Le "quoi qu'il en coûte" à la française était-il un mal plus que nécessaire?
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Le "quoi qu'il en coûte" à la française était-il un mal plus que nécessaire? Même si le leitmotiv du président Emmanuel Macron n'a pas été exprimé de manière aussi explicite en Belgique où on a moins "arrosé" sans réfléchir que dans l'Hexagone, il était logique que soient adoptées des mesures de soutien très générales sans grandes possibilités de contrôle. Face à un événement d'une telle ampleur et aussi imprévisible que cette pandémie, il fallait sauver les meubles. Mais un accompagnement plus ciblé des aides n'aurait-il pas été plus indiqué à mesure que se prolongeait la crise? On aurait effectivement pu s'attendre, au cours des mois, à une analyse plus fine de la nature et du ciblage des mesures prises, au lieu d'espérer simplement une issue favorable à la crise. Jusqu'à cet été, selon moi, on a continué à accorder exagérément des aides au niveau macroéconomique. L'Etat avait les moyens de distinguer ce qui devenait, au fil du temps, plus superflu de ce qui restait impératif. Ce manque de sélectivité a-t-il été aussi une "prime à la tricherie"? S'il s'avère, quand viendra le moment de tirer le bilan de ce soutien financier massif, que des millions d'euros d'argent public ont été dépensés sans réelle nécessité et que certains secteurs sont sortis bénéficiaires de la crise alors que d'autres ont dû se serrer la ceinture, le constat pourrait cristalliser une frustration. Cela dit, il n'était même pas nécessaire de tricher pour profiter sans réelle justification de certaines aides accordées de manière non sélective. De nombreux Belges se sont retrouvés du jour au lendemain dans la peau d'"assistés" malgré eux. Cette expérience laissera-t-elle des traces dans les mentalités? Oui et non. Non, dans la mesure où les gens ne sont pas dupes et s'attendent à ce que cette période de distribution massive d'argent public touche à sa fin. Je ne pense pas qu'ils développeront pour autant une mentalité d'"assistés" au bout de plusieurs mois de prise en charge. Mais le fait qu'après des décennies de restriction budgétaire, des milliards se soient ainsi subitement mis à pleuvoir suscite une incompréhension en créant une certaine illusion de "l'argent facile". En France, avant même la crise sanitaire, lorsque le président Emmanuel Macron a été contraint d'ouvrir les vannes budgétaires face au mouvement protestataire des gilets jaunes, les Français se sont dit: "Ah, vous voyez qu'il est possible de débloquer des milliards quand on veut!" A présent, il va falloir expliquer que le "quoi qu'il en coûte, c'est arrière toute"... Oui et c'est là le seul véritable reproche que l'on peut adresser aux gouvernants qui ont été plutôt bons dans la gestion urgente: le déficit criant d'une communication d'équipe, ordonnée, qui a préparé les esprits à la nécessité d'un travail de recadrage une fois la sortie de crise amorcée. Car il est plus difficile de retirer que d'accorder un ballon d'oxygène. Je suis très pessimiste sur la capacité des gouvernements à produire un message rappelant que l'on ne peut lâcher la bride indéfiniment. La preuve par le gouvernement wallon qui décide d'indemniser les victimes des récentes inondations, qu'elles soient ou non assurées? Le "quoi qu'il en coûte" jouerait-il les prolongations? On peut y voir un effet d'emballement, comme si les pouvoirs publics semblaient avoir du mal à fermer le robinet aux milliards. A mon sens, c'est aller trop vite en besogne que de décider, au nom d'une nécessaire solidarité face aux grandes catastrophes naturelles, d'intervenir ainsi massivement en faveur des victimes, sans prendre le temps d'une analyse plus fine de l'opportunité de procéder à des dédommagements. Je partage l'avis qu'il y a là une prime à la déresponsabilisation.