Du côté extérieur de la vitre, des baskets, des trainings, une répétition de hip-hop sur le parvis du Forum des Halles, galerie commerçante à Paris. Du côté intérieur, des vestons, des cravates, une signature d'un contrat à plus de 30 millions d'euros, dans le " salon privé " d'un restaurant (en fait, une simple pièce séparée d'un rideau). Du champagne, ensuite, pour arroser le " premier vrai (1) réseau de chaleur en Wallonie ", comme aime le répéter la délégation herstalienne qui, ce 5 décembre, a fait le déplacement - express - vers la Ville Lumière pour sceller sur papier sa collaboration avec l'entreprise française Coriance.
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Du côté extérieur de la vitre, des baskets, des trainings, une répétition de hip-hop sur le parvis du Forum des Halles, galerie commerçante à Paris. Du côté intérieur, des vestons, des cravates, une signature d'un contrat à plus de 30 millions d'euros, dans le " salon privé " d'un restaurant (en fait, une simple pièce séparée d'un rideau). Du champagne, ensuite, pour arroser le " premier vrai (1) réseau de chaleur en Wallonie ", comme aime le répéter la délégation herstalienne qui, ce 5 décembre, a fait le déplacement - express - vers la Ville Lumière pour sceller sur papier sa collaboration avec l'entreprise française Coriance. Herstal mettra à disposition l'énergie, celle produite par Uvélia, son incinérateur à déchets. Coriance devra désormais la mettre en tuyaux pour l'acheminer en souterrain vers des bâtiments à chauffer. Les premiers ne le seront pas avant 2021, si tout va bien. Mais les joyeusetés administratives (études, demandes de permis, tout ça) vont pouvoir être lancées pour permettre aux travaux de débuter. Des kilomètres de voiries à ouvrir. " Heureusement, ça tombera après les élections communales et fédérales ", plaisante le député-bourgmestre Frédéric Daerden (PS). A moitié. La concrétisation d'une idée remontant à 2008, dont personne ne sait réellement à qui en attribuer la paternité. Reste qu'à l'époque, Intradel (l'intercommunale de gestion des déchets en province de Liège) était en pleine construction de son incinérateur, capable de brûler 300 000 tonnes de déchets par année. Et, ce faisant, de produire un sacré paquet d'énergie à valoriser. Va pour de l'électricité. Sauf que le rendement n'est pas terrible : 25 %. Impossible de pousser davantage sans éviter les polluants dans les fumées. " Ça signifie qu'actuellement, 75 % de la chaleur que l'on récupère est perdue ", détaille Luc Joine, directeur général d'Intradel. Alors qu'avec de l'eau chaude qui circulerait en boucle dans des tuyaux, le gain deviendrait beaucoup plus élevé. L'imaginer, c'est bien. Le financer, c'est mieux. " Sans les 11,3 million d'euros du Feder, le projet n'aurait pas pu se concrétiser ", rappelle Frédéric Daerden (PS). Cette enveloppe européenne et wallonne, obtenue en 2016, est un " budget à dépenser pour réaliser la première boucle du chauffage urbain ", détaille Frédéric Sevrin, directeur d'Urbeo, la régie communale qui pilote le dossier et qui empruntera pour sa part 1,4 million pour que le compte financier soit bon. Cinq millions seront affectés à la " machinerie ", soit les installations à réaliser chez Uvélia. Les sept millions restants serviront à installer le réseau sur cinq kilomètres, voir plus long si les finances le permettent. Voilà pour la première boucle. Celle qui atteindra les Acec, un ancien site industriel que la ville va réhabiliter. Un masterplan récemment présenté prévoit d'y implanter logements, bureaux et serres du projet Verdir, porté par l'université de Liège, où des plantes tropicales destinées à l'industrie pharmaceutique et des potagers urbains y seront couvés. Le tout chauffé, donc, grâce aux déchets incinérés chez Uvélia. D'autres bâtiments à caractère public proches du parcours pourraient s'y greffer. Par exemple, l'école secondaire Ipes, les hôpitaux André Renard et Château Rouge... Du résidentiel, aussi, pourvu qu'il soit groupé (genre : nouvel immeuble ou lotissement). Pas question pour le particulier de se raccorder, les coûts seraient disproportionnés. Viendra ensuite (voire peut-être parallèlement) la deuxième boucle. Celle-là, c'est Coriance qui la régalera. Un million par kilomètre de tuyauterie. Direction le site de Coronmeuse, à Liège, où un écoquartier de plus de 1 300 logements est prévu. Des discussions (avancées) sont en cours avec le consortium Neo-Legia (CIT Blaton, Willemen, Jan De Nul et Louis De Waele) qui s'est vu attribuer ce projet à 313 millions d'euros. D'autres boucles ne sont pas exclues, selon les marques d'intérêt. Frédéric Daerden imagine bien une incursion vers Chertal, l'ancien site métallurgique tout proche qui devra tôt ou tard être ré- affecté. " Uvélia s'est engagé à livrer 200 gigawatt-heure par an, précise Frédéric Sevrin. Mais le potentiel est deux à trois fois supérieur. En théorie, on pourrait atteindre le centre de Liège, et même le Val Benoît. " Coriance estime qu'un chauffage urbain pleinement développé permettra d'éviter à terme, chaque année, l'équivalent des émissions de CO2 de 33 000 véhicules. L'entreprise gère trente réseaux publics en France, où ce système n'est plus une exception. " Il en existe 536, pour 2,13 millions d'équivalents-logements, soit entre six et sept millions de personnes chauffées, dénombre Sylvain Péru, directeur juridique. Il y a eu un fort développement entre 1960 et 1985, puis c'est tombé en désuétude. Aujourd'hui, avec la prise de conscience environnementale, on constate un retour en force car il s'agit d'un vrai levier pour diminuer la signature CO2 des Etats. " Ce regain d'intérêt n'est pas non plus étranger au cadre légal français, qui prévoit une réduction de TVA si le réseau de chaleur est alimenté à plus de 50 % par des énergies renouvelables. En Wallonie, un projet de décret est en cours d'élaboration " et on espère qu'il sera voté par le parlement avant la fin de la législature ", indique Frank Gérard, conseiller au cabinet du ministre de l'Energie, Jean-Luc Crucke (MR). Il prévoit essentiellement de " donner une base légale minimum pour les réseaux d'énergie thermique ", mais pas d'incitant. " Pas à ce stade, même si le texte habilite le prochain gouvernement à mettre en place un mécanisme de soutien. " Coriance a l'oeil qui brille. Car la firme française aspire à ce que Herstal soit le début d'un nouveau marché wallon. Trois communes l'ont déjà sollicitée et une filiale belge sera créée. " A Herstal ? On peut vous trouver des locaux ", tente Frédéric Daerden à l'apéro, entre une gougère au fromage et une gorgée de bulles. " Ça aurait tout son sens ", lui répond Yves Lederer, président de l'entreprise. Le champagne sera peut-être bientôt à nouveau de sortie.