Confortablement installé dans un fauteuil cossu du somptueux hall d'entrée de l'hôtel Métropole, Patrick Wielemans savoure l'instant. L'administrateur délégué du plus ancien hôtel de Bruxelles aime insister sur l'authenticité de ce lieu, qui semble avoir résisté au temps. " Ici, tout est d'époque, commen-te-t-il amoureusement. Même les ascenseurs, qui sont du même concepteur que ceux de la tour Eiffel. " L'hôtel cache encore quelques mystères : des fresques de style Art déco ont été découvertes au plafond, sous une épaisse cou-che de peinture. Dans quelques mois, elles seront délicatement mises au jour grâce à un subside régional.
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Confortablement installé dans un fauteuil cossu du somptueux hall d'entrée de l'hôtel Métropole, Patrick Wielemans savoure l'instant. L'administrateur délégué du plus ancien hôtel de Bruxelles aime insister sur l'authenticité de ce lieu, qui semble avoir résisté au temps. " Ici, tout est d'époque, commen-te-t-il amoureusement. Même les ascenseurs, qui sont du même concepteur que ceux de la tour Eiffel. " L'hôtel cache encore quelques mystères : des fresques de style Art déco ont été découvertes au plafond, sous une épaisse cou-che de peinture. Dans quelques mois, elles seront délicatement mises au jour grâce à un subside régional. L'histoire de cet hôtel cinq étoiles, où il n'est pas rare de croiser Annie Cordy, est intimement liée à l'évolution de l'îlot qui s'étend de la place de Brouckère à la rue Neuve. Un espace investi depuis plus d'un siècle par la famille Wielemans. En 1895, l'hôtel Métropole est inauguré, six ans après le café Métropole, désormais disparu. A l'époque, il servait d'ambassadeur à la bière bruxelloise brassée par la famille Wielemans. Lancée en 1860 par Lambert Wielemans, la brasserie familiale est baptisée huit ans plus tard Wielemans-Ceuppens, du nom de sa femme Ida, devenue veuve. Après avoir occupé durant une vingtaine d'années des locaux situés rue Terre-Neuve, dans le centre de Bruxelles, la brasserie s'installe à Forest. Prosper Wielemans, un des trois fils du fondateur, fait rapidement fructifier l'affaire familiale. L'homme a la bougeotte : il parcourt le monde, à la recherche des dernières nouveautés brassicoles. En voyage en Tchécoslovaquie, il découvre la Pilsner, une bière produite selon le principe de la basse fermentation, une technique inconnue en Belgique. Il va l'importer grâce à un procédé rapporté d'un autre voyage, à New York, cette fois : une machine frigorifique lui permettra de produire la première Pils belge. Bingo, la Pils cartonne ! Dans les années 1930, Wielemans-Ceuppens devient la première brasserie belge. Pourtant, Prosper Wielemans avait failli tout lâcher. " En 1904, lors d'un séjour à San Francisco, il avait annoncé à la famille qu'il comptait s'installer aux Etats-Unis et devenir citoyen américain, raconte son arrière-petit-fils Patrick. Heureusement, ses deux frères l'avaient convaincu de revenir. "Lorsque Léon Wielemans succède à son père Prosper, il prend contact avec Adrien Blomme ; c'est le début d'une collaboration prolifique entre l'architecte moderniste et la famille Wielemans. On doit à Blomme la nouvelle brasserie forestoise, bâtie en 1935, qui abrite aujourd'hui le Wiel's. Il s'occupe également de la maison familiale, rue Defacqz. Sans oublier le cinéma Métropole, situé au dos de l'hôtel Métropole, côté rue Neuve et propriété de la famille Wielemans. Dans les années 1930, en Europe, seul le Rex, à Paris, proposait davantage de places. Le Métropole a fermé ses portes voici une quinzaine d'années. Patron de la brasserie, Léon Wielemans, entame également une carrière politique, qui le mènera à un poste d'échevin puis de bourgmestre de Forest. Après la Seconde Guerre mondiale, la brasserie n'est plus aussi florissante. Elle est rachetée en 1979 par Artois. En 1988, on brasse la dernière Wiel's. Même au bar de l'hôtel Métropole, on n'en trouve plus. G.Q.