La colère est montée d'un cran ces dernières semaines dans de nombreux pays face aux féminicides - 87.000 femmes tuées dans le monde en 2017, dont la moitié par des proches, selon l'ONU -, un phénomène longtemps ignoré ou minoré. Et les appels au changement se multiplient.

Lundi, la mission des Nations unies en Afghanistan a demandé un effort au gouvernement de Kaboul contre les violences faites aux femmes, massives dans le pays et en hausse, selon un récent rapport de la Commission afghane des droits de l'Homme.

"Les femmes et filles afghanes continuent de subir des violations étendues de leurs droits humains et une violence persistante", a regretté Aleta Miller, représentante d'ONU-Femmes pour l'Afghanistan.

Un bracelet d'alerte pour les femmes victimes de violences à Liège

Les femmes victimes de violences graves seront munies d'un bracelet d'alerte, a indiqué lundi soir Willy Demeyer, bourgmestre de Liège, en réponse à plusieurs interpellations au conseil communal.

En cette Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, plusieurs conseillers communaux ont interpellé le collège sur les violences à des degrés divers dont sont victimes les femmes. La séance a d'ailleurs débuté par une minute de silence en hommage aux 21 victimes de "féminicide" en Belgique depuis début 2019.

"A Liège, 1.656 faits de violences au sein des couples ont été enregistrés en 2017 et 1.548 en 2018, que ces violences soient de nature physique, sexuelle, psychique ou économique. Il s'agit ici des statistiques policières figurant dans le dernier rapport et qui sont reconnues comme étant bien en-deçà de la réalité", a souligné la conseillère communale PTB Céline Fassotte.

Du côté de Vert Ardent, on a plaidé pour le renforcement de l'offre de formations EVRAS (Education à la Vie Relationnelle, Affective et Sexuelle) dans l'enseignement communal et ce, dès la maternelle. Vert Ardent suggère également de sensibiliser le corps enseignant aux violences chez les jeunes en leur donnant les outils pour les dénoncer et en parler en classe.

Christine Defraigne © Belga

Christine Defraigne, échevine en charge de l'égalité femmes/hommes, a répondu aux diverses interpellations en précisant, notamment, qu'une formation sur les questions de genre sera mise en place à destination des enseignants liégeois, qu'elle présentera au conseil communal une nouvelle charte sur les violences faites aux femmes et qu'une commission de police spéciale sera instaurée sur les féminicides.

Quant au bourgmestre, il a annoncé la mise à disposition de bracelets d'alerte pour les femmes victimes de violences graves. "Les personnes concernées seront munies d'un bracelet d'alerte afin qu'elles soient sécurisées en cas de menace grave", a-t-il précisé.

Dans le cadre de la campagne mondiale du Ruban blanc contre les violences faites aux femmes, deux personnalités reconnues du sport, Ryad Merhy, champion du monde de boxe des poids lourds-légers, et le footballeur Eden Hazard, ont accepté d'incarner la campagne liégeoise sous le slogan "Sois un homme, respecte les femmes".

Quarante-trois signalements de violences psychologiques dans le couple par jour

La police a reçu, l'année dernière, 15.912 signalements de violences psychologiques entre partenaires. Au cours des trois premiers mois de cette année, il y en a eu pas moins de 3.600, ce qui correspond à 43 signalements par jour, ressort-il des statistiques de la police fédérale, relayées lundi par Het Nieuwsblad.

La violence psychologique se traduit par des humiliations, des dénigrements, des menaces, du chantage ou un contrôle obsessionnel de l'autre. "Les gens ont tendance à sous-estimer la violence psychologique et ses conséquences considérables", souligne Mieke De Schepper du Mouvement contre la violence de l'ASBL Zij. "Pourtant, elle est tout aussi dommageable que la violence physique. Ce n'est pas parce que ses conséquences sont moins visibles qu'elle ne laisse pas de blessures profondes ou de traumatismes. Le manque de preuves physiques complexifie par ailleurs, pour la victime, l'appel à l'aide."

Les atteintes psychologiques entre conjoints sont nombreuses depuis plusieurs années et le nombre réel de ce type de violences est probablement encore plus élevé, a relevé Mieke De Schepper. "Les recherches montrent que seules 3,3% des victimes déposent plainte et le font seulement après deux ans de vie commune dans une relation aussi manipulatrice".

Une minute de bruit pour faire entendre la voix des victimes de féminicide depuis 2017

Une cinquantaine de personnes se sont rassemblées lundi vers midi place De Brouckère à Bruxelles dans le cadre de la Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes. Affublées d'une main mauve, symbole de la lutte féministe, elles répondaient à l'appel de la plateforme Mirabal à faire une minute de bruit pour faire entendre la voix des femmes qui n'en ont plus, les victimes de féminicide.

© BELGAIMAGE

Après la manifestation nationale qui a réuni 10.000 personnes à Bruxelles dimanche, la mobilisation contre les violences infligées aux femmes se poursuivait lundi, avec l'appel à faire du bruit. Les cris et autres tintamarres de casserole ont résonné pour donner une voix aux mortes mais aussi pour faire avancer le combat, "pour réveiller les personnes qui ont encore une voix", a souligné une manifestante d'Oxfam.

Nathalie, Julie, Louise, Aurélie... Les noms des 100 victimes de féminicide en Belgique depuis 2017 ont été déclamés ainsi que la date et le lieu de leur assassinat. Le nombre de femmes tuées parce qu'elles sont des femmes est comptabilisé depuis deux ans par le blog Stop Féminicide, créé par des associations féministes. Aucun chiffre officiel sur la question n'existe cependant et le nombre de féminicides pourrait dès lors être plus important. Le compte des associations ne se base en effet que sur une relative exposition médiatique.

Quatorze noms de "femmes du Sud" ont ensuite été lus, "des femmes engagées pour les droits humains mais qui ont été attaquées parce qu'elles étaient des femmes", explique Carine Thibaut, directrice de campagne pour le CNCD-11.11.11. Des activistes brésiliennes ou chiliennes assassinées pour leur engagement, les soeurs Mirabal assassinées en 1960 en République dominicaine mais aussi la jeune allemande Carola Rackete, poursuivie en Italie pour avoir récupéré en mer et ramené des migrants au port de Lampedusa en dépit du refus de l'Italie de lui donner accès à son sol, ont notamment été citées.

- La fin du "crime passionnel" -

En France, où ce type de meurtre a longtemps été qualifié de "crime passionnel", au moins 117 femmes ont été tuées en 2019 par leur conjoint ou ex-conjoint, selon un décompte de l'AFP.

Pour y parer, le gouvernement a prévu plusieurs mesures juridiques: création d'une "nouvelle circonstance aggravante pour les auteurs de violences dans le cas de harcèlement ayant conduit au suicide", inscription dans la loi de la notion d'"emprise" psychologique, qui "prépare souvent la violence physique", secret médical réaménagé pour les situations "où il existe un risque sérieux de renouvellement de violence", ligne d'écoute pour les victimes de violences conjugales fonctionnant 24 heures sur 24...

Aux associations qui réclament davantage de moyens, il a promis 360 millions d'euros dédiés l'an prochain à la lutte contre les violences faites aux femmes.

Très attendues, ces mesures ont souvent été jugées insuffisantes par les militantes féministes, qui ont mobilisé des dizaines de milliers de manifestants dans toute la France samedi.

"Le gouvernement rate le coche", a réagi Caroline De Haas, du collectif #NousToutes, ajoutant que "la déception est à la hauteur de l'immense mouvement".

Saluant "des avancées très concrètes", la présidente de la Fondation des femmes Anne-Cécile Mailfert a néanmoins regretté que "le gouvernement ne prenne pas conscience que ces campagnes de sensibilisation aux violences conduisent de nombreuses femmes à solliciter les associations, et qu'elles n'ont pas plus de moyens pour les aider".

"Pourquoi l'Espagne réussit contre les violences conjugales ? Ce pays ne se contente pas d'opérations de communication", a tweeté le député Les Républicains (droite) Aurélien Pradié, demandant plus de moyens au gouvernement.

- L'Espagne, pays pionnier -

Plusieurs autres pays ont saisi l'occasion de cette journée internationale pour afficher ou renouveler leur détermination à lutter contre les violences faites aux Femmes.

En Afrique du sud, où une femme est assassinée toutes les trois heures, le président Cyril Ramaphosa a exhorté les hommes à renoncer aux "attitudes sexistes et patriarcales", en lançant un plan d'urgence doté de plus d'un milliard et demi de rands (100 millions d'euros).

© WIKTOR DABKOWSKI/BELGAIMAGE

Face à une violence domestique qui "a pris des dimensions inquiétantes ces dernières années", avec une hausse de 34,5% entre 2014 et 2018, la police grecque a quant à elle annoncé la mise en place d'un nouveau service dédié, comprenant juristes, sociologues et psychologues.

En Espagne, plusieurs dizaines de milliers de personnes ont défilé à travers le pays, à Madrid, Barcelone, Valence, Saragosse et Bilbao.

L'Espagne est un pays pionnier dans la lutte contre les crimes spécifiques contre les femmes. En 2004, une loi contre les "violences de genre" y avait été adoptée, à l'initiative du gouvernement socialiste de José Luis Rodríguez Zapatero, suivie d'un Pacte national en 2017 quand le conservateur Mariano Rajoy était au pouvoir.

En Russie, où les violences domestiques ont été décriminalisées en 2017, un millier de personnes ont manifesté ldundi soir à Moscou. L'été dernier, la Cour européenne des droits de l'homme avait épinglé fermement le droit russe, qui "ne reconnaît pas" ces violences, et les autorités "réticentes à reconnaître la gravité du problème".

Et en Turquie, la police a dispersé par la force, à coups de gaz lacrymogène et balles en plastique, plusieurs milliers de manifestants, des femmes pour la plupart, qui défilaient à Istanbul pour demander la "fin de l'impunité" pour les auteurs de violences contre les femmes, un mal endémique dans le pays.

La colère est montée d'un cran ces dernières semaines dans de nombreux pays face aux féminicides - 87.000 femmes tuées dans le monde en 2017, dont la moitié par des proches, selon l'ONU -, un phénomène longtemps ignoré ou minoré. Et les appels au changement se multiplient.Lundi, la mission des Nations unies en Afghanistan a demandé un effort au gouvernement de Kaboul contre les violences faites aux femmes, massives dans le pays et en hausse, selon un récent rapport de la Commission afghane des droits de l'Homme."Les femmes et filles afghanes continuent de subir des violations étendues de leurs droits humains et une violence persistante", a regretté Aleta Miller, représentante d'ONU-Femmes pour l'Afghanistan.Les femmes victimes de violences graves seront munies d'un bracelet d'alerte, a indiqué lundi soir Willy Demeyer, bourgmestre de Liège, en réponse à plusieurs interpellations au conseil communal.En cette Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, plusieurs conseillers communaux ont interpellé le collège sur les violences à des degrés divers dont sont victimes les femmes. La séance a d'ailleurs débuté par une minute de silence en hommage aux 21 victimes de "féminicide" en Belgique depuis début 2019. "A Liège, 1.656 faits de violences au sein des couples ont été enregistrés en 2017 et 1.548 en 2018, que ces violences soient de nature physique, sexuelle, psychique ou économique. Il s'agit ici des statistiques policières figurant dans le dernier rapport et qui sont reconnues comme étant bien en-deçà de la réalité", a souligné la conseillère communale PTB Céline Fassotte. Du côté de Vert Ardent, on a plaidé pour le renforcement de l'offre de formations EVRAS (Education à la Vie Relationnelle, Affective et Sexuelle) dans l'enseignement communal et ce, dès la maternelle. Vert Ardent suggère également de sensibiliser le corps enseignant aux violences chez les jeunes en leur donnant les outils pour les dénoncer et en parler en classe. Christine Defraigne, échevine en charge de l'égalité femmes/hommes, a répondu aux diverses interpellations en précisant, notamment, qu'une formation sur les questions de genre sera mise en place à destination des enseignants liégeois, qu'elle présentera au conseil communal une nouvelle charte sur les violences faites aux femmes et qu'une commission de police spéciale sera instaurée sur les féminicides. Quant au bourgmestre, il a annoncé la mise à disposition de bracelets d'alerte pour les femmes victimes de violences graves. "Les personnes concernées seront munies d'un bracelet d'alerte afin qu'elles soient sécurisées en cas de menace grave", a-t-il précisé. Dans le cadre de la campagne mondiale du Ruban blanc contre les violences faites aux femmes, deux personnalités reconnues du sport, Ryad Merhy, champion du monde de boxe des poids lourds-légers, et le footballeur Eden Hazard, ont accepté d'incarner la campagne liégeoise sous le slogan "Sois un homme, respecte les femmes".Une cinquantaine de personnes se sont rassemblées lundi vers midi place De Brouckère à Bruxelles dans le cadre de la Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes. Affublées d'une main mauve, symbole de la lutte féministe, elles répondaient à l'appel de la plateforme Mirabal à faire une minute de bruit pour faire entendre la voix des femmes qui n'en ont plus, les victimes de féminicide.Après la manifestation nationale qui a réuni 10.000 personnes à Bruxelles dimanche, la mobilisation contre les violences infligées aux femmes se poursuivait lundi, avec l'appel à faire du bruit. Les cris et autres tintamarres de casserole ont résonné pour donner une voix aux mortes mais aussi pour faire avancer le combat, "pour réveiller les personnes qui ont encore une voix", a souligné une manifestante d'Oxfam. Nathalie, Julie, Louise, Aurélie... Les noms des 100 victimes de féminicide en Belgique depuis 2017 ont été déclamés ainsi que la date et le lieu de leur assassinat. Le nombre de femmes tuées parce qu'elles sont des femmes est comptabilisé depuis deux ans par le blog Stop Féminicide, créé par des associations féministes. Aucun chiffre officiel sur la question n'existe cependant et le nombre de féminicides pourrait dès lors être plus important. Le compte des associations ne se base en effet que sur une relative exposition médiatique. Quatorze noms de "femmes du Sud" ont ensuite été lus, "des femmes engagées pour les droits humains mais qui ont été attaquées parce qu'elles étaient des femmes", explique Carine Thibaut, directrice de campagne pour le CNCD-11.11.11. Des activistes brésiliennes ou chiliennes assassinées pour leur engagement, les soeurs Mirabal assassinées en 1960 en République dominicaine mais aussi la jeune allemande Carola Rackete, poursuivie en Italie pour avoir récupéré en mer et ramené des migrants au port de Lampedusa en dépit du refus de l'Italie de lui donner accès à son sol, ont notamment été citées.En France, où ce type de meurtre a longtemps été qualifié de "crime passionnel", au moins 117 femmes ont été tuées en 2019 par leur conjoint ou ex-conjoint, selon un décompte de l'AFP.Pour y parer, le gouvernement a prévu plusieurs mesures juridiques: création d'une "nouvelle circonstance aggravante pour les auteurs de violences dans le cas de harcèlement ayant conduit au suicide", inscription dans la loi de la notion d'"emprise" psychologique, qui "prépare souvent la violence physique", secret médical réaménagé pour les situations "où il existe un risque sérieux de renouvellement de violence", ligne d'écoute pour les victimes de violences conjugales fonctionnant 24 heures sur 24...Aux associations qui réclament davantage de moyens, il a promis 360 millions d'euros dédiés l'an prochain à la lutte contre les violences faites aux femmes.Très attendues, ces mesures ont souvent été jugées insuffisantes par les militantes féministes, qui ont mobilisé des dizaines de milliers de manifestants dans toute la France samedi."Le gouvernement rate le coche", a réagi Caroline De Haas, du collectif #NousToutes, ajoutant que "la déception est à la hauteur de l'immense mouvement".Saluant "des avancées très concrètes", la présidente de la Fondation des femmes Anne-Cécile Mailfert a néanmoins regretté que "le gouvernement ne prenne pas conscience que ces campagnes de sensibilisation aux violences conduisent de nombreuses femmes à solliciter les associations, et qu'elles n'ont pas plus de moyens pour les aider"."Pourquoi l'Espagne réussit contre les violences conjugales ? Ce pays ne se contente pas d'opérations de communication", a tweeté le député Les Républicains (droite) Aurélien Pradié, demandant plus de moyens au gouvernement.Plusieurs autres pays ont saisi l'occasion de cette journée internationale pour afficher ou renouveler leur détermination à lutter contre les violences faites aux Femmes.En Afrique du sud, où une femme est assassinée toutes les trois heures, le président Cyril Ramaphosa a exhorté les hommes à renoncer aux "attitudes sexistes et patriarcales", en lançant un plan d'urgence doté de plus d'un milliard et demi de rands (100 millions d'euros).Face à une violence domestique qui "a pris des dimensions inquiétantes ces dernières années", avec une hausse de 34,5% entre 2014 et 2018, la police grecque a quant à elle annoncé la mise en place d'un nouveau service dédié, comprenant juristes, sociologues et psychologues.En Espagne, plusieurs dizaines de milliers de personnes ont défilé à travers le pays, à Madrid, Barcelone, Valence, Saragosse et Bilbao. L'Espagne est un pays pionnier dans la lutte contre les crimes spécifiques contre les femmes. En 2004, une loi contre les "violences de genre" y avait été adoptée, à l'initiative du gouvernement socialiste de José Luis Rodríguez Zapatero, suivie d'un Pacte national en 2017 quand le conservateur Mariano Rajoy était au pouvoir.En Russie, où les violences domestiques ont été décriminalisées en 2017, un millier de personnes ont manifesté ldundi soir à Moscou. L'été dernier, la Cour européenne des droits de l'homme avait épinglé fermement le droit russe, qui "ne reconnaît pas" ces violences, et les autorités "réticentes à reconnaître la gravité du problème".Et en Turquie, la police a dispersé par la force, à coups de gaz lacrymogène et balles en plastique, plusieurs milliers de manifestants, des femmes pour la plupart, qui défilaient à Istanbul pour demander la "fin de l'impunité" pour les auteurs de violences contre les femmes, un mal endémique dans le pays.