A Ankara, le ministère de la Défense a affirmé que les forces turques avaient capturé Ras al-Aïn, ville frontalière de la Turquie. Mais les forces kurdes ont démenti et selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH) et un correspondant de l'AFP sur place, les forces turques et leurs alliés y sont entrés mais les combats se poursuivent.

Voisine de la Syrie en guerre, la Turquie veut chasser des secteurs frontaliers la milice kurde syrienne des Unités de protection du peuple (YPG), qu'elle qualifie de "terroriste", et instaurer une "zone de sécurité" de 32 km de profondeur en territoire syrien pour séparer sa frontière des zone contrôlées par les YPG.

Depuis le début de l'assaut mercredi, 74 combattants kurdes et 30 civils ont été tués selon un dernier bilan de l'OSDH, et 100.000 personnes ont été déplacées d'après l'ONU. Ankara a annoncé la mort de quatre soldats en Syrie et de 18 civils dans la chute de dizaines de roquettes kurdes tirées sur des villes frontalières en Turquie.

Sous un barrage de l'artillerie lourde et des raids aériens turcs, les forces turques et leurs alliés locaux ont lancé le matin à partir de trois axes un assaut en direction de Ras al-Aïn, presque entièrement désertée par ses habitants, selon l'OSDH.

Le bruit des bombardements incessants était entendu alors que les combattants proturcs armés de lance-roquettes se dirigeaient vers le front, selon un correspondant de l'AFP près de Ras al-Aïn.

Signe de l'intensité des violences, 20 combattants kurdes ont été tués dans la nuit, alors que 10 civils ont péri samedi, d'après l'ONG.

Tireurs embusqués

Selon un responsable des Forces démocratiques syriennes (FDS), dont les YPG sont l'épine dorsale, "Ras al-Aïn résiste toujours et les affrontements se poursuivent". "Les FDS ont partiellement reculé en raison des violents bombardements mais ont lancé une contre-attaque."

Selon l'OSDH et un correspondant de l'AFP sur place, les forces turques et leurs alliés ont conquis une zone industrielle à la périphérie de Ras al-Aïn.

Un responsable de ces supplétifs, des ex-rebelles ayant combattu le régime syrien au début de la guerre, a indiqué que leur progression était ralentie "par la résistance féroce des YPG et un nombre très élevé de tireurs embusqués. Nous avons fermé les routes principales qui mènent à Ras al-Aïn".

Dans la nuit, les forces turques ont conquis 11 villages, la plupart près de Tal Abyad, une autre cible des forces turques, selon l'OSDH. Au total depuis mercredi, les Kurdes ont perdu 23 villages.

A la faveur du conflit syrien, les Kurdes ont instauré une autonomie de facto sur les vastes régions sous leur contrôle dans le Nord.

Soutenues par l'Occident, principalement par les Etats-Unis, les FDS sont le fer de lance en Syrie de la lutte contre le groupe Etat islamique (EI) vaincu en mars avec la perte de son dernier fief dans le pays.

Dans le cadre de cette lutte, des soldats américains ont été déployés dans des secteurs du nord-est syrien.

Selon le Pentagone, des soldats déployés près de Kobané, à l'ouest de Ras al-Aïn, se sont retrouvés vendredi sous le feu de l'artillerie turque. La Turquie a nié avoir tiré sur eux.

"On est anéanti"

Lundi, le retrait de soldats américains des abords de la frontière a semblé laisser le champ libre à l'offensive et a été perçu comme une trahison par les Kurdes.

Mais les Etats-Unis, alliés de la Turquie au sein de l'Otan, ont ensuite soufflé le chaud et le froid.

Vendredi, ils ont affirmé que le président Donald Trump allait signer un décret permettant le déclenchement à tout moment de sanctions contre la Turquie.

"Peu importe ce que certains disent, nous ne stopperons pas" l'opération, a lancé vendredi le président turc Recep Tayyip Erdogan.

Des ONG ont mis en garde contre un nouveau désastre humanitaire en Syrie où la guerre, qui s'est complexifiée avec l'intervention de multiples acteurs régionaux et internationaux, a fait plus de 370.000 morts depuis 2011 et déplacé des millions de personnes.

Plusieurs pays s'inquiètent eux du sort des membres de l'EI aux mains des Kurdes.

La Turquie, qui a mené deux offensives dans le nord syrien en 2016 et en 2018, souhaite installer dans une future "zone de sécurité" une partie des 3,6 millions de réfugiés syriens vivant sur son sol. "Que veut-il de nous (Erdogan) pourquoi nous fait-il subir ça ?", se lamente Yousra al-Saleh, 38 ans, une déplacée qui vient d'arriver à Tal Tamr après avoir fui les combats. "On est anéanti."