Dans un livre au ton polémique (1), vous défendez l'interdiction du voile dans les écoles et aux guichets des administrations. Cela suscite des réactions très, très virulentes contre vous. Prévisible, tout ça ?

Geert van Istendael : Quand on écrit quelque chose d'un peu musclé, sans mâcher ses mots, il faut s'attendre à des réactions. Je ne suis pas surpris qu'une série de gens soient en désaccord avec moi. Mais je suis stupéfait par la malhonnêteté intellectuelle de mes détracteurs.
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Geert van Istendael : Quand on écrit quelque chose d'un peu musclé, sans mâcher ses mots, il faut s'attendre à des réactions. Je ne suis pas surpris qu'une série de gens soient en désaccord avec moi. Mais je suis stupéfait par la malhonnêteté intellectuelle de mes détracteurs. J'ai un roman à écrire. Et je perds mon temps à démentir des propos que je n'ai jamais tenus. Fouad Gandoul, un responsable de l'ACW (Mouvement ouvrier chrétien flamand), m'accuse d'avoir traité d'" idiotes " les filles musulmanes. Selon Jan Goossens, directeur du KVS ( NDLR : théâtre royal flamand), je voudrais que le voile " disparaisse " de Bruxelles. Où ai-je dit ça ? Et alors ? Cela ne me plaît pas de croiser autant de femmes voilées en rue. Peut-être que ma gueule ne leur plaît pas non plus. C'est possible. Faisons preuve de tolérance ! Ah, non ! Certainement pas. Je suis l'ennemi juré du Vlaams Belang. Et puis, je n'attaque pas l'islam, mais certaines tendances intégristes de l'islam. Oser émettre une remarque concernant l'islam, cela ferait le jeu du Vlaams Belang ? Alors, cela revient à interdire toute critique ! C'est bien ce que je crains. J'ai grandi dans une famille très catholique. Je devais aller communier tous les jours, et on me faisait croire que c'était mon propre choix. Je connais bien les mécanismes d'oppression des grandes religions. Je ne crois pas que les musulmanes portent volontairement le voile. De plus, le christianisme et l'islam cherchent sans cesse à convertir de nouveaux adeptes. Et ça, je ne supporte pas ! Oui, je suis anticlérical. Si on veut traduire ça par " islamophobe ", qu'on le fasse ! Mais qu'on ne vienne pas me dire, comme certains, que l'islamophobie est " la forme moderne du racisme anti-arabe ". Cela n'a rien à voir. Je crois, moi aussi, que ces femmes sont les plus faibles. Mais vis-à-vis de qui ? De leurs pères, leurs frères, leurs oncles, qui les forcent à porter le voile. Une violence sourde s'exerce au sein de certaines familles musulmanes. Il est évident que les hommes sont, eux aussi, des victimes. Pour en finir avec cette oppression, je ne vois qu'un moyen : supprimer le chômage, donner du travail à chacun. Un emploi, cela veut dire une dignité, des contacts avec les autres, une structuration du quotidien. Comme l'économie de marché est incapable de résoudre ce problème, il faudrait créer du travail artificiellement. Donc, en finir avec les dogmes du gouvernement fédéral et de la Commission européenne. Je ne suis pas devenu xénophobe. Cette accusation est ridicule. En réalité, c'est la société belge qui est xénophobe : à Bruxelles, le chômage touche surtout des jeunes immigrés masculins. C'est une profonde injustice à leur égard et un énorme gâchis. Entretien : François Brabant