Au Chili, les manifestations ont commencé le 18 octobre, suite à l'augmentation du ticket de métro dans la capitale Santiago. Malgré un retour en arrière sur la taxe, la grogne et les violences continuent pour réclamer plus de justice sociale dans un pays où les inégalités sont très importantes. Dix-huit personnes sont mortes, 20.000 militaires ont été déployés dans les rues et une grève générale a été entamée.
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Au Chili, les manifestations ont commencé le 18 octobre, suite à l'augmentation du ticket de métro dans la capitale Santiago. Malgré un retour en arrière sur la taxe, la grogne et les violences continuent pour réclamer plus de justice sociale dans un pays où les inégalités sont très importantes. Dix-huit personnes sont mortes, 20.000 militaires ont été déployés dans les rues et une grève générale a été entamée. En Haïti, des manifestations violentes durent depuis deux mois pour réclamer la démission du président Joyenel Moïse. Lancée fin août après une longue pénurie de carburants dans le pays, la mobilisation populaire s'est amplifiée ces derniers jours avec l'entrée des acteurs culturels et religieux dans le concert des contestataires. Un mouvement de contestation secoue l'Algérie depuis huit mois. Après avoir contraint le président Abdelaziz Bouteflika à démissionner après 20 ans à la tête du pays, le mouvement de contestation Hirak réclame désormais le démantèlement du "système" au pouvoir au profit d'institutions de transition. Le Liban est entré dans sa deuxième semaine d'un soulèvement populaire sans précédent contre la classe politique, et les manifestants campent fermement sur leurs positions. La colère, qui a pris les autorités totalement par surprise, a explosé le 17 octobre après l'annonce d'une nouvelle taxe sur les appels via la messagerie WhatsApp. Malgré une ambiance restée largement bon enfant, de premiers incidents ont été signalés.Depuis juin, la province autonome de Hong Kong réclame davantage d'autonomie et de libertés civiles face à la mainmise jugée grandissante du gouvernement central. Aujourd'hui, la Chine prévoit de remplacer la cheffe de l'exécutif hongkongais Carrie Lam, en difficulté après quatre mois de manifestations de plus en plus violentes.En Irak, descendre dans la rue, c'est risquer de mourir. En une semaine de contestation, 157 personnes sont mortes, selon les chiffres officiels. Le mouvement, déclenché le 1er octobre de manière spontanée -fait inédit en Irak - pourrait gagner en ampleur. La Catalogne est sous tension depuis la condamnation le 14 octobre de neuf séparatistes, pour la plupart anciens membres du gouvernement régional. Après une semaine de violences, des associations pro et anti-indépendantistes ont appelé à manifester à nouveau samedi et dimanche à Barcelone.En Guinée, le Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), dont se réclament les manifestantes, a appelé à manifester et à paralyser l'économie à partir du 14 octobre pour faire obstacle à un éventuel troisième mandat du président Condé en 2020. À la suite de cet appel, Conakry et plusieurs villes guinéennes a été la proie la semaine dernière de heurts violents.En France, les "gilets jaunes" continuent de manifester dans les grandes villes du pays depuis bientôt un an pour réclamer une hausse du pouvoir d'achat, même si la mobilisation a faibli depuis ses débuts. Si manifester dans une démocratie ne constitue pas le même geste que dans un pays plus autoritaire, la multiplication des manifestations à travers le monde semblent avoir un dénominateur commun : la remise en question des institutions. "Les institutions ne portent plus un projet commun", selon Lucile Schmid, vice-présidente de La Fabrique Écologique, interrogée par Le Figaro. "Les raisons des manifestations sont diverses, mais partout ça dit que les institutions devaient porter un projet, mais qu'il y a un mécontentement et un rejet de ces institutions". Selon elle, il s'agit aujourd'hui de pouvoir recréer un lien de représentativité entre la société et les institutions.Beaucoup de manifestants partagent également l'idée que les institutions sont soit corrompues, soit inefficaces, selon Anne-Sophie Letac, professeure de géopolitique à l'Éducation nationale. Ce sentiment d'injustice se retrouve, selon elle, chez les manifestants aussi bien en Amérique latine, qu'en Europe ou même à Hong Kong et en Irak. Geoffrey Pleyers, sociologue UCLouvain, reconnait également que si les manifestations ont des origines différentes, on peut y voir un sentiment d'injustice commun. "Mais ce sentiment a toujours existé dans la population", relativise-t-il. "Descendre dans la rue n'est pas non plus quelque chose de nouveau. On observe cependant une augmentation des mouvements sociaux depuis 2011", constate-t-il. "Aujourd'hui les gens perçoivent un hiatus entre la parole donnée des élites et la vie quotidienne qui reste difficile". Les manifestations ont également en commun une sorte de violence assumée qu'on retrouve un peu partout. Elle s'exprime notamment par l'apparition du visage du Joker ou de Guy Fawkes dans diverses manifestations. "Le film sur le Joker de Todd Philipps a une vraie puissance évocatrice", explique William Blanc, historien, auteur du livre "Super-Héros, une histoire politique", contacté par France 24. "Il fait aujourd'hui écho à une forme de protestation face à un système politique que des gens estiment grippé".Les deux masques que l'on retrouve dans les cortèges de manifestants affichent un sourire que William Blanc qualifie à la fois de "moqueur" et "terrifiant". V et le Joker "sont victimes de puissants et vont se venger, explique-t-il. Ils ont en commun d'avoir le corps déformé par la violence sociale, et le fait qu'ils sourient est une manière de dire 'Regardez : vous m'avez fait mal, mais je reviens avec le sourire'."Il est cependant difficile de savoir si le Joker incarne quelque chose d'un point de vue politique. Selon William Blanc, "c'est un personnage plastique et pas de droite ou de gauche". Le film de Todd Philipps qui inspire les manifestants "parle surtout du fait de se retrouver seul en-dehors de tout collectif, et ça, c'est un mal contemporain."Les mouvements contestataires actuels se caractérisent également par l'absence de leader. "Mais cela a déjà existé également, comme lors des mouvements de Mai 68", temporise Geoffrey Pleyers. Aujourd'hui, du moins dans les pays où l'internet fonctionne de manière libre, les réseaux sociaux permettent l'organisation de mouvements sociaux sans nécessiter la présence d'un leader. Selon Geoffrey Pleyers, le rôle d'internet dans les mouvements sociaux actuels, s'il est bel et bien réel, doit également être relativisé. "Les réseaux sociaux jouent certainement un rôle dans la rapidité de la mobilisation, mais on ne peut pas parler de manifestation Facebook pour autant", conclut-il.