Au milieu des années 1990, l'affaire Smap avait fait grand bruit. De cette affaire - dont la Smap était finalement sortie financièrement enrichie -, il avait entre autres été conclu qu'il ne pouvait désormais plus être question de concentrer autant de pouvoirs entre les mains du seul directeur général, à l'époque Léon Lewalle. La société n'avait alors pas fait dans la dentelle : d'un directeur général omnipotent, place à un quatuor pour présider aux destinées des quatre caisses d'assurances mutuelles [vie, droit commun, incendie(1), accidents du travail(2)] composant l'entité. Deux décisions de ce quatuor ont profondément modifié la donne et peuvent expliquer, au moins pour partie, l'origine des récents déboires de l'assureur public liégeois. La Smap allait s'ouvrir à tout un chacun et, dans la foulée, la branche vie, génératrice s'il en est de capitaux a priori à long terme, serait dynamisée.
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Au milieu des années 1990, l'affaire Smap avait fait grand bruit. De cette affaire - dont la Smap était finalement sortie financièrement enrichie -, il avait entre autres été conclu qu'il ne pouvait désormais plus être question de concentrer autant de pouvoirs entre les mains du seul directeur général, à l'époque Léon Lewalle. La société n'avait alors pas fait dans la dentelle : d'un directeur général omnipotent, place à un quatuor pour présider aux destinées des quatre caisses d'assurances mutuelles [vie, droit commun, incendie(1), accidents du travail(2)] composant l'entité. Deux décisions de ce quatuor ont profondément modifié la donne et peuvent expliquer, au moins pour partie, l'origine des récents déboires de l'assureur public liégeois. La Smap allait s'ouvrir à tout un chacun et, dans la foulée, la branche vie, génératrice s'il en est de capitaux a priori à long terme, serait dynamisée. Grâce à son rendement alléchant et à ses frais de gestion des plus réduits, le " compte First " a vraiment été le vecteur de l'exceptionnel succès commercial de la " caisse vie " de la Smap (NDLR : rebaptisée par la suite Ethias-Vie ). Ce produit a séduit une frange importante des épargnants qui voyaient en lui davantage une sorte de livret d'épargne qu'une assurance-vie proprement dite. Il n'empêche, sous l'angle technique, c'est pourtant bien d'une assurance-vie qu'il s'agit, avec à la clé, l'obligation pour la compagnie de provisionner à due concurrence des capitaux au passif bilantaire et, en contrepartie, de gérer à bon escient des actifs pour faire face aux engagements futurs. Entre 1995 et 2007, tous produits confondus, le chiffre d'affaires annuel d'Ethias-Vie est passé de 684 millions à 2,6 milliards d'euros. Quant aux provisions techniques figurant au passif de cette même caisse, ils dépassaient allègrement les 16 milliards d'euros au 31 décembre 2007. Ethias pouvait donc jouer dans la cour des grands. Parmi les nombreux actifs détenus par Ethias-Vie, la participation au capital de Dexia représentait un poids suffisamment significatif pour exposer l'assureur liégeois à un risque trop longtemps jugé seulement théorique. Dans les faits, la dégringolade du cours de Dexia a littéralement plombé les comptes d'Ethias (essentiellement ceux de sa " caisse vie ") et a par conséquent contribué à précipiter sa véritable descente aux enfers. Notre confrère Trends-Tendances avait à l'époque révélé que chaque fois que le cours de Bourse de Dexia baissait de 1 euro, cela représentait pour Ethias une perte théorique de 75 millions d'euros. Comme si cela ne suffisait pas, le 6 octobre dernier, Ethias avait encore remis la main au portefeuille pour apporter sa contribution au renflouement de la banque belgo-française en souscrivant à un paquet d'actions nouvelles émises à 9,90 euros/pièce. Depuis lors, le cours de Dexia a encore dévissé - il a même été divisé par trois depuis lors -, aggravant encore plus les difficultés de l'assureur liégeois. A tout cela s'est ajoutée l'exposition d'Ethias à la faillite de Lehman Brothers (212 millions d'euros pour son propre compte et 92 millions en branche 23 pour lesquels Ethias s'était finalement porté garant vis-à-vis de ses clients) et la dépréciation d'autres actifs financiers en raison de la crise financière mondiale. Des rumeurs alarmistes ont alors commencé à circuler et des couacs de communication n'ont malheureusement rien arrangé, bien au contraire. Le doute était désormais bel et bien installé dans l'esprit de la clientèle et le scénario catastrophe commençait à se réaliser : les clients se firent toujours plus nombreux à retirer leurs avoirs de leur compte First ! A une difficulté de rentabilité et de solvabilité s'ajoutait donc un problème de liquidité. Le 3 octobre 2008, les caisses " droit commun " et " accidents du travail " d'Ethias portent sur les fonts baptismaux Ethias Finance S.A. Cette société au capital de 25 millions d'euros a pour objet " le financement d'entreprises d'assurances et d'établissements de crédit sous quelque forme et par quelque moyen que ce soit ". Si le soutien à la caisse " vie " était aisément imaginable, cette structure a finalement servi de réceptacle au milliard et demi d'euros promis par l'Etat fédéral, la Région wallonne et la Région flamande pour sauver le groupe Ethias de la débâcle. Ce renflouement ne s'est pas fait sans contreparties. C'en était fini, au passage, de la structure mutualiste et des " caisses ". Place à une compagnie " classique " qui, au bout du processus de réorganisation, serait chapeautée par Ethias Finance. Des différents documents que Le Vif/L'Express a en sa possession, il ressort que Nateus SA - filiale d'Ethias travaillant avec le réseau des courtiers et, surtout, disposant de tous les agréments ad hoc de la CBFA - a été l'élément central de la réorganisation du groupe. Concrètement, Nateus SA - opportunément rebaptisée Ethias SA - a été en date du 9 février 2009 le réceptacle des apports en nature opérés par les caisses " droit commun " et " vie " et ce, via une première augmentation de capital par apports en nature à hauteur de 474899900 euros (pour l'apport de l'universalité des biens issus de la caisse " droit commun ") et une seconde de...100 euros (pour l'apport de l'universalité des biens de la caisse " vie "). Cette valorisation pour un montant ridicule de 100 euros est en tout cas le signe tangible des difficultés inextricables dans lesquelles Ethias Vie se trouvait alors... Prudent, le collège de réviseurs chargé de l'évaluation de l'apport en nature (Ernst & Young et PWC) précisait en tout cas dans son rapport que, " eu égard à la dégradation des marchés financiers, il n'a pas été possible de déterminer aujourd'hui (NDLR : le 30 janvier 2009 ) dans quelle mesure le montant de 1,5 milliard d'euros, qui sera apporté par Ethias Finance SA, sera suffisant pour garantir la continuité d'exploitation d'Ethias SA et satisfaire aux exigences prudentielles en matière de marge de solvabilité et de couverture des provisions et dettes techniques ". Les discours rassurants du politique et de la direction n'étaient donc visiblement pas partagés par ces professionnels du chiffre... Dans quelques jours, Ethias fêtera ses 90 ans. Et même si le nouveau management d'Ethias s'attache à restaurer la confiance, l'ambiance n'est pas vraiment à la fête au sein du personnel. Il faut dire qu'entre-temps McKinsey est passé par là, avec son lot de mesures de compression des coûts... (1) La caisse " Incendie " a été l'objet d'une fusion/absorption par la caisse " droit commun " au cours du premier semestre 2008. (2) La caisse " accidents du travail " a été l'objet d'une fusion/absorption par la caisse " droit commun " au début de l'année 2009. Jean-Marc Damry