Di Rupo plein pot. Le gouvernement fédéral a d'emblée piqué du nez sur une crise XXL et la kyrielle de défis colossaux à relever. Après plus de 500 jours d'impasse politique, il y a le feu au lac. Au sein de l'équipe, certains ont pris sur eux de faire du zèle, parfois jusqu'à l'excès. Rouler des mécaniques, secouer le cocotier et défrayer la chronique est devenu leur marque de fabrique.
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Di Rupo plein pot. Le gouvernement fédéral a d'emblée piqué du nez sur une crise XXL et la kyrielle de défis colossaux à relever. Après plus de 500 jours d'impasse politique, il y a le feu au lac. Au sein de l'équipe, certains ont pris sur eux de faire du zèle, parfois jusqu'à l'excès. Rouler des mécaniques, secouer le cocotier et défrayer la chronique est devenu leur marque de fabrique. Vincent Van Quickenborne (Open VLD) a ouvert la voie. Propulsé dans la cour des grands au sein du gouvernement, le vice-Premier et ministre des Pensions déclenche le chamboulement dans son secteur. Sans tambour ni trompette, ni palabres avec les syndicats. Gros émoi. Tout le gouvernement est à la man£uvre. Mais " mister Q " s'offre une visibilité maximale. Il aime ça, le sale boulot. Bousculer les lignes et les codes est une seconde nature chez cet agitateur-né. Savoir-faire assuré. " Quicky ", c'est l'arbre qui cache la forêt. Di Rupo Ier héberge un autre impatient de passer à l'acte. En deux mois, Hendrik Bogaert (CD&V) a déjà réussi à sortir son secrétariat d'Etat de l'anonymat. Moderniser la Fonction publique, c'est son nouveau cheval de bataille. Il part à la croisade au grand galop. Premier saut d'obstacle, le 2 janvier. En plein bal des fonctionnaires, le secrétaire d'Etat plombe l'ambiance en balançant l'idée d'évaluer désormais les agents de l'Etat chaque année, et non plus tous les deux ans. Tollé syndical. Dix jours plus tard, Bogaert récidive. Il veut donner un an aux 140 top managers fédéraux pour prouver qu'ils savent manier correctement la seconde langue, sous peine d'être démissionnés. Il ne s'agit à ses yeux que d'activer une loi maintenue au frigo depuis dix ans. Sauf que rien n'a été convenu dans l'accord de gouvernement. Raffut, du côté des partenaires francophones de la majorité. Troisième larron à foncer bille en tête : John Crombez (SP.A). Sa mission : la guerre à la fraude fiscale et sociale. Le nouveau secrétaire d'Etat l'envisage plutôt sans merci, en sortant l'artillerie lourde. Du genre : permettre au fisc de perquisitionner sans passer par l'ouverture d'une instruction judiciaire. Sa volonté d'en découdre avec les tricheurs est fraîchement accueillie. Sans le citer nommément, le ministre des Finances, Steven Vanackere (CD&V), l'invite rapidement à se calmer : " Donner l'impression que tout le monde fraude, c'est aller trop loin. Pas d'accord. " Le Conseil d'Etat confirme : il a déjà recalé le va- t-en-guerre. Crombez, une tendance à voir des fraudeurs partout, qui peut le mener loin. En commission de la Chambre, le c£ur de deux députés francophones se met à palpiter, en découvrant tout à trac que Monsieur anti-fraude lorgne eHealth pour débusquer, parmi les toubibs, les spécialistes du certificat de complaisance. EHealth ? Une plate-forme d'échange de données électronique et sécurisée entre acteurs de la santé. Voilà la boîte noire idéale pour traquer la triche en blouse blanche ! Catherine Fonck (CDH) et Yvan Mayeur (PS) s'étranglent. " La plate-forme eHealth contient des données confidentielles sur la santé des patients, elle n'a jamais été conçue pour combattre les abus dans le comportement prescripteur des médecins. Ce serait violer le secret professionnel et ébranler la confiance dans cette banque de données. " Panique au village. Van Quickenborne, Bogaert, Crombez : 38, 43 et 38 ans. Un Open VLD, un CD&V, un SP.A. Ils ont mangé du lion dans le camp flamand du gouvernement. Face à eux, des ministres et secrétaires d'Etat francophones sages comme des images, concentrés sur leur sujet. Avares de " sorties " fracassantes. Tout au plus cette charge de Paul Magnette (PS) contre une Commission européenne ultralibérale. Qui tient du dérapage contrôlé. Politologue à la KUL, Marc Hooghe invite à jeter un £il sur les CV des secrétaires d'Etat au sein de Di Rupo Ier. Quatre secrétaires d'Etat néerlandophones et quatre nouveaux visages : Hendrik Bogaert (CD&V), John Crombez (SP.A), Servais Verherstraeten (CD&V) et Maggie De Block (Open VLD.) En regard, le duo francophone a des airs de vétérans : Melchior Wathelet (CDH) est en fonction depuis quatre ans, Philippe Courard (PS) depuis trois ans. " A l'inverse des francophones, les partis flamands utilisent largement les fonctions de secrétaire d'Etat pour lancer de nouveaux venus ", explique Hooghe. C'est un échelon où on fait généralement ses classes, dans l'espoir de gagner du galon. Un impératif pour ne pas rater le tremplin : se distinguer, marquer son territoire en marquant les esprits. Van Quickenborne a suivi la filière avec succès, pour accéder à la division supérieure, celle de ministre. Bogaert et Crombez font encore leurs dents. Avec une obligation de résultats ultrarapide. Il leur reste deux ans pour faire leurs preuves dans ce gouvernement Pour que ça passe ou ça casse. L'heure est aux hommes pressés, prêts à l'emploi, rapides sur la balle. Président du SP.A, Bruno Tobback justifiait ainsi son casting pour le gouvernement : " Il nous fallait des individualités susceptibles d'être opérationnelles le plus rapidement possible. " L'ex-présidente du parti, Caroline Gennez, en a fait les frais. S'incruster et faire de vieux os au sommet du pouvoir devient une performance en Flandre. " Une carrière politique y devient plus courte que du côté francophone ", observe Marc Hooghe. Pour s'affirmer vite et fort, rien de tel que mettre les pieds dans le plat et multiplier les effets d'annonce. Bogaert et Crombez s'y essaient, Van Quickenborne poursuit sur sa lancée. Dans des niches médiatiquement très exposées : pensionnés, fonctionnaires, fraudeurs. Ils ont d'autant moins de scrupules à s'agiter qu'ils ont de l'espace pour le faire. " Les partis flamands sont plus tolérants pour les voix dissidentes parce qu'ils sont moins dominés par leurs présidents. Le jeu des formations francophones est plus verrouillé ", relève encore le politologue de la KUL. Dans la majorité francophone, on dit comprendre et même compatir au besoin furieux d'exister des collègues flamands. " Il faut se mettre à leur place : la politique en Flandre est davantage suivie par les médias, l'opinion publique y est plus réceptive. Avec cette pression constante de la N-VA sur le dos. "Cela n'empêche pas la moutarde de monter lentement au nez de certains élus. Il y aurait comme une arrogance chez ces jeunes loups aux dents longues, qui a le don d'horripiler. " Ils ont cette espèce d'idée préconçue que le système belge est malade, qu'il n'est pas performant et qu'il doit donc être réformé. C'est un discours typiquement flamand, qui méconnaît la réalité francophone, mais aussi syndicale ", fulmine un parlementaire de la majorité francophone. Pour avoir objecté à John Crombez que la plate-forme eHealth n'était pas conçue pour détecter des abus, le député Yvan Mayeur s'est retrouvé tout de go soupçonné de ne rien vouloir contrôler. " C'est fou. Non seulement Crombez ne savait pas de quoi il parlait, mais en plus il ne comprenait pas ce que je lui disais. " C'est aussi cela qui inquiète, dans les couloirs de la Chambre : " Ils sont convaincus par ce qu'ils disent et par ce qu'ils font ", glisse un élu. Simples ruades, mises sur le compte de la fougue et de l'inexpérience. Elio Di Rupo, en parfait Premier ministre au-dessus de la mêlée, fait le gros dos. Recadre gentiment. Laisse dire. Il peut même en jouer : aux syndicats inquiets de toutes ces bravades, Di Rupo ressert son coup favori : le rempart, la digue. Bogaert focalise sur le bilinguisme des hauts fonctionnaires ? Il n'est pas interdit d'en parler : le Premier ministre dit attendre sa proposition. Mais le député Laurent Devin apporte déjà la réponse du PS : " Il ne soutiendra pas les mesures unilatérales prises par le secrétaire d'Etat. "Lorsque, comme convenu, Bogaert revient à la charge en Conseil des ministres, il se fait aimablement remballer. Pas le moment, il y a d'autres chats à fouetter. Et quand le Conseil d'Etat se charge de casser le grand coup que voulait frapper Crombez contre les fraudeurs, c'est un certain Didier Reynders (MR), ex-ministre des Finances, qui rigole en douce (voir son interview ci-dessous.)Inutile de se fâcher pour si peu. Le menu fretin est sous contrôle. Au besoin, leurs " parrains " au gouvernement se chargeront de le calmer. Steven Vanackere (CD&V), vice-Premier et aussi ministre de la Fonction publique, " couve " Bogaert ; Johan Vande Lanotte, vice-Premier et ministre de l'Economie SP.A, " chaperonne " Crombez, son ancien chef de cabinet, ostendais comme lui. Chacun connaît son rôle. " Les partis flamands au gouvernement n'ont pas de majorité parlementaire, ce qui est mal perçu par l'opinion publique en Flandre. Ils jouent donc sur les deux registres : les jeunes secrétaires d'Etat donnent une image dynamique et plus radicale de leur parti, les vice-Premiers jouent la carte de la loyauté gouvernementale ", décode Marc Hooghe. Le CD&V Bogaert exige une fonction publique bilingue pour parfaire un profil flamand. Le SP.A Crombez fond sur la fraude pour contrer une extrême gauche flamande qui redresserait la tête. Ces agents provocateurs ne dépasseront les bornes que sur ordre commandé depuis leurs partis. Seul membre du trio à être tenu sérieusement à l'£il : Vincent Van Quickenborne, et son statut de chef de file de l'Open VLD au gouvernement. Sur le qui-vive, les partenaires francophones au gouvernement croient déceler des indices rassurants d'apaisement : après la manière forte appliquée au régime des pensions, un certain souci de la concertation sociale et une tendance à l'accommodement semblent poindre chez le " wonder boy ". A confirmer. Il ne faudrait tout de même pas que ces " chiens fous " mettent la patience des élus francophones à bout. " S'il faut un moment les remettre à leur place, on s'en chargera nous-mêmes ", grogne l'un d'eux. PIERRE HAVAUXFaire de vieux os au sommet du pouvoir devient une performance en Flandre