Dans la rue, rien n'a changé. Pas de petits épargnants agglutinés devant les banques pour récupérer leurs économies ni de courtiers ruinés sautant par les fenêtres. Difficile de croire que nous vivons la pire crise financière depuis le krach de 1929. A chaque intervention de l'Etat américain, il nous semble même que la tempête est calmée. Mais qui en portera la responsabilité devant l'Histoire ?
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Dans la rue, rien n'a changé. Pas de petits épargnants agglutinés devant les banques pour récupérer leurs économies ni de courtiers ruinés sautant par les fenêtres. Difficile de croire que nous vivons la pire crise financière depuis le krach de 1929. A chaque intervention de l'Etat américain, il nous semble même que la tempête est calmée. Mais qui en portera la responsabilité devant l'Histoire ? Alan Greenspan, d'abord. L'ex-président de la Réserve fédérale a ouvert les vannes. En inondant les places de liquidités, l'homme " qui soufflait à l'oreille des marchés " a créé une bulle... immobilière. L'Etat américain. Des réglementations existent pour encadrer les pratiques financières, mais les autorités n'ont jamais vérifié qu'elles étaient bien appliquées. Ce n'était plus du laissez-faire, c'était du laisser-aller ! Les banquiers d'affaires. Leurs innovations, comme la titrisation des prêts hypothécaires consentis à des ménages non solvables, n'étaient pas de celles qui rendent l'économie plus forte. Plutôt de celles qui augmentent les bonus des dirigeants. Warren Buffett, le plus sage des milliardaires, ne qualifiait-il pas déjà, en 2003, les options, ventes à terme et autres produits dérivés d'" armes financières de destruction massive " ? Les agences de notation. Elles ont trompé les investisseurs en jugeant sans risque les produits à base de subprimes. Les assureurs, tel AIG. Comment des gens dont le rôle consiste à protéger leurs clients des catastrophes ont-ils pu acheter des produits auxquels ils ne comprenaient rien ? Les médias. Ils n'ont cessé d'applaudir aux exploits des génies de la finance au lieu de faire preuve du scepticisme que l'on était en droit d'attendre d'eux. Cette crise n'est guère différente, dans son mécanisme, des derniers krachs de moindre ampleur, comme ceux des valeurs Internet, de l'immobilier ou des caisses d'épargne américaines. Tous auraient pu être prévenus avec davantage de régulation, voire d'encadrement du crédit. En tirera-t-on les leçons, cette fois ? L'Etat américain, en injectant 700 milliards de dollars, va peut-être enrayer la crise financière. Mais il est déjà trop tard pour empêcher l'ouragan de se propager de Wall Street à Main Street, de la sphère financière à l'économie réelle. Christine Kerdellant