explique essentiellement par " le fait qu'il était déjà installé " et, dans une moindre mesure, par la sécurité, le mazout étant non explosif. " L'attention pour la sécurité, qui avait tendance à somnoler depuis des années, s'est brutalement réveillée ces derniers mois suite à une série d'accidents liés au gaz ", fait remarquer Ward Herteleer, directeur d'Informazout. Ward Herteleer se dit persuadé que le mazout a autant d'avenir que le gaz naturel, justement du fait de la montée en puissance des énergies renouvelables et de l'efficacité énergétique grandissante : " Plus la consommation baissera, pensez aux maisons passives, plus les gens assureront eux-mêmes une partie de leurs besoins en énergie par du renouvelable. Il sera plus efficace d'avoir un petit réservoir de mazout, qui garantit une sécurité d'approvisionnement en toute autonomie, que de payer un accès à un réseau, qui implique une gestion des compteurs, etc. Mais je suis bien conscient qu'il s'agit d'une vision à moyen terme qui n'est pas encore celle des consommateurs. "Le profil de consommation dressé par l'étude nous apprend encore que 42 % des habitations en Belgique sont équipées de chaudières à gaz pour 17 % de chaudières à mazout à haut rendement. La marge de progression en termes de rendement des équipements de chauffage est donc substantielle. Mais pour les sondés, l'achat d'un système de chauffage plus efficace vient après une bonne isolation du toit (93 %) et l'isolation des vitres et des murs. " Il y a certainement un effort de sensibilisation à faire sur ce point. Beaucoup de gens nous disent encore souvent : " Vous savez, ma chaudière a 50 ans et fonctionne encore très bien. " Ils ne se rendent pas compte des économies d'énergie à coté desquelles ils passent ", souligne An Debacker. Nos concitoyens ne sont visiblement pas trop frileux : 88 % reconnaissent que diminuer le thermostat de 1 degré sert à quelque chose. Et à un niveau plus politique, 35 % ne s'opposeraient pas à l'introduction d'une taxe CO2. Enfin, 72 % pensent que le secteur public doit montrer l'exemple en passant à une énergie 100 % verte. Or pas moins de 31 % souhaitent une hausse des primes et avantages fiscaux. OLIVIER FABESIL Y A ENCORE DES SOUBRESAUTS DANS LA BATAILLE GAZ-MAZOUT BEAUCOUP IGNORENT ENCORE LES ÉCONOMIES POSSIBLES LES BELGES NE SONT SÛREMENT PAS TROP FRILEUX