Profond dilemme pour les organisateurs de cette déjà 10e édition de la Biennale de photographie de Liège : comment maintenir une identité reconnue (l'acronyme BIP) tout en changeant sa dénomination ? Exit en effet le pourtant évident " Biennale internationale de photographie " au profit du discutable et ambigu " Biennale de l'image possible ". La photographie aurait-elle mauvaise conscience, son authenticité serait-elle à regretter ? Sa dénomination serait-elle trop évidente au point de faire de l'ombre aux autres disciplines ?
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Profond dilemme pour les organisateurs de cette déjà 10e édition de la Biennale de photographie de Liège : comment maintenir une identité reconnue (l'acronyme BIP) tout en changeant sa dénomination ? Exit en effet le pourtant évident " Biennale internationale de photographie " au profit du discutable et ambigu " Biennale de l'image possible ". La photographie aurait-elle mauvaise conscience, son authenticité serait-elle à regretter ? Sa dénomination serait-elle trop évidente au point de faire de l'ombre aux autres disciplines ? Quoi qu'il en soit, la dimension défricheuse du festival liégeois n'est pas mise en question - l'absence de grandes têtes d'affiche est révélatrice à cet égard - et sa volonté d'accéder aux nouveaux territoires de l'image s'affirme une nouvelle fois. Une chose est sûre : nous ne sommes pas ici dans le domaine du documentaire, mais bien dans celui de la création ou de la réflexion. Il ne s'agit pas de mettre en cause l'ouverture d'un festival de photographie à d'autres disciplines (les Rencontres de la photographie d'Arles en sont, depuis deux ans, le meilleur exemple en France) puisqu'il y est aussi question de vidéos, de films, d'installations et de nouveaux médias - une hybridation rendue possible par le développement constant des nouvelles technologies et de la porosité ainsi induite entre les différents supports et techniques pratiqués. Sur le terrain pourtant, force est de constater que cette " perméabilité des frontières, des statuts et des genres " proclamée par les organisateurs, si elle se vérifie bien dans la pratique des créateurs et accessoirement dans l'absence d'une thématique rassembleuse pour cette édition, est quasi absente des lieux où se tiennent les rendez-vous. La photographie est, semble-t-il, encore loin de faire l'unanimité auprès des grandes institutions culturelles liégeoises ; elle est visiblement obligée de se cantonner dans des espaces périphériques ou épisodiquement dédiés aux expositions - exception faite des Chiroux ou des Drapiers (le nouveau musée de la Boverie, le Grand Curtius - à peine repris dans le Off - la Cité Miroir et même l'Espace 251 Nord sont étonnamment absents du programme). Le manège de la caserne Fonck est le centre névralgique du festival. Avant de proposer, début octobre, la première édition du Liège Photobook Festival, consacré à l'édition photographique indépendante (le livre restant un des supports privilégiés de la diffusion du travail des photographes), l'endroit accueille l'exposition de référence de la manifestation, intitulée, comme il se doit, L'Image possible. L'événement, qui se concentre sur cinq artistes, a pour ambition d'aborder un sujet difficile, soit les liens ou les ambiguïtés que l'on peut déceler entre l'absence et la présence visuelle, autrement dit ce qui différencie le visible et l'invisible. La Belge Sarah Vanagt y présente une installation inédite dans la foulée de son travail autour du microscope et de la lanterne magique, alors qu'Emmanuel Van der Auwera, artiste multidisciplinaire par excellence, propose une nouvelle version de ses énigmatiques Vidéos sculptures. Avec sa série Eden, née d'une résidence aux Etats-Unis, Sylvain Couzinet-Jacques joue avec l'imaginaire et la perception pour nous livrer une vision de l'Amérique de l'intérieur, à rebours de la tradition photographique du road movie. De la même façon, l'Irlandais Richard Mosse déconstruit les codes du reportage de guerre, notamment en République démocratique du Congo, en utilisant une pellicule à usage militaire révélant les infrarouges et rendant les paysages presque fantasmagoriques. C'est aussi sur des zones de turbulences que travaille le duo de cinéastes et artistes libanais Joana Hadjithomas et Khalil Joreige. Qualifiés d'archéologues narrateurs, ils élaborent des nouvelles modalités de narration, alliant le va-et-vient entre la vie et le fictif dans des installations impliquant la participation du spectateur. On sera plus circonspect pour Transcendent DIY (Do-It-Yourself), au Hangar B9, réalisée en collaboration avec le MADMusée. L'initiative revendique sa dimension d'art outsider en mettant en avant une pratique de la photographie basée sur le " bricolage " et le collage. Une démarche privilégiant l'image pauvre ou vernaculaire qui est dans l'air du temps. Parmi les autres propositions du programme officiel qui se déploie dans le centre-ville, on pointera le travail sur la mémoire de Stéphanie Roland (Saint-Luc), l'installation de Charley Case aux Chiroux (Oxyde du faire), Nagib Chtaïb et Laurent Gelisse (galerie Satellite), Charlotte Lagro (La Space) et la très attendue Edith Dekyndt (galerie Les Drapiers) après sa récente rétrospective au Wiels, à Bruxelles. Adepte de la contamination matérielle et spatio-temporelle, elle s'immisce dans les espaces des Drapiers pour une exposition inédite au caractère plus introspectif que jamais, avec un ensemble qui dévoile l'intimité et la substance organique d'objets et d'images jamais montrés auparavant au public. Un festival de ce type est souvent doublé de son off et c'est le cas également pour cette nouvelle édition. Il rassemble près de 26 lieux (!), qui ont tous adopté une programmation photographique de circonstance. Leur nombre est le reflet de l'extraordinaire dynamisme du secteur culturel liégeois, qu'il s'agisse d'espaces officiels, indépendants ou alternatifs. Dans la variété de cette programmation, on retiendra en particulier les expositions personnelles de Jean Janssis (Wattitude), Renaud Monfourny et ses portraits du Velvet Underground (Société libre d'émulation), Michel Beine (imprimerie Vervinckt), Georges Senga (galerie Uhoda), Jacky Lecouturier ainsi que les subtiles séries photographiques du Français Arnaud Lesage (Quai 14 Galerie). Biennale de l'image possible, à Liège : caserne Fonck et divers lieux, du 20 août au 16 octobre. www.bip-liège.org BIP. Off, à Liège, divers lieux à dates variables. www.bip-liege.org Liège Photobook Festival, caserne Fonck, samedi 8 et dimanche 9 octobre. www.liegephotobookfestival.bePAR BERNARD MARCELIS