A quarante jours des élections, la saga de la " vraie-fausse note " du CDH, relative à la liberté du port du voile à l'école et dans les administrations, ne pouvait pas tomber plus mal ! Vite éteint - un non-événement pour la présidente Joëlle Milquet -, l'incendie a jeté néanmoins un éclairage cru sur l'informulé du parti centriste dans la Région de Bruxelles-Capitale. A savoir, la poussée des communautarismes. Jusqu' à quel point faut-il accueillir des revendications particulières qui déplacent les balises d'un honnête " vivre ensemble ", au risque de sacrifier une valeur telle que la neutralité de l'Etat ? Le CDH bruxellois a appris à ses dépens que le bouchon avait été poussé un peu trop loin, sous la pression d'une partie de sa composante maghrébine. Après la révélatio...

A quarante jours des élections, la saga de la " vraie-fausse note " du CDH, relative à la liberté du port du voile à l'école et dans les administrations, ne pouvait pas tomber plus mal ! Vite éteint - un non-événement pour la présidente Joëlle Milquet -, l'incendie a jeté néanmoins un éclairage cru sur l'informulé du parti centriste dans la Région de Bruxelles-Capitale. A savoir, la poussée des communautarismes. Jusqu' à quel point faut-il accueillir des revendications particulières qui déplacent les balises d'un honnête " vivre ensemble ", au risque de sacrifier une valeur telle que la neutralité de l'Etat ? Le CDH bruxellois a appris à ses dépens que le bouchon avait été poussé un peu trop loin, sous la pression d'une partie de sa composante maghrébine. Après la révélation de la " vraie-fausse note " par La Dernière Heure, le 22 avril, et sa reprise par Le Vif/L'Express, c'était la panique à tous les étages : " L'important, n'est-ce pas, c'est qu'elle a été rejetée ? " La charité chrétienne reprenait le dessus. Or ce texte-martyr venait de loin. Un conseiller communal de Schaerbeek, Abdelghani Ben Moussa, membre par ailleurs du think-tank Vigilance musulmane, avait été chargé de plancher sur la question, malgré les appréhensions de Benoît Cerexhe, ministre régional bruxellois chargé de l'Emploi et de l'Economie, et de Denis Grimberghs, conseiller communal de Schaerbeek et chef de groupe CDH au parlement bruxellois, en congé des instances de son parti. Rien n'y a fait. Certains ont relifté les propositions de Ben Moussa, mais sans en modifier les orientations : Véronique Lefrancq, conseillère aux affaires culturelles au sein du CDH, Hamza Fassi-Firhi, échevin de la Ville de Bruxelles, Ahmed El Khannouss, échevin à Molenbeek et vice-président d'arrondissement du CDH... Pas vraiment des poids lourds, pas non plus des paltoquets. S'agissait-il, pour des motifs électoraux, de donner des gages aux musulmans " pointus " (les autres n'ont pas vraiment apprécié) ? Joëlle Milquet est convaincue que Bruxelles est une poudrière sociale, qu'il faut se battre sur tous les fronts (emploi, logement, sécurité), mais que l'apaisement doit également passer par la reconnaissance des " groupes culturels ". Ce concept cher à une nouvelle génération d'intellectuels musulmans a été adopté, en 2005, par la Commission du Dialogue interculturel. Il refera immanquablement surface lors des assises de l'Interculturalité, qui débuteront en septembre prochain, sous les auspices de la ministre de l'Emploi et de l'Egalité des chances. Où l'on reparlera également des " accommodements raisonnables ", un thème très en vogue. Cet épisode a au moins eu le mérite de clarifier la position du CDH qui, depuis sa mue de 2002, a globalement réussi sa stratégie d'ouverture, en intégrant des musulmans, des chrétiens d'Orient, des Turcs, des Africains (comme Bertin Mampaka, échevin à la Ville de Bruxelles), tout en ne perdant pas (trop) les noms à particule des beaux quartiers. Le parti est redevenu un parti urbain et populaire. Il n'est pas anodin, en effet, que les deux seuls bourgmestres CDH de la Région de Bruxelles-Capitale, Hervé Doyen et Joël Riguelle, dirigent Jette et Berchem-Sainte-Agathe, des communes plus " bobo " que bourgeoises. Le clivage gauche-droite n'a refait surface qu'à l'occasion de la " crise du foulard " où, paradoxalement, les démocrates-chrétiens, par attachement à un Etat classique, ont offert une plus grande résistance à l'argument d'empathie. A la Région, l'olivier (la majorité PS-CDH-Ecolo-Open VLD-SP.A-CD&V) a plutôt bien résisté aux bourrasques du temps. Benoît Cerexhe, seul ministre CDH, n'y a pas fait de la figuration. Les centristes (11 sièges) ont eu cinq ans pour savourer discrètement leur bonheur d'avoir distancé Ecolo (7 sièges), sans devoir intervenir dans le mano a mano du PS (26 sièges) et du MR (24 sièges), rejeté dans l'opposition. MARIE-CECILE ROYEN