Après avoir tenté l'an dernier, dans un texte organique et dense, de " rendre " son 14 juillet au peuple français, Eric Vuillard (lire son entretien page 108) s'est attaché cette fois-ci à mettre un peu d'ordre dans tous les documents disponibles sur les années 1930 en Europe. Pourquoi ? Afin de saisir les faiblesses en série ayant abouti à ce qui apparaît à cette lecture...

Après avoir tenté l'an dernier, dans un texte organique et dense, de " rendre " son 14 juillet au peuple français, Eric Vuillard (lire son entretien page 108) s'est attaché cette fois-ci à mettre un peu d'ordre dans tous les documents disponibles sur les années 1930 en Europe. Pourquoi ? Afin de saisir les faiblesses en série ayant abouti à ce qui apparaît à cette lecture comme une voie royale offerte à Adolf Hitler pour mener à bien son sinistre projet. De grands industriels - " vingt-quatre machines à calculer aux portes de l'Enfer " - ayant versé, dociles, leur conséquente obole à un souffreteux parti nazi - " ramassis de bandits et de criminels " - pour que ce dernier puisse emporter les élections de 1933 ; un falot chancelier autrichien, incapable de s'opposer en 1938, même du bout des lèvres, aux gesticulations de butors vulgaires décidés à annexer son pays ; et, pendant toute la période, des dirigeants français, britanniques, occupés à concentrer leurs regards un peu n'importe où ailleurs pourvu qu'on ne leur demande pas de constater l'évidente montée des périls. Eric Vuillard redonne vie à des tableaux figés - voire maquillés à grands renforts de propagande - de l'histoire : l'entrevue du Berghof entre Hitler et Schuschnigg, une pantomime de dîner diplomatique à Downing Street entre Ribbentrop et Chamberlain, sans oublier le sublime raté du supposé déferlement des panzers allemands jusqu'à Vienne (en réalité, un pauvre embouteillage de cloportes blindés). S'adressant directement à son lecteur, dressant des parallèles entre son récit et la période contemporaine, il attaque de front la constitutive corruption des grands groupes industriels, raille vessies et pétards mouillés qu'on nous fait prendre pour lanternes et feux d'artifice, et s'indigne, surtout, de l'impunité des complices, coupables et dignitaires indifférents. O. V. V.