"On a une journée par an où on peut vraiment publiquement attirer l'attention des médias et des politiques sur les discriminations et violences dont sont victimes les personnes LGBTQI+" se réjouit Tom Devroye, coordinateur d'Arc-en-ciel Wallonie. Pour lui, le 17 mai est la journée la plus importante de l'année. Le 17 mai 1990 marque le retrait de l'homosexualité de la liste des maladies mentales de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Depuis, la date est devenue un rendez-vous annuel pour mettre en lumière la lutte, les avancées et les défis de la communauté LGBTQI (lesbiennes, gays, bisexuels/bisexuelles, transgenres/queers/intersexes). Tom Devroye précise qu'"il ne faut pas oublier que c'est un jour sur 365, et que le reste de l'année la réalité est la même".

Trop peu de chiffres représentatifs

Les discriminations et les violences sont présentes dans les foyers, dans la rue, mais aussi au sein des institutions publiques et privées.

En 2020, Unia a enregistré pas moins de 406 signalements de discrimination sur base de l'orientation sexuelle. Mais chaque signalement ne fait pas l'objet d'un dossier : l'Unia a ouvert 109 l'année passée sur base du critère de l'orientation sexuelle. C'est 18 % de moins qu'en 2019, année record avec 133 dossiers d'ouverts. Sur ces 133, 35 concernaient des personnes homosexuelles discriminées ou harcelées sur leur lieu de travail.

Une enquête citée par l'Unesco ajoute que plus de la moitié des jeunes LGBTI en Europe ont été confrontés à des intimidations à l'école en raison de leur orientation sexuelle. "Cinquante-quatre pour cent des personnes LGBTQI ont été victimes d'intimidation à l'école au moins une fois en raison de leur orientation sexuelle, de leur identité de genre, de leur expression de genre ou des variations de leurs caractéristiques sexuelles", selon l'enquête en ligne menée en 2019 auprès de plus de 17.000 jeunes de 13 à 24 ans par Iglyo, une organisation de jeunesse et d'étudiants LGBTQI (lesbienne, gay, bi, trans, queer, intersexuel). Peu importe le lieu, ces discriminations et violences ne sont pas toujours rapportées et dénoncées par les victimes et restent invisibles, dans tous les sens du terme.

Même si elles existent, les données chiffrées et les enquêtes sur les violences faites envers les personnes LGBTQI+ sont rares. "Les chiffres officiels représentent une toute petite partie de la réalité, ils ne sont pas du tout représentatifs" regrette Ton Devroye. Certaines personnes subissent toutes sortes de violences au sein de leur famille, de leur travail, à l'école, sur les réseaux sociaux ou dans la rue, mais ne vont pas nécessairement porter plainte ou en parler. Le recours à la justice ou aux associations n'est pas un réflexe pour tous.

Un manque de soutien législatif

Ce sont des situations difficiles à poursuivre juridiquement, et c'est un peu décourageant pour nous

En ligne ou oralement, la haine et la violence verbale n'épargnent pas les personnes LGBTQI+. Les violences homophobes les plus souvent rapportées concernent les agressions verbales dans l'espace public, donc les insultes, qui ne sont pas considérées comme un crime lorsqu'elles sont prononcées à l'encontre de citoyens ordinaires, indique l'Unia dans son rapport communiqué de presse à l'occasion de la journée internationale de lutte contre l'homophobie, la biphobie et la transphobie. Pour le coordinateur, un des problèmes majeurs est la difficulté de poursuivre judiciairement les discriminations, pire encore si elles sont réalisées en ligne.

Pour qu'une plainte puisse être déposée auprès de la police, de Unia ou de l'Institut pour l'Égalité des femmes et des hommes, il faut qu'elle réponde à plusieurs conditions bien précises. Par exemple, une incitation à la haine explicite. "Si quelqu'un écrit "ta gueule sale pédé", ce n'est pas considéré comme une incitation à la haine, car il ne dit pas clairement "je suis pour que l'on pende toutes les lesbiennes sur la place Saint-Lambert à Liège" illustre Tom Devroye.

Le virus des inégalités

Même sans chiffres officiels, le constat est clair pour Arc-en-ciel Wallonie : le coronavirus a aggravé la situation des personnes déjà précarisées ou victimes de violences. Les maisons arc-en-ciel n'ont pas fermé, mais les rendez-vous se sont faits à distance et les activités en groupes ont été annulées. "L'impact du coronavirus sur les personnes déjà en précarité a été indéniable" précise le coordinateur. Il prend l'exemple des personnes esseulées qui trouvaient un soutien psychologique lors des activités organisées au niveau local et qui n'ont plus eu accès à ces ressources. Même chose pour "les jeunes se sont retrouvés confinés avec leurs parents homophobes". Dans son rapport "Les droits humains mis à l'épreuve", l'Unia constate une augmentation de 32 % du nombre de signalements pour l'année 2020 par rapport à 2019. "Parmi les signalements reçus de février à août 2020, 29,4 % sont liés au Covid" s'inquiète le rapport.

Travailler avec la police

Aujourd'hui, l'objectif d'Arc-en-ciel est de mettre en place une lutte transversale. À un niveau législatif, social et institutionnel. "Pourquoi certaines personnes n'osent pas aller porter plainte ? Pourquoi certaines ne sont pas entendues ? Pourquoi certains faits ne sont pas poursuivis ?" dénonce Tom Devroye en pointant du doigt le rôle des institutions de police. Le manque de suivi des victimes ou le fait de voir son dossier classé sans suite peut représenter une violence supplémentaire pour les victimes de discrimination et de violence et être vécu comme un déni de la part de l'institution. "Deux logiques semblent se heurter dans la relation policier-victime qui dépose plainte : le policier agit, questionne pour répondre à des impératifs d'efficacité policière, de qualification juridique et de rapidité (aller rapidement sur place pour trouver l'auteur, identifier rapidement les témoins, etc.). La victime, quant à elle, éprouve le besoin d'être reconnue dans la violence émotionnelle qu'elle a subie" indique l'Unia dans son rapport sur les législations antidiscrimination et le classement sans suite. Pour pallier ce manque et cette violence psychologique, Tom Devroye espère voir un jour se développer des formations plus poussées afin de guider les policiers et policières chargées de recevoir ces plaintes.

Des avancées partielles

Tom Devroye reste positif. D'un point de vue global, le contexte a évolué et la situation de 2021 n'est pas celle des années 1980. Mais il insiste sur l'importance d'"aller plus loin, plus précisément". Les discriminations et violences ne sont pas les mêmes selon les profils. Le vécu dépend de la situation socioprofessionnelle, de la religion, de la couleur de peau. "On ne peut pas dire tout va bien ou tout va mal, car au sein de nos communautés, il y a un ensemble de personnes très différentes qui vont subir un ensemble de discriminations distinctes" insiste le coordinateur.

Anaelle Lucina.

"On a une journée par an où on peut vraiment publiquement attirer l'attention des médias et des politiques sur les discriminations et violences dont sont victimes les personnes LGBTQI+" se réjouit Tom Devroye, coordinateur d'Arc-en-ciel Wallonie. Pour lui, le 17 mai est la journée la plus importante de l'année. Le 17 mai 1990 marque le retrait de l'homosexualité de la liste des maladies mentales de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Depuis, la date est devenue un rendez-vous annuel pour mettre en lumière la lutte, les avancées et les défis de la communauté LGBTQI (lesbiennes, gays, bisexuels/bisexuelles, transgenres/queers/intersexes). Tom Devroye précise qu'"il ne faut pas oublier que c'est un jour sur 365, et que le reste de l'année la réalité est la même".Trop peu de chiffres représentatifsLes discriminations et les violences sont présentes dans les foyers, dans la rue, mais aussi au sein des institutions publiques et privées. En 2020, Unia a enregistré pas moins de 406 signalements de discrimination sur base de l'orientation sexuelle. Mais chaque signalement ne fait pas l'objet d'un dossier : l'Unia a ouvert 109 l'année passée sur base du critère de l'orientation sexuelle. C'est 18 % de moins qu'en 2019, année record avec 133 dossiers d'ouverts. Sur ces 133, 35 concernaient des personnes homosexuelles discriminées ou harcelées sur leur lieu de travail. Une enquête citée par l'Unesco ajoute que plus de la moitié des jeunes LGBTI en Europe ont été confrontés à des intimidations à l'école en raison de leur orientation sexuelle. "Cinquante-quatre pour cent des personnes LGBTQI ont été victimes d'intimidation à l'école au moins une fois en raison de leur orientation sexuelle, de leur identité de genre, de leur expression de genre ou des variations de leurs caractéristiques sexuelles", selon l'enquête en ligne menée en 2019 auprès de plus de 17.000 jeunes de 13 à 24 ans par Iglyo, une organisation de jeunesse et d'étudiants LGBTQI (lesbienne, gay, bi, trans, queer, intersexuel). Peu importe le lieu, ces discriminations et violences ne sont pas toujours rapportées et dénoncées par les victimes et restent invisibles, dans tous les sens du terme. Même si elles existent, les données chiffrées et les enquêtes sur les violences faites envers les personnes LGBTQI+ sont rares. "Les chiffres officiels représentent une toute petite partie de la réalité, ils ne sont pas du tout représentatifs" regrette Ton Devroye. Certaines personnes subissent toutes sortes de violences au sein de leur famille, de leur travail, à l'école, sur les réseaux sociaux ou dans la rue, mais ne vont pas nécessairement porter plainte ou en parler. Le recours à la justice ou aux associations n'est pas un réflexe pour tous.Un manque de soutien législatifEn ligne ou oralement, la haine et la violence verbale n'épargnent pas les personnes LGBTQI+. Les violences homophobes les plus souvent rapportées concernent les agressions verbales dans l'espace public, donc les insultes, qui ne sont pas considérées comme un crime lorsqu'elles sont prononcées à l'encontre de citoyens ordinaires, indique l'Unia dans son rapport communiqué de presse à l'occasion de la journée internationale de lutte contre l'homophobie, la biphobie et la transphobie. Pour le coordinateur, un des problèmes majeurs est la difficulté de poursuivre judiciairement les discriminations, pire encore si elles sont réalisées en ligne. Pour qu'une plainte puisse être déposée auprès de la police, de Unia ou de l'Institut pour l'Égalité des femmes et des hommes, il faut qu'elle réponde à plusieurs conditions bien précises. Par exemple, une incitation à la haine explicite. "Si quelqu'un écrit "ta gueule sale pédé", ce n'est pas considéré comme une incitation à la haine, car il ne dit pas clairement "je suis pour que l'on pende toutes les lesbiennes sur la place Saint-Lambert à Liège" illustre Tom Devroye.Le virus des inégalitésMême sans chiffres officiels, le constat est clair pour Arc-en-ciel Wallonie : le coronavirus a aggravé la situation des personnes déjà précarisées ou victimes de violences. Les maisons arc-en-ciel n'ont pas fermé, mais les rendez-vous se sont faits à distance et les activités en groupes ont été annulées. "L'impact du coronavirus sur les personnes déjà en précarité a été indéniable" précise le coordinateur. Il prend l'exemple des personnes esseulées qui trouvaient un soutien psychologique lors des activités organisées au niveau local et qui n'ont plus eu accès à ces ressources. Même chose pour "les jeunes se sont retrouvés confinés avec leurs parents homophobes". Dans son rapport "Les droits humains mis à l'épreuve", l'Unia constate une augmentation de 32 % du nombre de signalements pour l'année 2020 par rapport à 2019. "Parmi les signalements reçus de février à août 2020, 29,4 % sont liés au Covid" s'inquiète le rapport.Travailler avec la policeAujourd'hui, l'objectif d'Arc-en-ciel est de mettre en place une lutte transversale. À un niveau législatif, social et institutionnel. "Pourquoi certaines personnes n'osent pas aller porter plainte ? Pourquoi certaines ne sont pas entendues ? Pourquoi certains faits ne sont pas poursuivis ?" dénonce Tom Devroye en pointant du doigt le rôle des institutions de police. Le manque de suivi des victimes ou le fait de voir son dossier classé sans suite peut représenter une violence supplémentaire pour les victimes de discrimination et de violence et être vécu comme un déni de la part de l'institution. "Deux logiques semblent se heurter dans la relation policier-victime qui dépose plainte : le policier agit, questionne pour répondre à des impératifs d'efficacité policière, de qualification juridique et de rapidité (aller rapidement sur place pour trouver l'auteur, identifier rapidement les témoins, etc.). La victime, quant à elle, éprouve le besoin d'être reconnue dans la violence émotionnelle qu'elle a subie" indique l'Unia dans son rapport sur les législations antidiscrimination et le classement sans suite. Pour pallier ce manque et cette violence psychologique, Tom Devroye espère voir un jour se développer des formations plus poussées afin de guider les policiers et policières chargées de recevoir ces plaintes. Des avancées partiellesTom Devroye reste positif. D'un point de vue global, le contexte a évolué et la situation de 2021 n'est pas celle des années 1980. Mais il insiste sur l'importance d'"aller plus loin, plus précisément". Les discriminations et violences ne sont pas les mêmes selon les profils. Le vécu dépend de la situation socioprofessionnelle, de la religion, de la couleur de peau. "On ne peut pas dire tout va bien ou tout va mal, car au sein de nos communautés, il y a un ensemble de personnes très différentes qui vont subir un ensemble de discriminations distinctes" insiste le coordinateur.Anaelle Lucina.