Il faudrait un malade pour reprendre une usine comme le Val Saint-Lambert. Il faut tout raser et reconstruire ! " nous confiait en août 2008 Grégory, un des soixante ouvriers de la célèbre cristallerie fondée à Seraing en 1826. La faillite venait d'être prononcée. Début octobre 2008, ce ne sont pas un, mais deux " malades ", Pierre Grivegnée, directeur d'Immoval, et Justin Onclin, un Limbourgeois négociant en grands crus bordelais, qui reprenaient l'usine, avec l'aide de la Région wallonne (qui a racheté la marque) et de la commune de Seraing. Pierre Grivegnée possède 30 % du capital de la nouvelle société Val Saint-Lambert et en dirige le conseil d'administration, tandis que son associé, devenu depuis peu administrateur délégué, dispose de 70 % des parts.
...

Il faudrait un malade pour reprendre une usine comme le Val Saint-Lambert. Il faut tout raser et reconstruire ! " nous confiait en août 2008 Grégory, un des soixante ouvriers de la célèbre cristallerie fondée à Seraing en 1826. La faillite venait d'être prononcée. Début octobre 2008, ce ne sont pas un, mais deux " malades ", Pierre Grivegnée, directeur d'Immoval, et Justin Onclin, un Limbourgeois négociant en grands crus bordelais, qui reprenaient l'usine, avec l'aide de la Région wallonne (qui a racheté la marque) et de la commune de Seraing. Pierre Grivegnée possède 30 % du capital de la nouvelle société Val Saint-Lambert et en dirige le conseil d'administration, tandis que son associé, devenu depuis peu administrateur délégué, dispose de 70 % des parts. Le site du Val, 110 hectares, dont 65 de bois, contient déjà quelques perles, gérées par Immoval : l'abbaye cistercienne du xiiie siècle, destinée à devenir un centre de séminaires, avec salle de spectacles ; le " château ", superbement restauré, qui abrite une expo permanente retraçant l'histoire du verre et du cristal. De plus, un parcours de découverte emmène les visiteurs au c£ur de la célèbre usine, avec démonstration " live " de soufflage de verre. Ce n'est pas tout : la bâtisse à la façade néoclassique dispose également de seize salles de réunion ultra-équipées, pour une capacité de 2 000 personnes. Chacune porte un nom de ville (Berlin-Est, Bombay, Le Caire...), qui évoque les anciens comptoirs de vente de la cristallerie. " Il n'existe pas, à Liège, d'équipement aussi complet ", assure Pierre Grivegnée. Tant mieux pour la future antenne principautaire du Cercle de Wallonie : le pôle d'affaires devrait accueillir ses membres au Val dès le début de l'année prochaine. Les Sérésiens ont surtout hâte de découvrir les nouveaux projets : une piste de ski indoor, un parc aquatique, un complexe de bureaux (30 000 mètres carrés), trois lotissements pour un total de 250 maisons... Pour l'heure, il n'existe encore que des esquisses et des griffonnages, antérieurs à la faillite, preuve que le projet mijote depuis longtemps. Seule la perspective d'un golf 18 trous a été abandonnée. Pierre Grivegnée parle d'un " concept global énergétique " : les différents pôles seront en communication pour une meilleure récupération de l'énergie. Histoire de rassurer l'opposition verte... " Nous ne sommes pas contre, mais nous restons très sceptiques sur ce projet qui va bouffer une énergie dingue, analyse Jean Thiel, chef de groupe Ecolo (opposition) au conseil communal de Seraing. D'autant que les prix du gaz vont repartir à la hausse. Ensuite, l'aquapark va entrer en concurrence avec celui de Maastricht. Sera-t-il aussi rentable ? " Quant aux lotissements, Ecolo ne s'y oppose pas, du moins pour les deux premiers, situés à l'intérieur de l'enceinte de l'ancien couvent. C'est sur le troisième que ça grince : " Il s'agirait de grosses maisons quatre façades à proximité immédiate d'une zone Natura 2000, croit savoir Jean Thiel. C'est un endroit extraordinaire, tant au niveau de sa beauté naturelle que de sa diversité. Nous nous battrons donc pour en conserver l'essentiel. "Que deviendra la célèbre cristallerie ? L'ouvrier Grégory avait vu juste : une nouvelle usine sera bel et bien reconstruite, en entrée de site, mais en format plus réduit. A la fin du xixe siècle, elle était encore la plus grande du monde, avec ses 6 000 mètres carrés, 4 000 ouvriers, huit halles de fusion, et une production quotidienne de 120 000 pièces ! " Ce temps-là est révolu, constate Pierre Grivegnée. On n'a plus les moyens d'inonder le marché comme avant. " L'essentiel, aujourd'hui, est de sauvegarder ce fleuron du patrimoine wallon, même si le catalogue ne prend encore que 200 références, soit cinq fois moins qu'auparavant. Comme trente-trois emplois sont nécessaires pour faire tourner l'usine, les 59 ouvriers travaillent par roulement, avec périodes de chômage économique. La chaîne de production a été totalement revue : " C'est assez incroyable, rappelle Pierre Grivegnée, mais il n'y avait pas de réelle organisation du travail. Le suivi des commandes et la gestion des stocks se faisaient presque au jour le jour. " Des spécialistes anglais sont venus évaluer la capacité d'un nouveau four (1 million d'euros...), l'actuel étant devenu surdimensionné et terriblement énergivore. L'ancienne usine ? Elle sera sauvegardée et fera place à un village commercial, dédié à l'équipement de la maison et à la décoration. " Nous sommes confrontés à un véritable puzzle immobilier, dont il s'agit de rentabiliser chaque partie ", résume Pierre Grivegnée. Avec cette question cruciale : la mobilité. Près de 1 200 emplois devraient être créés sur le site, sans compter les utilisateurs des bureaux et les habitants des lotissements. Quant aux visiteurs, on parle de 2 millions par an ! La commune voudrait la réouverture de la ligne SNCB qui longe la rive droite et qui ne sert que pour le fret. Or Ecolo bataille plutôt pour une ligne de tram : " Cette solution moins coûteuse permettrait aussi davantage de fréquences et servirait d'autres usagers que ceux du site ", soutient Jean Thiel. Seule certitude, le projet Cristal Park s'intégrera dans le plan de mobilité pour l'ensemble de la ville de Seraing. En attendant, Pierre Grivegnée se félicite du soutien apporté par le bourgmestre Alain Mathot (PS) (" un vrai booster ", n'hésite-t-il pas à dire), mais aussi par le ministre de l'Economie Jean-Claude Marcourt (PS) : " On critique souvent la Wallonie ; moi, j'y décèle surtout de la volonté et du dynamisme ", constate-t-il. Les fleurs n'empêchent pas les questions : " Je ne suis pas de ceux qui accusent Grivegnée de vouloir simplement faire fructifier son fric, déclare Jean Thiel. Simplement, je ne veux pas qu'il fasse n'importe quoi. Dans son projet un peu pharaonique, je crains une chose : si un des éléments de son puzzle se casse la figure, il risque d'entraîner tout le reste vu les participations croisées entre le village commercial, la gestion événementielle, l'aquapark, les lotissements, la cristallerie... " Mais quand certains éléments vivotaient en solo, comme l'usine, l'hôtellerie ou l'abbaye, ils se sont aussi cassé la figure. Il fallait donc bien tenter autre chose. François Janne d'Othéeprès de 1200 emplois devraient être créés sur le site