"La Grèce n'aurait jamais dû être autorisée à entrer dans l'euro ! " Cette sentence est sortie de la bouche de la chancelière allemande, en août dernier, devant un millier de partisans de la CDU (Parti chrétien démocrate). Son ministre des Finances venait de confirmer qu'il faudrait un troisième plan d'aide pour soutenir Athènes. Angela Merkel, qui était encore en pleine campagne pour les élections fédérales, en a profité pour fustiger son prédécesseur Gerhard Schröder du SPD (social-démocrate), qui avait pris cette décision en 2000. La candidate ajoutait néanmoins : " La zone euro est un tel trésor que nous ne pouvons la remettre en cause. L'euro est plus qu'une monnaie. "
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"La Grèce n'aurait jamais dû être autorisée à entrer dans l'euro ! " Cette sentence est sortie de la bouche de la chancelière allemande, en août dernier, devant un millier de partisans de la CDU (Parti chrétien démocrate). Son ministre des Finances venait de confirmer qu'il faudrait un troisième plan d'aide pour soutenir Athènes. Angela Merkel, qui était encore en pleine campagne pour les élections fédérales, en a profité pour fustiger son prédécesseur Gerhard Schröder du SPD (social-démocrate), qui avait pris cette décision en 2000. La candidate ajoutait néanmoins : " La zone euro est un tel trésor que nous ne pouvons la remettre en cause. L'euro est plus qu'une monnaie. " Peu de temps auparavant, la chancelière sortante s'était dite incapable de chiffrer le montant du sauvetage de l'euro. Les médias allemands l'avaient critiquée pour ce mensonge. " Elle poursuit visiblement un but : garder le calme sur le front de l'euro ", écrivait le quotidien économique Handelsblatt. Les journaux ont alors sorti leurs calculettes. Résultat : les citoyens allemands ont déjà déboursé 86 milliards d'euros pour le sauvetage de l'eurozone. A cette somme, s'ajouteront 28 milliards d'ici à avril 2014 pour le Mécanisme européen de stabilité, le nouveau dispositif de gestion des crises financières. Soit en tout, 114 milliards d'euros en quatre ans. C'est deux fois plus que ce qu'aura payé la France qui ne compte que 20 % d'habitants de moins. Dans ce contexte, difficile d'asséner qu'Angela Merkel ne veut pas sauver la monnaie unique ni qu'elle ne fait pas tout ce qui est en son pouvoir pour y parvenir. Celle qui a souvent joué le rôle de " Madame non " au sein de l'Europe (non au sauvetage des pays en difficulté, non à la solidarité financière, non à l'assouplissement des règles budgétaires) est aussi celle qui est convaincue que " si l'euro échoue, c'est l'Europe qui échoue ". Elle le répète à l'envi. Reconnaissons que, jusqu'ici, même en ronchonnant, l'Allemagne a toujours mis la main au portefeuille. Celle qu'on désigne comme la femme la plus puissante de la planète est tributaire d'une réalité complexe à l'intérieur de ses frontières. Avant de venir négocier à Bruxelles, la chancelière doit trouver des compromis à tous les niveaux de pouvoir. Elle doit tenir compte du Bundestag (parlement fédéral), du Bundesrat (conseil des Länder) et du Bundesverfassungsgericht (tribunal constitutionnel) qui a été amené, à plusieurs reprises, à examiner des plaintes contre le sauvetage de l'euro. C'est un système complexe, mis en place par les alliés, après la Seconde Guerre mondiale, pour éviter que ne se prennent des décisions de manière trop précipitée. Rappelons également qu'Angela Merkel n'a pas obtenu la majorité absolue en septembre. Elle composera donc avec le SPD qui défend plus de solidarité entre Européens. Mais, dans son propre parti, des voix discordantes se font régulièrement entendre. Peu avant les élections, Kai Konrad, le conseiller en chef du ministre des Finances Wolfgang Schäuble (CDU), déclarait dans Die Welt : " L'euro n'est pas l'Europe. C'est l'Europe et non l'euro qu'il s'agit de sauver ! Il est vrai que, pour des raisons politiques, l'Allemagne n'est pas en position de sortir la première. Mais les autres pays membres pourraient l'y contraindre. C'est ce vers quoi nous allons. " Et d'ajouter plus loin : " L'Allemagne ne peut pas sauver la zone euro. Qui le croit se berce d'illusions. " La chancelière ne peut pas non plus occulter l'influence du nouveau parti anti-euro Alternative pour l'Allemagne (AfD), fondé en février par l'économiste Bernd Lucke, même si celui-ci n'a pas dépassé la barre des 5 % nécessaires pour entrer au Bundestag. L'AfD, surtout suivi par une élite grisonnante, pourrait bien être tenté désormais de mobiliser la jeunesse de plus en plus encline, selon les médias, à envisager la fin de l'euro. En entamant un troisième mandat, après avoir réalisé son meilleur score électoral depuis 15 ans (42 %), la reine du consensus ne devrait pas trop s'éloigner de ses habitudes de prudence. Contre la solidarité, elle continuera à exiger la rigueur budgétaire des autres membres de l'eurozone. Si son succès du 22 septembre est " une récompense pour son engagement permanent en faveur du sauvetage de la monnaie commune ", comme l'écrivait Handelsblatt, il est aussi le résultat d'une intransigeance voulue par la majorité des Allemands. Le SPD, qui, ces trois dernières années, a approuvé les plans de sauvetage de l'euro, devrait toutefois amener la chancelière à infléchir quelque peu sa politique d'austérité. D'autant que le débat sur la relance économique bat son plein en Europe. Dès sa nomination en juin, le nouveau président du Conseil italien, Enrico Letta, s'est précipité à Berlin pour plaider une pause dans l'austérité et une relance à l'échelle européenne. On sait que le président français François Hollande souhaite la même chose. Face à un axe franco-italien fort, avec le SPD comme allié et après l'éviction du Bundestag des libéraux fervents pourfendeurs de la relance en Europe, Merkel pourrait plier un peu. D'autant que l'Allemagne, troisième exportateur mondial, est aujourd'hui très critiquée par la Commission européenne et le Trésor américain pour ses excédents commerciaux. Obtenus grâce à une politique de bas salaires, ces excédents nuisent aux exportations des autres pays. L'Europe reproche aux Allemands d'épargner ces surplus plutôt que de les dépenser au profit notamment d'autres pays exportateurs. François Hollande est persuadé qu'Angela Merkel ne voudra pas terminer son dernier mandat à la tête d'une Allemagne isolée et mal aimée en Europe. De bon augure ? THIERRY DENOËL" Si l'euro échoue, c'est l'Europe qui échoue "