Si vis pacem, para bellum, qu'ils disaient. Coupables et victimes de la paralysie fédérale, les partis s'affairent, avec un stoïcisme à l'antique, à se préparer au pire comme au moins pire. Les élections, ils y pensent (lire Le Vif /L'Express du 20 février dernier), les craignent et s'y préparent. Mais un gouvernement, ils y pensent, l'espèrent et s'y préparent aussi. Au MR, où l'on sort d'une législature suédoise aussi prodigue en mandats qu'en départs (Hervé Jamar, Jacqueline Galant, Willy Borsus, Didier Reynders et Charles Michel ont tous, tôt ou tard, dû abandonner leur fonction), il va falloir se recomposer une équipe dont le jeune sélectionneur, Georges-Louis Bouchez, a déjà tracé les contours.
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Si vis pacem, para bellum, qu'ils disaient. Coupables et victimes de la paralysie fédérale, les partis s'affairent, avec un stoïcisme à l'antique, à se préparer au pire comme au moins pire. Les élections, ils y pensent (lire Le Vif /L'Express du 20 février dernier), les craignent et s'y préparent. Mais un gouvernement, ils y pensent, l'espèrent et s'y préparent aussi. Au MR, où l'on sort d'une législature suédoise aussi prodigue en mandats qu'en départs (Hervé Jamar, Jacqueline Galant, Willy Borsus, Didier Reynders et Charles Michel ont tous, tôt ou tard, dû abandonner leur fonction), il va falloir se recomposer une équipe dont le jeune sélectionneur, Georges-Louis Bouchez, a déjà tracé les contours. Les chiffres sont froids et les quotients péremptoires : seul parti francophone du gouvernement MR - N-VA - CD&V - Open VLD, le parti de Charles Michel s'était accaparé les sept sièges que la Constitution offre aux formations francophones dans l'exécutif fédéral, qui ne peut compter que quinze ministres, dont sept francophones et sept flamands, le Premier ministre étant réputé asexué linguistiquement. Aujourd'hui, ou plutôt peut-être demain, avec ses quatorze sièges à la Chambre, et dans une majorité avec le PS et Ecolo, le MR n'aurait probablement droit qu'à deux ministères de plein exercice, peut-être trois, si Sophie Wilmès est installée comme Première de plein exercice. Un éventuel poste de secrétaire d'Etat à créer et à pourvoir (au MR comme partout ailleurs, on est pour supprimer des mandats uniquement quand ce sont ceux des autres) écherrait, clé D'Hondt oblige, aux réformateurs - si le CDH n'est pas mêlé à l'aventure. Il ne resterait donc, au mieux et très improbablement, que quatre strapontins fédéraux, et, bien qu'on se préparât à faire semblant de vouloir les obtenir, on table plus raisonnablement sur trois, à l'avenue de la Toison d'Or. Trois postes à pourvoir par la grâce présidentielle de Georges-Louis Bouchez, donc, alors qu'ils sont donc sept à exercer en affaires courantes : Sophie Wilmès comme Première, David Clarinval comme vice-Premier, Daniel Bacquelaine aux Pensions, Denis Ducarme aux Classes moyennes, Marie-Christine Marghem à l'Energie, François Bellot aux Transports et Philippe Goffin aux Affaires étrangères. Quatre de ceux-là, donc, devront certainement partir, peut-être même cinq. Tous le savent. " Tout le monde veut rester. Celui qui dit le contraire est un menteur ", dit un des sept. " Non, pas tous. Ils sont cinq pour deux à trois postes ", le contredit un autre. Certains le redoutent. D'autres sont rassurés. D'autres veulent la paix. Certains préparent la guerre. Mais tous les préparatifs, belliqueux et pacifiques, ont été bouclés au moment où Georges-Louis Bouchez rassemblait les parrainages qui le firent accéder à la présidence du parti, aux dépens de Denis Ducarme. " Depuis, Bouchez a annoncé plusieurs fois en bureau de parti que nous serions beaucoup plus satisfaits aujourd'hui que demain. On ne pourra pas dire qu'on n'a pas été prévenus ", nous écrit, anonymement, une autre des sept mains tremblantes. A 67 ans, le ministre des Pensions a déjà les idées claires sur sa retraite : réélu parlementaire fédéral dans la circonscription de Liège, Daniel Bacquelaine a été désigné administrateur délégué du Centre Jean Gol, le Centre d'études du parti. A 66 ans, François Bellot, très bien élu par sa circonscription de Dinant-Philippeville - il a le meilleur taux de pénétration du parlement régional wallon - quittera Bruxelles pour Namur si la crise fédérale connaît un jour son terme. Il a également, début juin 2019, démissionné de son poste d'échevin empêché de Rochefort en prêtant serment de député wallon. Marie-Christine Marghem devrait redevenir députée fédérale. Même si... la Tournaisienne espère se faire bientôt désigner présidente du MCC, succéder de la sorte à Gérard Deprez, qui fut un des plus précoces et actifs promoteurs de Georges-Louis Bouchez, et devenir vice-présidente du MR, comme les statuts le prévoient. Et il ne lui est pas interdit de rêver que le nouveau président de l'ancienne fédération PRL-FDF-MCC considère favorablement la nouvelle présidente de l'ancienne aile sociale-chrétienne du nouveau MR. Les résultats du scrutin, auquel deux autres militants participent, seront connus le 19 mars. Quant à Denis Ducarme, le vaincu de l'élection présidentielle, ses 36 % au deuxième tour de scrutin ne lui garantissent rien et pourraient bien plutôt lui coûter beaucoup. Chef de groupe en 2014, puis ministre en 2017, en remplacement de Willy Borsus parti au gouvernement wallon, il redeviendrait simple député fédéral et président du MR hennuyer. La perspective est peu réjouissante. Il ne le dira pas. " Tout ce que je peux vous dire, c'est que j'occupe 100 % de mon temps à aider le pays à sortir de ses deux crises : le coronavirus d'une part, la paralysie fédérale de l'autre ", se limite-t-il à expliquer. On veut bien le croire. Il n'empêche, il est prêt, depuis l'élection perdue, à entrer en opposition. Avec l'hypothèse du pire dans un coin de la tête : la convocation d'élections anticipées et l'afférente nécessité d'y participer sur une liste qui, dans la circonscription du Hainaut, serait menée par Georges-Louis Bouchez. Sophie Wilmès ne partira bien sûr pas. Elle sera, dans le pire des cas, vice- Première. Le scénario d'une coalition reboot, dans laquelle les partis flamands concéderaient pour la troisième fois consécutive le 16, rue de la Loi à un francophone, cette fois de la périphérie bruxelloise de surcroît, est plutôt farfelu. Dans les configurations moins improbables, la dauphine ministérielle de Charles Michel sera la cheffe de file réformatrice dans l'exécutif fédéral. La rumeur dit que les relations avec l'autre dauphin, le présidentiel, n'est pas sans nuages : les deux soutenaient un candidat opposé à l'élection à la présidence de la régionale bruxelloise. Sophie Wilmès, comme Denis Ducarme, avaient choisi le camp du vaincu, Boris Dilliès. Mais l'heure n'est pas encore à l'orage entre Georges-Louis Bouchez et Sophie Wilmès. Actuel vice-Premier, David Clarinval était encore chef de groupe MR à la Chambre lorsque, premier parmi les " barons ", il annonça son ralliement à la candidature du Montois. Le premier décret présidentiel de celui-ci fut de faire de celui-là un ministre. Il en fit ensuite un vice-Premier. Il y a peu de raisons que cesse la valorisation de ce fructueux investissement. Philippe Goffin, lui, avait brillé au cours du premier tour de la campagne présidentielle. Philippe Goffin se rallia à Georges-Louis Bouchez à la veille du second, et celui-là fut le second à être nommé ministre par celui-ci. Il ne devrait, pas plus que David Clarinval, être puni d'avoir posé ce choix. La cote très élevée des trois favoris, les ambitions des uns et des autres largement satisfaites grâce aux montées dans les gouvernements wallon et francophone, l'apparence de professionnalisme que réclamerait la composition d'un exécutif de crise : tout cela rend le futur recrutement réformateur apparemment cousu de fil bleu. Un murmure de rotation, pourtant, se laisse parfois entendre. Au loin, il gronde depuis la société civile, où Georges-Louis Bouchez veut puiser, ce qu'il fit en désignant Axel Miller comme chef de cabinet. Plus près, il bourdonne autour de Sabine Laruelle, présidente du Sénat et missionnaire royale qui, dit-on, reprendrait bien du service. Il grésille aussi autour de Jean-Luc Crucke, ministre wallon du Budget, né en Flandre et bilingue qui, dit-on, s'ennuie de ne pas parler la langue de ses ancêtres. L'arrivée de l'une ou de l'autre renverrait l'un des autres en région : " David Clarinval fut un député wallon très actif, avant 2014, pourquoi n'y serait-il pas ministre ? " pétaradent certains. " Si Bouchez a trois ministres à désigner, deux, à coup sûr, seront des sortants. Le troisième sera, à coup aussi sûr, une surprise. Il en fera une question de principe, pour affirmer son autorité, d'une part, et pour montrer qu'il n'est pas dans les pantoufles de Charles Michel, d'autre part ", professe un de ceux qui se targuent de savoir comment raisonne le patron. Mais pendant que " tout le monde veut rester ", nombreux sont ceux qui cherchent à partir. Des dizaines de collaborateurs ont déjà quitté les cabinets en affaires courantes. Entre ceux qui ont rejoint un ministre régional ou communautaire, les détachés qui ont retrouvé l'administration, et les quelques-uns qui ont trouvé de l'embauche dans le privé, " les cadres ne sont plus complets qu'à 65 à 70 % aujourd'hui ", estime un ministre pas encore sortant. Ces quelques dizaines de fidèles, eux aussi, pourraient se retrouver déçus de voir un nouveau gouvernement fédéral se former. Quatre ministres de moins, c'est quatre cabinets de moins. Et aucun de ceux qui y travaillent n'a de siège qui l'attend pour y ruminer sa frustration dans aucun parlement.