Cela aurait pu être un dossier de viols comme beaucoup d'autres: deux paroles qui s'affrontent. Celle de Tatiana E., 26 ans ce 7 novembre 2016, contre celle de Mohammed S., gynécologue à l'UZ Brussels. Ce jour-là, lors d'une consultation, le médecin aurait caressé son clitoris, ôté son gant lors du toucher vaginal et léché ses seins (Le Vif du 27 août 2020). Durant l'audience qui s'est d...

Cela aurait pu être un dossier de viols comme beaucoup d'autres: deux paroles qui s'affrontent. Celle de Tatiana E., 26 ans ce 7 novembre 2016, contre celle de Mohammed S., gynécologue à l'UZ Brussels. Ce jour-là, lors d'une consultation, le médecin aurait caressé son clitoris, ôté son gant lors du toucher vaginal et léché ses seins (Le Vif du 27 août 2020). Durant l'audience qui s'est déroulée le 26 janvier devant le tribunal correctionnel de Bruxelles, l'intéressé a nié les faits, via ses avocats Romain Delcoigne et Nathalie Gallant. "Il conteste s'être jeté sur ses seins et les avoir léchés comme un pervers dégueulasse", a lancé cette dernière. Mais en plus des paroles, il y a un enregistrement, réalisé à l'insu de l'intéressé lors d'une rencontre avec la famille deux semaines plus tard. "Commençons par le plus gros et le plus simple", avait entamé la jeune fille, évoquant le léchage de sa poitrine. Mohammed S. s'était alors longuement excusé, avait confié ne plus en dormir et avoir commis une énorme erreur. Selon Me Delcoigne, ces aveux auraient été obtenus parce qu'il était intimidé face aux six personnes présentes dans son bureau. Il a appelé à ne pas sacraliser la parole de la victime. Me Gallant a, quant à elle, évoqué des problèmes d'écoulement mammaires. "Il n'allait pas s'approcher de ses seins." L'avocat de Tatiana E., Marc Uyttendaele, a regretté que la ligne de défense du médecin soit l'humiliation de sa cliente. Le procureur a considéré pour sa part que les faits étaient établis et a souligné la position d'autorité du gynécologue. "C'est le viol le plus lâche qui soit." Il a requis quatre ans d'emprisonnement et la transmission du jugement à l'Ordre des médecins, suggérant une interdiction d'exercer (le médecin pratique toujours, l'Ordre ayant refusé jusqu'à présent de statuer). La défense, elle, a plaidé l'acquittement, ne fût-ce qu'au bénéfice du doute. Le jugement sera rendu le 23 février prochain.