Pour faire partie des heureux propriétaires de ces lofts situés à Anderlecht, il fallait d'emblée posséder certaines qualités. D'abord, une bonne dose d'imagination pour commencer (le bâtiment était vendu dans un état de délabrement avancé et les futurs propriétaires devaient se représenter leur loft à partir de marquages au sol réalisés à la craie) ; de la patience ensuite : les travaux des communs ont duré deux ans et coûté quelque 3 millions d'euros.
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Pour faire partie des heureux propriétaires de ces lofts situés à Anderlecht, il fallait d'emblée posséder certaines qualités. D'abord, une bonne dose d'imagination pour commencer (le bâtiment était vendu dans un état de délabrement avancé et les futurs propriétaires devaient se représenter leur loft à partir de marquages au sol réalisés à la craie) ; de la patience ensuite : les travaux des communs ont duré deux ans et coûté quelque 3 millions d'euros. Outre la rénovation des " classiques ", tels le toit et l'électricité, une passerelle a été fixée sur la façade arrière afin d'assurer la circulation vers les appartements privatifs. Quant à la façade avant, deux fenêtres sur trois ont été découpées pour créer, dans chaque appartement, une terrasse couverte de quelque 10 mètres carrés. Les communs terminés, il restait les parties privatives. Ici, chacun y a été au gré de ses envies (finitions " casco "). Et si certains propriétaires ont opté pour un appartement classique, d' autres ont préféré la version " loft ". C'est notamment le cas de Fabrice Bay, antiquaire spécialisé dans le mobilier chinois et japonais ancien, ainsi que dans les objets tribaux. Dans son loft de 150 mètres carrés, il tenait à conserver une impression d'espace, tout en isolant un minimum les chambres et la salle de bains. Il a dès lors choisi d' arrêter les murs à environ un mètre du plafond d'origine, de manière à permettre au regard de s'égarer sur toute la superficie du lieu. Quant aux portes, seules celles vraiment indispensables (WC et placards) ont été posées. Le reste a été laissé ouvert. Cet amateur d'art a aussi tenu à cacher les techniques pour donner aux £uvres qui décorent l'espace toute l'importance qu'elles méritent. Et c'est l'éclectisme qui domine. Fabrice Bay préfère se laisser guider dans ses choix par le coup de c£ur plutôt que par les tendances plus ou moins imposées. Une toile de la peintre iranienne Nelly Keshavarz côtoie ainsi une échelle dogon (ethnie malienne) dans le hall d'entrée. Une lithographie numérotée de Dali s'expose dans la salle de bains, à proximité d'une £uvre réalisée par le père de son associé. Dans le salon, une Vespa bleu-vert trône non loin d'une statuette en bronze du Rajasthan représentant Shiva et Parvati et d'une table de salon en racine de teck. Plus loin, une pièce néolithique chinoise datant de 3050 av. J.-C., une tête khmère ou encore un £uvre moderne d'inspiration africaine reposant sur un meuble antique chinois dissimulant la télévision. Toutes ces pièces prennent vie sous un éclairage savamment étudié. Le loft a coûté 140 000 euros à l'état brut (casco) il y a sept ans. Le montant des travaux flirte avec les 100 000 euros. Jo Jacoby