" Tout sportif suffisamment entraîné pour courir un marathon ne court aucun risque d'athérosclérose ", affirmait Thomas Bassler, médecin et coureur passionné en 1976. À l'époque, l'engouement pour la course atteint un sommet aux États-Unis et se propage aux autres continents. Les propos de Bassler sont pourtant rapidement démentis par le médecin sud-africain Tim Noakes, coureur acharné lui aussi, dans une publication faisant état de six décès parmi les marathoniens. Peu après, c'est au tour de Jim Fixx de passer l'arme à gauche, coureur connu et fondateur du fitness, ce qui sème encore davantage le doute.
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" Tout sportif suffisamment entraîné pour courir un marathon ne court aucun risque d'athérosclérose ", affirmait Thomas Bassler, médecin et coureur passionné en 1976. À l'époque, l'engouement pour la course atteint un sommet aux États-Unis et se propage aux autres continents. Les propos de Bassler sont pourtant rapidement démentis par le médecin sud-africain Tim Noakes, coureur acharné lui aussi, dans une publication faisant état de six décès parmi les marathoniens. Peu après, c'est au tour de Jim Fixx de passer l'arme à gauche, coureur connu et fondateur du fitness, ce qui sème encore davantage le doute. Dans les années qui ont suivi, il s'avère effectivement que l'exercice physique et le sport pratiqués avec modération contribuent à une longue vie en bonne santé. Les doutes subsistent cependant concernant les risques d'efforts intenses de longue durée pour le coeur et les vaisseaux. Il y a deux ans, des études ont révélé que les sportifs d'endurance montrent davantage de signes d'artériosclérose et d'autres troubles cardiaques que les autres sportifs (1,2). Les efforts intenses seraient-ils quand même plus dangereux que ce que nous pensions ? Le comité médical du Twin Cities Marathon aux États-Unis s'est rendu compte qu'il disposait d'une base de données unique, susceptible d'apporter des éclaircissements dans cette problématique : les coureurs qui ont participé à chaque marathon depuis la création de cet événement en 1982, le Charters Club (3). En 2006, ce club comptait encore 67 coureurs dont 50 se sont dit prêts à participer à une étude (4) : le plus jeune a 46 ans, le plus âgé 77 et ils ont couru un total de 3510 marathons (entre 27 et 171 par coureur). Ils ont commencé à 31 ans en moyenne et la carrière la plus longue s'étend sur 55 ans. Le plus mince a conservé un IMC de 20, mais plusieurs dépassent les 25 ; l'un culmine même à 33, avec un net surpoids. Beaucoup d'entre eux ont un " coeur sportif ", autrement dit bénéficient d'une adaptation cardiovasculaire à l'effort, et aucun ne présente de signe d'infarctus précoce. La plupart d'entre eux courent toute l'année entre 20 et 100 km par semaine. L'un a même débuté à l'âge de 7 ans, le dernier n'ayant commencé qu'à 48 ans. Une petite moitié pratiquait aussi l'entrainement de force et les deux tiers d'autres sports, dont le vélo, la natation, la marche, le trekking et le ski de fond. Deux courent des " ultrafonds " et un seul a participé à l'Ironman à Hawaii. Il s'agit donc d'un groupe de sportifs exceptionnellement actifs. L'étude de leur coeur et de leurs vaisseaux sanguins génère également un tableau exceptionnel. Neuf présentent quelques rétrécissements et plaques calcifiées, dont aucune n'est dangereuse. Chez douze coureurs, la situation est plus sérieuse, mais un seul présente un rétrécissement inquiétant de l'artère coronaire. Cet homme a d'ailleurs été immédiatement envoyé chez un spécialiste pour le placement d'un stent. Chez 38 coureurs, toutes les artères coronaires sont bien ouvertes, sans signe significatif de détérioration. Les coureurs de ce groupe sont plus jeunes que la moyenne et ont commencé à courir plus jeunes. De plus, ils mènent une vie plus saine : ils ne fument pas, conservent un poids modéré, consomment peu d'alcool et s'alimentent sainement. Chez les hommes présentant le plus de plaques, le tableau est tout différent. Ils ont commencé à courir plus tard, probablement dans l'espoir de compenser un mode de vie peu sain : tabagisme, surpoids, abus d'alcool et mauvaises habitudes alimentaires. Malheureusement pour eux, cela n'a pas donné les résultats escomptés. Quel que soit le nombre de kilomètres courus, l'état de leur coeur et de leurs artères ne s'est pas amélioré. " On ne peut pas échapper à son passé, conclut William Roberts, chef du comité médical du Twin Cities Marathon. L'impact de mauvaises habitudes sur le coeur et les vaisseaux se répercute pour le restant de ses jours. " En revanche, des habitudes de vie saine et beaucoup d'exercice physique peuvent maintenir le coeur et les vaisseaux en bonne santé tout au long de la vie. Mieux encore : selon cette étude, courir beaucoup ne contribue pas à l'athérosclérose. Les sportifs qui ont un coeur en bonne santé peuvent sans problème courir des marathons toute leur vie. Mais attention : un examen approfondi des risques cardiovasculaires éventuels par un médecin (sportif) s'impose pour ceux qui ont négligé leur santé un certain temps. La pratique sportive est excellente pour la santé mais elle n'immunise pas contre les affections cardiovasculaires. Gardez bien cela à l'esprit.