"Je ne déciderai pas de tout, pour tout et partout. " En confirmant lors de son allocution d'investiture à l'Elysée le mardi 15 mai qu'il ne suivrait pas les traces de l'hyper-président auquel il venait de succéder, François Hollande a mis un peu plus de pression encore sur celui qui sera en charge de la conduite quotidienne de la politique de la France, vrai Premier ministre plutôt que simple " collaborateur ".
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"Je ne déciderai pas de tout, pour tout et partout. " En confirmant lors de son allocution d'investiture à l'Elysée le mardi 15 mai qu'il ne suivrait pas les traces de l'hyper-président auquel il venait de succéder, François Hollande a mis un peu plus de pression encore sur celui qui sera en charge de la conduite quotidienne de la politique de la France, vrai Premier ministre plutôt que simple " collaborateur ". Avec Jean-Marc Ayrault, que la rumeur avait déjà désigné à la tête du gouvernement pendant la campagne électorale, François Hollande a joué la sécurité. Sur plusieurs plans. La cohérence, d'abord : fidèle d'entre les fidèles, le maire de Nantes a bâti une véritable complicité avec le nouveau président français, tout au long d'années de travail dans l'ombre, quand le premier était président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale et le second premier secrétaire du Parti socialiste, dans l'opposition. Le programme, ensuite : même s'il lui laissera sa part de liberté d'action, François Hollande sait que son protégé, qui lui doit son ascension à l'échelle nationale, appliquera loyalement les grandes lignes de son projet. La sphère européenne, enfin : germanophone (ancien professeur d'allemand) et germanophile, Jean-Marc Ayrault est une carte maîtresse dans la relation de confiance que François Hollande a commencé à nouer dès le soir de son investiture à Berlin avec une Angela Merkel, qui, quoique campée sur ses positions en faveur du respect du plan d'austérité européen, a déjà fait montre d'une volonté d'ouverture aux ambitions françaises en matière de croissance. En choisissant Jean-Marc Ayrault, le nouveau président a aussi clairement ancré l'action de son gouvernement au centre-gauche. La nomination de Martine Aubry, " Madame 35 heures ", un temps pressentie, aurait a contrario imprégné une orientation plus gauchisante à l'équipe gouvernementale, même si la principale rivale de Hollande lors des primaires socialistes devait être remerciée de sa loyauté par un poste ministériel d'envergure. Autre contexte économique, autres attentes de la population, le président socialiste se démarque en tout cas de la politique de François Mitterrand, qu'il vante tant. En 1981, celui-ci avait nommé François Mauroy, l'autre maire de Lille, comme premier chef de gouvernement de l'ère socialiste avant de devoir s'en séparer deux ans plus tard, rattrapé par la réalité économique. Avec François Hollande et Jean-Marc Ayrault, la France s'est débarrassé du glamour pour viser l'efficacité. Mais, autre trait commun des deux hommes, ni l'un ni l'autre ne peut se prévaloir d'une expérience ministérielle. Nos confères de L'Express rappelaient récemment que si Jean-Marc Ayrault, 62 ans, pouvait se targuer de réels succès dans l'action publique municipale (Nantes domine aujourd'hui les classements sur la qualité de vie urbaine en France), il n'avait jamais réussi à faire reconnaître sa valeur à Paris. A plusieurs titres donc, les Français vont devoir s'accommoder du changement et de l'inconnu, qui peut réserver son lot de vertus, de déceptions et de surprises. GÉRALD PAPY