Compte tenu de l'âge d'Albert II (79 ans, ce 6 juin), une abdication est de plus en plus probable. Reste à voir si elle se produira avant ou après les élections du 25 mai 2014. Si de nouvelles règles doivent être fixées à l'égard de la monarchie, il vaudrait mieux qu'elles le soient avant. Elles pourraient ainsi entrer en vigueur à l'avènement du nouveau Roi. On éviterait que son siège soit bousculé pendant qu'il est assis dessus et que le débat concerne non pas la monarchie mais le monarque. Si Albert II abdiquait avant ou aussitôt après les élections de l'an prochain, il est donc trop tard aujourd'hui pour redéfinir son rôle : la campagne électorale est tellement imminente qu'elle viendrait troubler la sérénité nécessaire à un tel débat.
...

Compte tenu de l'âge d'Albert II (79 ans, ce 6 juin), une abdication est de plus en plus probable. Reste à voir si elle se produira avant ou après les élections du 25 mai 2014. Si de nouvelles règles doivent être fixées à l'égard de la monarchie, il vaudrait mieux qu'elles le soient avant. Elles pourraient ainsi entrer en vigueur à l'avènement du nouveau Roi. On éviterait que son siège soit bousculé pendant qu'il est assis dessus et que le débat concerne non pas la monarchie mais le monarque. Si Albert II abdiquait avant ou aussitôt après les élections de l'an prochain, il est donc trop tard aujourd'hui pour redéfinir son rôle : la campagne électorale est tellement imminente qu'elle viendrait troubler la sérénité nécessaire à un tel débat. Ces dernières années, les politiques ont omis de mener au Parlement un débat serein et approfondi sur le rôle politique de la monarchie. Dans les studios de télévision, bon nombre de déclarations musclées ont été faites, parfois visant même la personne du prochain Roi, le prince Philippe. Malgré toutes ces discussions, initiées souvent par l'un ou l'autre incident, le silence régnait là où le rôle politique du Roi peut réellement être modifié : au parlement ou au sein du gouvernement. Toute la classe politique porte à cet égard une grande responsabilité : elle clame la nécessité de revoir la monarchie mais n'ose pas entamer les négociations nécessaires. De fait, il y a toujours d'autres priorités à l'agenda politique. La vraie raison est que ce gouvernement, comme le précédent, n'ose pas entamer la discussion, par crainte du spectre de la dissension communautaire, dont le Roi serait l'enjeu. Les prétextes - " Nous ne pouvons pas modifier les articles concernés de la Constitution " - manquent de conviction. Ce gouvernement applique le " truc " de l'article 195, relatif à la procédure de modification des articles de la Constitution qui, avant la réforme de l'Etat en cours actuellement, ont été déclarés révisables, à l'exclusion des autres, dont ceux portant sur les pouvoirs royaux. Donc : la rue de la Loi manque de courage et demande au souverain octogénaire de rester sur le trône, parce que cela arrange les politiques. Peut-être la plupart estiment-ils qu'une adaptation n'est pas nécessaire. Où sont-ils donc, tous ces défenseurs du statu quo ? Pourquoi dès lors l'appel du changement résonne-t-il si fort dans le cénacle politique ? Certains articles obsolètes de la Constitution - comme " Le Roi nomme et révoque ses ministres " - ne doivent-ils pas être alignés sur la réalité ? Le texte de la Constitution ne doit-il pas donner une image fidèle du fonctionnement de notre res publica ? Même si une réforme en profondeur n'est pas nécessaire, la Constitution doit, en la matière, être adaptée à la réalité. Le problème est que pour de nombreuses personnes, l'enjeu réel du débat est non la monarchie mais la force de l'entité fédérale. Or les deux camps se trompent quant à l'impact de la monarchie sur ce lien. Le Roi ne peut empêcher ni défaire la régionalisation, il ne peut lutter contre les forces démocratiques qui déterminent ces courants. Il est déplacé de jeter la monarchie dans cette lutte. L'étreinte suffocante par laquelle certains politiques francophones étouffent la monarchie hypothèque tout autant, voire plus, la position politique du Roi que ne le font les attaques directes des nationalistes flamands. Pour de nombreuses personnes, en effet, le Roi ne semble ainsi pas pouvoir être celui des entités fédérées - lesquelles, dans un Etat fédéral, occupent une place équivalente au niveau fédéral. Il incombe à la classe politique de clarifier les attentes qu'elle nourrit à l'égard du Roi. Quel rôle doit-il jouer ? Donnez-lui une description claire de ses tâches afin qu'il sache ce qu'on attend de lui. Retrouvez la chronique de Thierry Fiorilli les lundis et mardis à 7 h 20 sur Bel-RTL Matin.