A regarder la couverture (joli cliché de la Grande Bleue) et à lire le résumé (il est question de vacances en Corse, au mois d'août), on s'attend à un avant-goût de trêve estivale. C'est le cas. Mais pas que. D'ailleurs, le prologue annonce la couleur, plus sombre que prévu. Un drame dont on attend l'issue tout au long de ce quatrième roman de Christine Détrez, professeure de sociologie à ...

A regarder la couverture (joli cliché de la Grande Bleue) et à lire le résumé (il est question de vacances en Corse, au mois d'août), on s'attend à un avant-goût de trêve estivale. C'est le cas. Mais pas que. D'ailleurs, le prologue annonce la couleur, plus sombre que prévu. Un drame dont on attend l'issue tout au long de ce quatrième roman de Christine Détrez, professeure de sociologie à l'Ecole normale supérieure de Lyon. Bien vu. Son suspense ferre et retient sans faillir dans ses rets romanesques subtils, pas vraiment polardeux. D'emblée, la tension s'exprime à travers le regard de Delphine, le personnage central. Divorcée, mère de deux ados, cette institutrice vient de refaire sa vie avec Paul, le papa d'une petite fille qui fréquentait son club de théâtre à l'école. Il la convainc de passer l'été dans une magnifique villa d'Erbalunga, dans le nord de l'île de Beauté, que Paul loue (un bras) chaque année, avec un couple d'amis, eux aussi parents de deux ados. Ça tombe bien. Sauf que, cet été-là, la petite amie de l'aîné est de la partie. Valentine, une bombe. Une blonde solaire qui aimante le reste de la tribu, joyeuse bande s'ébrouant entre parties de pêche et farniente. " Ça allait bien se passer, ça allait bien se passer. " Delphine ressasse son mantra, alors qu'elle marche sur des oeufs. Lestée d'un passé " de galères et de larmes ", moins fortunée que Paul et ses amis, plus intello, elle ne maîtrise pas les codes de cette vie en communauté. Sans parler de l'hostilité ostentatoire de la fillette, qui lui en veut d'avoir remplacé sa mère. A partir de ce malaise, Christine Détrez exerce avec acuité son regard de sociologue, tant sur les liens familiaux et conjugaux que sur les rapports de classe. D'une plume incisive, classieuse, elle évoque avec une grande justesse les émois, les provocations, les zones d'ombre de l'adolescence. Sous un soleil radieux et dans un décor de toute beauté, son roman est une bombe. Lui aussi.