La fermeté et l'humanité sont officiellement, comme en Belgique, les deux lignes directrices de la politique d'accueil des migrants du président français Emmanuel Macron. Parce qu'il n'a vu sur le terrain que la première qui s'est souvent transformée en brutalité policière et administrative, l'écrivain, réalisateur et chroniqueur Yann Moix est devenu le principal pourfendeur du gouvernement français sur cette question. A travers un documentaire, Re-Calais, et une lettre ouverte au président de la République couchée dans un livre intitulé Dehors (1), il espère donner de la visibilité à l'invisibilité dans laquelle l'Etat veut maintenir les exilés. Et quand on lui demande si la violence avec laquelle il dézingue Emmanuel Macron, le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb et le Premier ministre Edouard Philippe ne dessert pas son combat, il conteste et se revendique de la tradition pamphlétaire française des Voltaire, Zola, André Gide, Léon Bloy et André Suarès... Rencontre.
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La fermeté et l'humanité sont officiellement, comme en Belgique, les deux lignes directrices de la politique d'accueil des migrants du président français Emmanuel Macron. Parce qu'il n'a vu sur le terrain que la première qui s'est souvent transformée en brutalité policière et administrative, l'écrivain, réalisateur et chroniqueur Yann Moix est devenu le principal pourfendeur du gouvernement français sur cette question. A travers un documentaire, Re-Calais, et une lettre ouverte au président de la République couchée dans un livre intitulé Dehors (1), il espère donner de la visibilité à l'invisibilité dans laquelle l'Etat veut maintenir les exilés. Et quand on lui demande si la violence avec laquelle il dézingue Emmanuel Macron, le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb et le Premier ministre Edouard Philippe ne dessert pas son combat, il conteste et se revendique de la tradition pamphlétaire française des Voltaire, Zola, André Gide, Léon Bloy et André Suarès... Rencontre. Dans Dehors, vous êtes sévère à l'égard de la politique d'Emmanuel Macron... Moi, je suis sévère ? Je ne suis pas sévère. Mon jugement est au prorata de la cruauté du terrain. C'est la réalité qui est sévère. Et quoi encore... ? Est-on sévère quand on décrit ce qui se passe en France, et en Belgique aussi d'ailleurs ? Les exilés, on les empêche de dormir ; on les empêche de se nourrir ; on détruit leurs campements. Vous vous posez la question de savoir si une partie de la population française - ce qui vaut aussi pour la population européenne - est " nécrosée par l'indifférence ". Quelle est votre réponse ? On exagère intuitivement le nombre et le danger de l'étranger pour le rendre responsable. C'est toujours la même histoire. Il faut un responsable à sa propre médiocrité, à son propre vide. Et l'étranger remplit ce vide. Quand on analyse les présidences de Nicolas Sarkozy et de François Hollande sur la politique migratoire, peut-on dire qu'Emmanuel Macron assure une forme de continuité ? Je ne suis pas tout à fait d'accord. Les violences depuis la présidence Macron sont supérieures à ce qu'elles étaient sous ses deux prédécesseurs. En plus, il est beaucoup plus hypocrite qu'eux puisque dans un discours à la Sorbonne, le 26 septembre 2017, il avait expliqué qu'il serait la voix des oubliés et des exilés. Il n'en est pas la voix ; il en est simplement la matraque. Emmanuel Macron se targue en général d'appliquer ce qu'il avait promis. Dans ce domaine, pour vous, c'est l'inverse ? Dans ce domaine-là, il nous a tous pris pour des imbéciles. Comme son problème est de se croire plus intelligent que tout le monde, il est normal qu'il nous prenne régulièrement pour des imbéciles. La question migratoire n'est-elle pas par excellence une question qui doit être réglée au plan européen ? La plus grande faillite n'est-elle pas là ? Oui. Mais on peut se demander alors pourquoi la France fait de la rétention d'exilés pour complaire à Londres puisque le Royaume-Uni n'est pas partie aux accords de Schengen et bientôt plus à l'Union européenne. Si le problème se situe à l'échelon européen, pourquoi ne laisse-t-on pas les exilés aller là où ils le veulent, c'est-à-dire en Angleterre ? Donc, ce n'est pas seulement un problème au plan européen. C'est aussi une question d'échéance électorale. Celui qui humilie l'étranger est quasiment sûr d'être réélu. Et comme Monsieur Macron n'est obsédé que par sa réélection en 2022, il est normal qu'il ait décidé qu'il allait montrer ses biceps et faire tout ce qu'il peut pour " éradiquer la racaille ". Faut-il remettre en cause le règlement de Dublin, qui impose au candidat réfugié de déposer sa demande d'asile dans le premier pays européen qu'il a foulé ? Oui. C'est complètement absurde. La géographie parle d'elle-même. On arrive en Europe par deux ou trois portes, la Grèce, l'Italie, la Hongrie et l'Autriche... Cela signifie que ces pays-là devraient supporter tout le poids des arrivants ? Si on parque tous les migrants en Grèce et en Italie, vous avez vu ce que cela donne : une dynamique à l'extrême droite. Le système de Dublin est une crétinerie. Comprenez-vous l'exaspération d'une partie de la population italienne qui s'est traduite dans les urnes par une montée des partis antieuropéens ? Le rejet de l'étranger, je ne le comprends pas. Mais j'arrive à comprendre les mécanismes qui y mènent. Que des exilés débarquent massivement au même endroit explique que des citoyens en viennent à haïr le nouvel arrivant. Il est normal que les extrêmes progressent dans une région où s'installe chez les citoyens l'impression, sans doute fausse, que le paysage sera durablement défiguré. Diluer ces populations à l'intérieur de toute l'Europe est évidemment préférable. Il faut donc abandonner le règlement de Dublin parce qu'il est absurde de fabriquer une trop grande concentration de nouveaux arrivants au même endroit. Que vous inspire l'histoire de Mamadou Gassama, ce jeune Malien auteur d'un exploit pour sauver un enfant accroché au balcon d'un immeuble à Paris et remercié par une accession à la nationalité française ? C'est lamentable. Si un exilé - parce que tous ne sont pas des saints - commet un acte négatif, une agression, cela rejaillit négativement sur tous ses pairs. Si un exilé réalise un acte positif, il est présenté dans sa singularité de héros. On oscille entre le surhomme qui a le droit d'être français et le sous-homme qui a le droit d'être dehors. Comment expliquez-vous le silence des intellectuels sur la question des migrants en France ? Ne vous sentez-vous pas isolé ? Je suis tout seul et j'en suis très étonné. Comment expliquer le silence des intellectuels ? La première raison est qu'ils ont peur d'Emmanuel Macron. Ils sont tétanisés et craignent des représailles. Macron sème la terreur. La deuxième raison est que tout le monde s'en fiche. La France est un pays où les intellectuels se mobilisent pour trouver une sépulture à Michel Déon ( NDLR : écrivain décédé en 2016 au centre d'une polémique avec la mairie de Paris à propos de son inhumation) mais ils sont incapables de se mobiliser parce qu'un jeune Malien risque de mourir sur le trottoir à la porte de la Chapelle ( NDLR : lieu de rassemblement de migrants à Paris). Mettons-nous dans la tête que ces arrivées de jeunes peuvent constituer une extraordinaire chance pour la France et l'Europe. Pourquoi toujours voir les choses de façon négative ? Pourquoi ne pas changer notre logiciel ? Sans quoi, on va le payer très très cher, parce qu'on assiste juste au début du début d'un phénomène qui va habiter le xxie siècle comme on en a rarement vu. Le problème est que tous les dirigeants raisonnent avec un logiciel du xxe siècle.